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ALBERT  TREYTURE, Résistant PTT, mort en déportation

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À la fin de l'année 1941 une structure particulière aux agents des Postes et Télécommunications « Action PTT » est créée par Ernest Pruvost, Rédacteur au Ministère des PTT, assisté de Simone Michel-Lévy Rédactrice au Centre  de Recherches et des Contrôles Techniques et de Maurice Horvais, Rédacteur au Ministère également, auxquels se joint un peu plus tard, Edmond Debeaumarché, Rédacteur aux Ambulants.

En 1941, le réseau de résistance PTT, le plus important de Bretagne, est celui créé à Rennes par Albert Treyture, contrôleur principal à la Recette Principale.

En juin 1942, Albert Treyture prend contact avec deux agents PTT de Rennes-Gare pour participer au dépistage du courrier de délation. Un peu plus tard des relations s'établissent avec plusieurs centres bretons : Fougères, Dinan, Guingamp, Redon et Vannes. L'adhésion de Monsieur Boyer inspecteur à Rennes offre bientôt d'autres possibilités puisque celui-ci est chargé à titre d'ingénieur, du service souterrain régional. C'est également par son entremise que plusieurs postiers viennent grossir le groupe dont l'inspecteur de Saint-Brieuc Monsieur Bourdonnec qui couvre le département des Côtes du Nord. En janvier 1943 la liaison avec Paris est réalisée grâce à Maurice Horvais rédacteur au Ministère qui organise la résistance PTT dans les régions en vue de la formation d'un mouvement national propre aux Postes-Télégraphes-Téléphones.

Le réseau fondé par Albert Treyture prend alors une grande importance et il occupe une place vitale dans le développement de la lutte clandestine en Bretagne. Il assure la diffusion de la presse patriotique, dresse un barrage devant les lettres de dénonciation, établit des relevés des transmissions allemandes, écoute les communications échangées entre les différents services des forces d'occupation, relève le schéma des lignes privées de la Kriegmarine, fournit aux maquis et corps francs des plans précis pour le sabotage des câbles et des lignes souterraines grandes distances afin qu'ils puissent être coupé de telle façon que leur mise en état après la Libération ne soit pas très compliquée, enfin renseigne en permanence les formations résistantes sur le mouvement des troupes ennemies.

Cette toile d'araignée s'étend de plus en plus, au fur et à mesure que les contacts entre postiers se multiplient. De son centre nerveux de Rennes, elle peut à la fin de l'année 1943, rayonner sur toute la Bretagne. Aux villes déjà citées, viennent en effet s'ajouter les antennes de Lannion, Saint-Malo, Lamballe, Vitré, Dol de Bretagne, Pontivy, Ploërmel, Lorient, Quimperlé, Concarneau, puis un peu plus tard : Morlaix, Douarnenez, Langon, Châteaubriant et Pontchâteau.

 Mais c'est précisément à cause de ce développement trop rapide au cours duquel les consignes de prudence perdent leur rigueur et aussi probablement en raison de cette sorte d’euphorie contagieuse qui gagne un grand nombre d’affiliés que la Gestapo est mise sur la piste du réseau. Les policiers allemands interpellent un agent de Fougères. Soumis à la torture pendant deux jours et deux nuits il ne parle pas. Mais il ne pourra supporter que les mêmes sévices soient infligés à sa jeune femme que les bourreaux sont allés chercher. Ses aveux déclenchent une cascade d’arrestation qui s'étalent de février à juin 1944. Boyer, Treyture ainsi que sa femme et sa fille, les contrôleurs Sœur et Dufil, Patraut, Le Menech, Planche et Garaud seront parmi les victimes de ce coup de filet. Seul de l'équipe de Rennes, Boyer reviendra des camps de la mort.

C’est Maurice Horvais qui va reprendre en main les débris du réseau sans toutefois parvenir à le reconstituer car au moment de la razzia effectuée par la Gestapo beaucoup d'agents ont rejoint les maquis, d'autres ont été mutés sur leur demande. Mais il subsistera malgré tout suffisamment de volontaires pour répondre à l'appel de l’Etat-Major PTT au moment de la bataille pour la Libération.

 

Qui était Albert Treyture ?

 

Albert Treyture est né le 5 octobre 1893 à Orthez dans les Basses Pyrénées.

Au cours de la guerre de 1914 son unité était dans les Vosges. Lors d'une attaque, il fut enterré vivant par l'éclatement d’un obus. Heureusement, il pût se dégager mais il avait été victime d’une commotion extrêmement violente. Il a manqué de perdre la vue. Il fallût le  soigner à Rennes puis à Bordeaux. Il sera réformé avec un taux de 90 % d'invalidité. Dans les lettres à sa fiancée il ne va pas lui écrire qu'il était menacé de devenir aveugle. Il  se maria en 1919. Albert Treyture appartenait à la religion protestante depuis son enfance. Protestant libéral il était plutôt socialisant.

En 1940, la défaite et l'occupation furent pour lui une cause de souffrance. Il ne pouvait rester inactif. Dans les années qui précédèrent la guerre, il se dévouait aux réfugiés espagnols.

« Tout n'est pas perdu disait-il, on peut se ressaisir » C'est ainsi qu'en 1941 il entrait dans la résistance dans l'organisation « Défense de la France ».Il fût pour l’Ille-et-Vilaine, agent de liaison du Deuxième bureau de Paris. Avec Monsieur Boyer, inspecteur au service technique, quelques-uns de ses collègues et quelques techniciens, il organisa  le groupe de résistance des PTT. Ils préparaient ensemble les liaisons secrètes téléphoniques avec diverses villes de l'Ouest.

