Malou BARTHE

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Malou BARTHE

 

Dans la Revue trimestrielle du Comité ANACR - Isère (mars - avril - mai 2007), Pierre FUGAIN, Président Honoraire de l'ANACR rend hommage à une postière, Malou BARTHE, décédée en janvier 2007. Nous publions ci-dessous cet article qui est une nouvelle contribution à l'histoire des PTT dans la Résistance.

Une « demoiselle des postes » Malou Barthe

Schématiquement la mission de notre réseau était de recueillir sur tout le territoire national tous les renseignements sur les forces ennemies, de les centraliser à notre poste de commandement (c 'est-à-dire à partir de mai 1944 à Grenoble) puis une fois classés, triés et codés de les transmettre à Londres au Bureau Central de Renseignement et Action « pour exploitation ».

Comme dans la plupart des grandes villes nous avions à la poste centrale de Grenoble installée alors place Vaucanson et étroitement contrôlée par l'armée et les polices allemandes, une très précieuse source de renseignements. Nos camarades Louis Gaillard, Marie Louise Barthe et René Lyard y avaient pour première mission de détourner, si possible, le courrier adressé aux allemands et de nous le confier le temps que nous en prenions connaissance, puis de le remettre en place sans que rien ne paraisse.

Pour nos liaisons intérieures, du train à la camionnette du laitier, de la péniche à la messagerie de presse, de Vambulance aux lignes à haute tension, du vélo au corbillard à gaz, toutes sortes de moyens furent utilisées. Cette fois nous allions pour les messages pressés, utiliser un moyen rapide, imparable et quasi sans risque : le courrier postal de l'Etat Français ... quelque peu aménagé.

Prenons un exemple plausible : à l'autre bout du pays, disons dans le Pas de Calais nos cheminots aux aguets repèrent, dissimulé dans un hangar trop étroitement surveillé pour qu 'ils tentent de le faire sauter, un dépôt de pièces de V1 et de rampe de lancement, autre ment dit un objectif considéré comme prioritaire.

Selon nos consignes notre chef de secteur local en relève les coordonnées et tout simplement nous les poste sous enveloppe anodine, par courrier postal normal à l'adresse convenue de « Mme Fleurville 273 Cours Berriat Grenoble ». Quelques jours plus tard la lettre est dans la sacoche du facteur du quartier Berriat... mais il n'y a ni de n° 273 ni de Mme Fleurville. Selon le règlement, il note « adresse inconnue » et à son retour à la poste centrale verse la précieuse missive au service « rebut » épié par nos camarades.

L'enveloppe attendue est récupérée, immédiatement déposée dans une de nos boîtes aux lettres et remise à notre poste de commandement par le seul agent de liaison en connaissant l'adresse (Camille Bois, la sœur de Georges Bois Sapin). Notre PC la transmettra à Londres par Radio ... et dans le meilleur des cas la R.A.F. détruira aussitôt le hangar. Si l'ennemi avait intercepté l'enveloppe, l'affaire évidemment aurait raté mais sans dégâts, ses flics se seraient rués sur le 273 Cours Berriat qui n 'existe pas pour arrêter une Mme Fleurville qui n 'existe pas, chou-blanc.

 

                                                             

En hommage à Malou Barthe, dé cédée en janvier, et à ses collègues depuis bien longtemps   oubliés, je voudrais dire encore et encore combien ils nous furent précieux. Je voudrais dire avec émotion le courage, d'autant plus beau que sans brio, de ces « demoiselles des postes » comme nous les appelions avant guerre, volontairement mobilisées et immobilisées en permanence derrière leur guichet, sans secours possible, sans en général connaître leurs chefs, sans connaître non plus les résultats de leurs actions, au contact direct de l'ennemi, à la merci d'un rien.

Pierre FUGAIN

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