Bullets Retour

horizontal rule

Paul GATEAUD, fusillé le 9 juin 1944

********

Paul GATEAUD est né le 11 janvier 1889 à Ozolles en Saône-et-Loire. Il entre aux PTT comme commis au Bureau de Poste de Lyon et passe des concours. Il sera nommé rédacteur en 1929 à Lons-le-Saunier puis inspecteur en 1931 à Mâcon. Il s’engage très tôt dans le syndicat de sa profession, il est élu en 1923 au Conseil supérieur des PTT et siège dans la catégorie « agents ». Il représente le Syndicat national des agents, l’une des organisations constitutives de la fédération postale CGT. Il est dans cette organisation syndicale le « technicien » des questions monétaires.

 

            Paul GATEAUD                            

Dans cette même période, un autre fonctionnaire, René BELIN, rédacteur aux PTT en 1920, devient en 1926, secrétaire du syndicat CGT des postiers de la région de Lyon. Il connaitra évidemment son collègue Paul GATEAUD.

BELIN sera ensuite secrétaire de la Fédération nationale des PTT puis révoqué pour fait de grève en 1930. En 1933, il accède au Bureau national de la CGT aux côtés de Léon JOUHAUX. Il est secrétaire permanent. La réunification syndicale (CGT Unitaire et CGT) s’effectue en 1935. Face à la poussée communiste au sein de la Confédération, BELIN regroupe des militants « ex-confédérés » autour de lui pour résister à la colonisation communiste disait-il. JOUHAUX ne le désapprouve pas et reste néanmoins dans un rôle d’arbitre entre les deux tendances au sein de la CGT.

 

En 1938, BELIN approuve la politique de DALADIER lors du traité de Munich. Il obtient facilement l’exclusion des communistes de la CGT après la signature du pacte germano-soviétique. A partir de la défaite de juin 1940, BELIN démissionne du bureau national de la CGT et en juillet 1940 il accepte le poste de ministre à la Production industrielle et de secrétaire d’Etat au Travail dans le gouvernement de Pétain. C’est dans ses nouvelles fonctions qu’il signe en novembre 1940, le décret de dissolution des centrales syndicales CGT et CFTC.

Paul GATEAUD, brillant fonctionnaire, est inspecteur des postes à Mâcon. Lorsque l’armistice conclu par Pétain survient, il se signale par la certitude qu’il a, et qu’il proclame, de la défaite finale de l’Allemagne. Il se livre dès lors à une propagande sans limite notamment par tracts et il ne peut rester à Mâcon et est nommé receveur principal à Valence dans la Drôme.

Mais avant de partir, le 16 octobre 1940, il écrit une longue lettre adressée au Ministre du travail René BELIN qu’il a évidemment rencontré lors de leur appartenance commune à la CGT. Il emploie bien sûr le tutoiement. Ce document (*) est exceptionnel, il illustre bien la situation en 1940 ou deux syndicalistes vont s’opposer, l’un Paul GATEAUD va s’engager dans la Résistance et l’autre René BELIN va se fourvoyer dans la collaboration.

 

 

 « Mon cher Ministre,

Les graves nouvelles gouvernementales d’hier m’obligent à délivrer mon esprit et ma conscience des inquiétudes profondes à ton endroit qui hantent chacune des heures de ma journée.

Malgré l’ignoble lâcheté générale, dans laquelle la France Républicaine agonise, il se trouve peut-être, parmi les vieux militants syndicalistes qui ont servi leur idéal avec désintéressement et parfois au péril de leurs intérêts légitimes, quelques hommes qui trouveront le courage de t’écrire ce qu’ils pensent.

Peut-être consentiras-tu à prendre le temps de réfléchir à leurs protestations et à tenir compte de leurs avertissements amicaux.

Au cas contraire, j’aurais fait ce que j’estime être mon devoir, advienne que pourra. Après t’avoir tenu, en compagnie de militants lyonnais de la vieille souche, sur les fonts baptismaux du syndicalisme, j’ai suivi ton ascension syndicale avec d’autant plus d’affectueuse sympathie que je me suis trouvé d’accord avec toi sur les lignes essentielles de l’action syndicale. Avec des tempéraments différents et des valeurs que je n’aurai pas la vanité de comparer, nous communions dans les mêmes idéaux et partagions les mêmes antipathies pour les hommes qui par calcul personnel ou par orgueil, ou par passion politique, desservaient et trahissaient la cause populaire.