La maison d'Albert Treyture, héberge des résistants de plusieurs groupes. Il recevait des chefs ou des agents de liaison, et un des chefs de l'armée secrète en avait fait son pied-à-terre. Le 10 mai 1944, Madame Treyture et sa fille étudiante à Rennes, allaient comme elles en avaient l'habitude, porter un certain nombre de messages sous enveloppes à une boîte à lettres située au 12 rue de Châteaudun. Monsieur et Madame Ladoumègue, locataires de l'appartement, avait été arrêtés le matin même. La maison avait été transformée en souricière. Deux agents de la Gestapo qui gardaient les lieux, leur ont braqué un revolver sous le nez et leur ont demandé les lettres. Heureusement Madame Treyture avait oublié au dernier moment, les dangereux messages chez elle.

Madame Treyture et sa fille furent arrêtées le jour même et incarcérées à la prison allemande Jacques Cartier de Rennes.

L'organisation aurait-elle été infiltrée ? On peut le croire puisqu'une semaine auparavant, le 3 mai, Madame Elie, l'épicière de la Place du Calvaire dont la boutique servait également de boîte aux lettres pour « Défense de la France » a été arrêtée à son domicile du quai Duguay-Trouin où elle cachait aussi des parachutistes alliés. Emmenée au siège de la Gestapo, rue Jules Ferry, pour y être torturée, Françoise Elie sera ensuite incarcérée à Jacques Cartier. C'est parce que l'épicerie recevait un peu trop de monde, qu'il avait été décidé de créer une seconde boite aux lettres plus discrète, rue de Châteaudun.

Ignorant tout, des arrestations opérées ce 10 mai par les Allemands, Maurice Prestaut s’y rend à son tour. C'est  le délégué régional de « Défense de la France » en Bretagne et à ce titre il participe  à l’unification de la résistance non communiste. Il tombe dans le guet-apens tendu par les Allemands mais cela ne se passe pas comme prévu. La police SS est en effet accompagnée par trois miliciens bretons du Bezen Perrot, qui perdra son premier homme. En effet sur ses gardes, Prestaut sort un revolver et abat Auguste Le Deuff qui s'écroule, puis il blesse grièvement Jacques Goulven. Maurice Prestaut est malgré tout maîtrisé puis emmené rue Jules Ferry. Fous de rage après la mort de leur camarade, les membres du Bezen vont se déchaîner contre le résistant. Malgré les tortures, Prestaut ne parlera pas

Pendant ce temps, Albert Treyture est mis au courant de l'arrestation de sa femme et de sa fille. Les amis de Treyture  essayèrent de le persuader de fuir, il refuse. Il savait ce qu'il faisait. Il avait interrompu toutes ses liaisons en envoyant le message : « Trouillard, c'était son nom de guerre, fait le mort ». Il ne voulait pas laisser sa femme et sa fille aux mains de la Gestapo et c'est pourquoi il continua sa tâche, brûla tous les papiers compromettants et attendit. La Gestapo viendra l'arrêter chez lui, le 13 mai 1944, 40 rue Barbès, mais il arriva à faire libérer sa fille et sa femme qui sont restées emprisonnées à Jacques Cartier. Il s'était laissé prendre que pour être sûr de les sauver. Albert Treyture avait laissé des messages à sa femme glissés dans son linge, c'était des mots de confiance et d'encouragement. Son dernier message fut une lettre jetée en gare de Nantes, le 29 juin 1944 où il disait :

« L'ambiance est très bonne soyez très courageuses, mon seul souci sera de penser que vous puissiez être inquiètes. Je suis un vieux de la vieille et je ne suis pas malheureux et tout ça me rajeunit. Je sais que vous resterez toujours vaillantes, fortes et courageuses quoi qu'il advienne. Merci à tous les amis qui s'intéressent à vous. Bon courage mes chéries je vous serre toutes les deux sur mon cœur ».

Transféré de Rennes à Compiègne le 29 juin 1944, Treyture est déporté le 28 juillet vers Neuengamme. Dans la soirée, ce transport de 1652 hommes sera le 4ème dirigé directement vers le camp de Neuengamme depuis la fin du mois de mai 1944. Plus de 62% des hommes de ce convoi mourront. Albert Treyture, matricule 39561, désigné comme NN quitta le bagne nazi de Neuengamme fin avril 1945 pour Bergen-Belsen où il mourut du typhus le 10 mai 1945 après la libération. Malheureusement les Anglais ayant créé une zone de protection sanitaire autour de son camp, il ne put être soigné à temps.

                                                                                              Louis Cardin

 

Dans le cadre des cérémonies du 8-Mai, un hommage a été rendu le 7 mai sous les arcades du bureau de poste de Rennes République aux résistants des PTT et, en particulier, à Albert Treyture. Il était contrôleur principal, employé à la recette principale de La Poste et responsable du réseau de résistance pour toute la Bretagne, de 1941 à 1944.

Louis Cardin, responsable de l'association Libération nationale PTT, a décrit l'organisation de la résistance dans les Postes et les Télécommunications et a retracé l'action exemplaire d'Albert Treyture, arrêté à Rennes le 13 mai 1944 et mort en déportation le 10 mai 1945 à Bergen-Belsen.

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