De Fresnes à Ravensbrück

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De Fresnes à Ravensbrück

 

Vidéo Hommage à Suzanne Gattellier-Auribault

Suzanne Gattellier est à Fresnes, au secret, depuis le 10 mai. Le 11 août, elle se trouve dans un train partant pour l’Allemagne : destination Ravensbrück. Elle ne sera libérée que le 5 mai 1945.

 

A Fresnes, au secret

10 août 1944. Ma petite fille a cinq ans. Je suis au secret à Fresnes depuis le 10 mai. Arrêtée avec Roger Auribault (mon mari), notre vie a basculé. Le 8 décembre 1943, la Gestapo a envahi la maison Auribault à Emerainville. Là, Eugène Granet transmet (poste émetteur récepteur) : Florentine, Louis, Eugène sont arrêtés. Roger et moi-même avons échappé. C’est la recherche d’un hébergement. Roger reprend contact avec la Résistance à Bourg-la-Reine.

Le 10 mai, nous sommes arrêtés à la Concorde, interrogés par la Gestapo et puis Fresnes, la séparation. Roger part dans le couloir en hésitant. Nous ne devions plus nous revoir. Je suis au secret, au rez-de-chaussée. Puis ce jour-là, le 10 août 1944, des coups dans la porte de la cellule : « Préparez-vous, vous partez. » Il faut lancer un message à Bernadette au 3e étage qui transmettra en face à la travée des hommes, j’ai su que Roger (dit Racine) était là. « Prévenir Racine, Suzette part, destination inconnue. » Tout va très vite, dans le couloir je vois Florentine devant sa cellule, je la salue le poing levé. Je suis avec trois autres détenues patriotes. Nous partons à toute vitesse dans une traction noire. Gare de l’Est, nous sommes groupées avec des patriotes de la Roquette (60 femmes) vers la sortie rue d’Alsace, gardées par des Allemands mitraillette au poing. Il fait chaud ! L’attente debout est pénible surtout pour les plus âgées (65 ans, la plus jeune 16 ans). Nous réclamons à boire. Un cheminot nous apporte un récipient d’eau : « C’est la grève ! » Un espoir fou. Nous voyons, transportés sur des civières, de jeunes soldats allemands du front de Normandie. Ils sont livides.

Début de la grève insurrectionnelle, construction de barricades

Le 10 août, la grève des cheminots, c’est déjà le début de l’insurrection. Ces cheminots si fiers, si courageux ont donné le signal.

Néanmoins, après vingt-quatre heures d’attente, nous partons de Pantin vers 22 heures. Nous sommes le 11 août, le train roule lentement. Les gares défilent, Noisy-le-Sec, Nogent-sur-Marne, Villiers, Emerainville (c’est là où nous habitons). Un petit mot jeté au passage à niveau (les voies étaient gardées par des civils requis par les Allemands) et adressé à ma mère à Pontault-Combault lui a bien été remis.

La nuit d’été est étoilée. Le coeur est triste, serré, traverser tous ces endroits connus est un déchirement, ma petite fille est là, endormie avec ses rêves d’enfant. Le train continue lentement sa marche, à Coulommiers, mitraillage. Le 12 et le 13 août à La Ferté-Gaucher, la Croix-Rouge est autorisée à nous donner quelques vivres, trois évasions avec le brassard de la Croix-Rouge. 15 août, Châlons-sur-Marne, stationnement vingt-quatre heures, les voies sont bombardées, coupées, réparées, nous passons. Arrivées à Forbach le 17 août, camp de Sarrebruck, antichambre des camps de concentration. La nuit, les fenêtres des blocs sont fermées par représailles (les patriotes françaises nous précédant avaient chanté « la Marseillaise »). Le 24 août, départ de Sarrebruck, wagons à bestiaux, tinettes débordantes, il faut s’allonger en sardines pour dormir un peu. Arrêt en gare de Berlin, bombardements, nous repartons, deux nuits et deux jours déjà, où allons-nous ? Puis le train s’arrête au milieu des voies, schnell, schnell, les femmes plus âgées sont fatiguées. Allons-nous pouvoir nous laver ? Nous traversons quelques pavillons, des enfants nous jettent des pierres. Où sommes-nous ? C’est Ravensbrück.

 

Visite virtuelle du camp de Ravensbrück

Il est 16 heures, il fait chaud. Une montagne de valises sur l’esplanade, des femmes en rayé, têtes rasées, qui sont-elles ? Démunies de tous nos objets personnels, vêtements, nous ressortons des douches affublées de défroques ! Enfin pouvoir dormir ! La paillasse partagée à 4 ou 5 est pleine de puces. Nous sommes en quarantaine. J’ai retrouvé Florentine partie le 15 août par le dernier train de la région parisienne. Marie-Claude Vaillant-Couturier venant nous saluer sous la fenêtre du bloc 24, nous disant « Paris est libéré ! » Ce jour-là était un grand espoir pour la libération de la France.

VON CHOLTITZ en train de signer la reddition à Paris

Pour nous, il fallait tenir, attendre ce 8 mai 1945. La capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, pour retrouver la liberté. Pouvoir témoigner de notre tragédie, faire connaître l’horreur des camps de concentration nazis. Nous avons été libérées à Holleischen (Sudètes) par des partisans polonais, le 5 mai 1945. Ce jour-là était mon anniversaire. Florentine, Louis, Eugène et Roger sont morts en déportation.

Suzanne Gattellier-Auribault

Libération Nationale PTT

La Fédération CGT des PTT

Célébration du 50ème Anniversaire

de la Libération de 1944-1945

30 MAI 1994

Rencontre - Débat

La participation du Personnel des PTT à la Résistance et la Libération

 

Témoignage de Suzanne AURIBAULT envoyé par caustruy.

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