Mathilde FILLOZ

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Mathilde FILLOZ nous a quittés

 

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la disparition de la doyenne de notre association et de l’ANACR du Vaucluse, notre camarade et amie Mathilde Filloz, décédée le 30 mai dernier dans sa 102ème année. Nous avions dans nos colonnes souvent publié ses poèmes. Elle s’adonnait à sa passion, l’écriture. De très nombreux prix ont couronné ses œuvres. Après le décès de son mari, notre camarade Joseph Filloz, elle termine en 2002 son livre « Quelle horreur la guerre » sur la Résistance de 1940 à 1945.

Mathilde Hérat est née à Scey-sur-Saône (Haute-Saône) le 1er juillet 1912. Son père André est porté disparu lors de la Première Guerre mondiale le 6 août 1914. Pupille de la Nation, Mathilde nous fait partager ses souvenirs dans des entretiens réalisés par une association culturelle de Franche-Comté en 2011 : « J’ai grandi dans une famille très modeste, dans une ambiance triste où des années après la guerre, comme dans toutes les familles de disparus, on attendait encore le retour de l’absent ». Sa mère Antonia Hérat, veuve, a élevé ses deux enfants avec un courage et une abnégation admirables. « Elle faisait de la confection pour nous vêtir et nous nourrir dignement. Premiers orphelins du village, nous avons été adoptés par les habitants. Ceux qui m’ont le plus aidée sont deux enseignants : Madame et Monsieur Charrière, instituteurs de l’école primaire publique. Ils m’ont enseigné les valeurs de la République, l’histoire de mon pays, la morale, la musique, le théâtre, la culture française ». 

Après son brevet élémentaire et le certificat supérieur, elle se présente au concours à l’Ecole normale, voulant être institutrice. Sa mère tombe malade et Mathilde entre dans la vie active. « Je suis devenue auxiliaire des PTT, titularisée en 1930 à Montbozon et en 1932, mutée à Vesoul où j’ai rencontré mon futur mari. J’ai alors demandé l’autorisation de me marier avec Joseph Filloz qui sortait de l’Ecole normale des arts et métiers de Châlons-sur-Marne (en 1933). Oui, à l’époque, les femmes des administrations publiques devaient demander l’autorisation de mariage à leur hiérarchie […] Pas les hommes ! ».

Mathilde adhère à la CGT Unitaire et au PCF en 1932. Lorsqu’arrive la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Joseph est muté à Besançon et Mathilde à Clerval, ville où ils établissent leur résidence familiale. Tous deux vont entrer dans la Résistance.

Mathilde, par ses fonctions de receveuse des postes, est une alliée précieuse pour Joseph qui effectue des actions importantes dans la lutte armée et les sabotages. Elle écoute les communications téléphoniques allemandes et en fait part à des groupes de résistants, elle collecte des fonds pour venir en aide à ceux qui sont sans ressources. À l’intérieur du bureau de Clerval, elle a la possibilité de saboter discrètement les installations au risque de se faire prendre en défaut. Cela  permet de retarder souvent le départ de la chasse antiaérienne allemande lors des bombardements alliés. Mathilde raconte aussi qu’avec son brassard PTT qui lui attribuait la fonction de « porteur de télégrammes » elle a franchi les barrages allemands et alerté les maquisards d’un danger. Avec Joseph, elle rejoint en 1941 le Front National de lutte pour la Libération et l’Indépendance de la France.

Elle milite au Parti communiste de 1947 à 1952 (elle est conseillère municipale de Besançon) et à l’Union des Femmes Françaises. Elle est également secrétaire de syndicat du Doubs des agents de la Fédération postale CGT. Ses engagements lui valent de nombreuses sanctions et des mutations d’office qui furent amnistiées en 1981. Mathilde termine sa carrière de postière comme contrôleur principal à Orange. Jusqu’à son dernier souffle, elle mène des combats pour la défense des idéaux et des valeurs de la Résistance. Dans notre Bulletin du 2ème trimestre 2012, elle signe un éditorial (un cri que de nombreux comités départementaux ANACR reprirent) sous le titre « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur Bollène » lorsque la municipalité d’extrême-droite de cette ville interdit le « Chant des Partisans » lors de la commémoration de l’anniversaire de l’Appel du 18 juin. En 2013, Mathilde nous adresse par Internet (oui elle maîtrisait parfaitement l’ordinateur) un article sur le 27 mai 1943 et la création du CNR que nous publions.

Je connais Mathilde depuis près de quinze ans grâce à ses lettres d’adhérente à « Libération Nationale PTT ». Ma première rencontre remonte à 2009 chez elle à Orange. Ce sont des souvenirs inoubliables, d’abord des discussions sur la littérature, la poésie, les arts et bien sûr la situation politique de notre pays. De nombreux prix de poésie ornaient sa salle de séjour. Un piano trônait dans un coin de la pièce et Mathilde se mit à jouer, quel plaisir.

Elle fit partie de l’équipe qui créa en 1971 dans sa forme contemporaine, les « Chorégies d’Orange », festival d’Opéra et de musique classique. Le 15 juillet 2012, nous lui avons fêté son anniversaire, elle venait d’avoir 100 ans, au nom de « Libération Nationale PTT –ANACR ».

Mathilde est partie, elle nous manque déjà.                                                                     Charles SANCET

 

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Je vous offre aujourd’hui

des œillets et des roses …

Plaisir de l’an nouveau que de fleurs ! Que de vœux !

Tous ces enfants ! Fraîcheur ! Etincelles de vie

Un rayon de soleil passe dans leurs cheveux,

Il écarte un instant la peine inassouvie !

Réflexe de poète et désir d’échanger ?

Mon cœur ému vous dit: «Bonne et heureuse année ! »

Que s’installe la Paix pour chasser le danger,

Et des peuples calmer la nuit hallucinée…

En ce siècle qui naît, construisons nos valeurs !

Il faut mettre en commun notre riche héritage

De culture et de race et de toutes couleurs,

Pour assurer ainsi, de tous, le sauvetage !

Le bonheur c’est la fleur que vous m’offrez ce soir.

C’est l’attrait d’un regard qui tendrement s’attarde…

C’est le cœur palpitant quand on se dit bonsoir

Au moment de partir que l’étreinte retarde !

C’est encor un sourire envolé par hasard,

Pour effacer bientôt les souvenirs moroses,

Un poème d’amour, un grand air de Mozart…

   Je vous offre aujourd’hui des œillets et des roses !    

Mathilde Filloz   Résistante dans le Doubs,

                                                 née le 1er juillet 1912

 

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