Personne, j’en suis sûr n’a vu ton élévation à la dignité ministérielle, dans les circonstances tragiques et un peu troubles, où elle s’est produite, avec une joie plus sincère. Je te l’ai écrit. Je m’accrochais à cette espérance suprême que, dans le désastre présent, tu réussirais quand même à sauver les libertés essentielles de la République à réaliser dans un Etat nouveau, délivré du virus politicien, quelque chose de nos grandes inspirations. J’avais confiance en toi.

Or, depuis ton avènement au pouvoir, je vais de déception en déception. Politiquement tu as prêté les mains aux mesures de violence odieuse par lesquelles le gouvernement a décapité la République, après l’avoir étranglée au coin du bois, en promettant leur picotin aux parlementaires s’ils acceptaient le fait accompli. Tu couvres de ton silence sinon de ton adhésion, des actes dictatoriaux, tels que la suppression des libertés municipales et départementales qui sera à peu près unanimement désapprouvée, la suppression des écoles normales qui aliène au gouvernement toute la partie vivante du pays, parce que sous couleur de réforme de l’enseignement elle tuera la pensée laïque et le recrutement démocratique des maîtres, principe que tu as pourtant constamment défendu dans nos syndicats. Abolition de la République, suppression du suffrage universel, destruction de tous les organismes électifs, mainmise du pouvoir central sur tous les rouages nationaux , départementaux et communaux, voilà votre bilan politique. Il réalise une dictature, qui malgré vos dénégations est la copie servile du fascisme.

Enfin j’ai le devoir de te dire que la politique anglophobe et pro-allemand du gouvernement n’a aucun écho dans l’opinion saine du pays, seuls les groupes hitlériens qui sévissent dans Gringoire et dans tous les Nouvellistes de France, les approuvent. Les 9/10 des Français de toutes opinions la condamnent. Ils n’écoutent plus votre radio, dont la partialité les révolte et ne voient pas d’autre issue acceptable pour la France que dans la résistance victorieuse de l’Angleterre.

Ils ne vous pardonneront pas de pourrir l’âme de la France en l’inféodant à la politique totalitaire.

Vous semez par votre excessive docilité à l’égard des vainqueurs la misère matérielle dans les foyers et la haine dans les cœurs ».

(*) Texte provenant des archives de l’association de 1946.

 

Cest dans son nouveau poste à Valence que Paul GATEAUD jouera, sur le plan professionnel en particulier, un rôle important dans la lutte clandestine. Il sera un des maillons essentiels de la Résistance dans le contrôle des centres nerveux des transmissions de l’ennemi, dans la formation d’équipes de sabotage pour la destruction de matériels et d’installations. C’est dans le bureau de poste de la recette principale que s’effectue le stockage d’armes et de munitions. Dans ce bureau vont s’établir aussi des liaisons secrètes entre certains réseaux. Il y aura encore la création, avec le concours d’officiers alliés parachutés, d’un bureau assurant des communications avec Londres et les maquis.

Malgré les précautions prises, l’action de Paul GATEAUD au service de la Résistance est tellement vaste pour que des indiscrétions ne soient pas commises. Le 22 mai 1944, il est arrêté, conduit à Lyon au fort Monluc où il subit interrogatoires et tortures. Il ne trahira aucun des secrets qu’il détient. Il est fusillé le 9 juin 1944 à Communay en Isère. Cette commune est rattachée depuis 1967 au département du Rhône.

 

   Une rue porte le nom de Paul GATEAUD à Mâcon et une plaque commémorative à sa mémoire est apposée sur le mur du bureau de poste de cette ville. Un timbre-poste à son effigie a été émis par l’Administration des PTT en avril 1967.

                                                                                                                                                       Charles Sancet

 

 

horizontal rule

 Bullets Retour