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LA RESISTANCE EN DEUIL…

Communiqué de l’ANACR Nationale

 

Avec Robert Chambeiron disparait à 99 ans l’un des derniers témoins et acteurs des débuts de la Résistance. Il restait avec Daniel Cordier, qui en fut le secrétaire dans la clandestinité, l’un des tous derniers à avoir connu Jean Moulin, dont il avait fait la connaissance en mars 1937.

Alors âgé de 22 ans, effectuant à l’issue de son sursis son service militaire à la base aérienne 112 de Reims, il avait été transféré à Paris à la base aérienne 117 et affecté dans un service administratif du tout proche ministère de l’Air, dont le titulaire était Pierre Cot ; lequel avait depuis juin 1936 pour Chef de Cabinet Jean Moulin, et responsable de son secrétariat particulier Pierre Meunier, son secrétaire parlementaire de 1933 à 1936, issu de l’administration des Finances.

Ce dernier étant tombé malade, il fut – pour pallier en partie son absence – recherché parmi les conscrits effectuant leur service au ministère de l’Air quelqu’un issu de la même administration des Finances que Meunier ; c’est ainsi que, durant une douzaine de mois à partir de mars 1937, Robert Chambeiron vint travailler au cabinet de Pienre Cot, ministre de l’Air du Gouvernement de Front populaire puis, durant le 1er trimestre 1938 jusqu’au 8 avril, ministre du Commerce.

Après le départ de Pierre Cot du Gouvernement, Jean Moulin fut nommé Préfet de l’Aveyron, Pierre Meunier rejoignant son administration d’origine et Robert Chambeiron la Caisse Nationale des Marchés de l’Etat créée en 1936.

Mobilisé en 1939 dans l’Armée de l’Air, dans une escadrille de bombardement qui se repliera en juin 1940 en Tunisie puis au Maroc, Robert Chambeiron sera démobilisé en octobre suivant. De retour en France, il reprend son travail à l’administration des Finances où il retrouve Pierre Meunier, démobilisé en juillet et qui avait repris début septembre contact à Chartres avec Jean Moulin.

Pierre Meunier, sollicité par Jean Moulin – révoqué le 2 novembre 1940 du poste de Préfet d’Eure-et-Loir qu’il occupait depuis janvier 1939 – pour l’aider dans la tâche qu’il souhaitait entreprendre de recensement des mouvements, structures et réseaux de Résistance se mettant en place à l’automne 1940, accepta la mission, en suggérant de s’adjoindre pour ce faire «une connaissance commune», Robert Chambeiron ; ce qui eut l’accord de Jean Moulin. Lequel, peu après, partit s’établir en zone sud à Saint-Andiol et à Nice où il ouvrira une galerie d’art, se rendant pendant plusieurs mois à Londres, de septembre 1941 au 1er janvier 1942, puis en février-mars 1943 et n’effectuant que de rares et très courts séjours en zone nord, son secrétariat étant installé à Lyon.

Durant toute cette période, les liaisons de Jean Moulin et de son secrétariat avec Pierre Meunier – ayant à ses côtés Robert Chambeiron – en charge des contacts avec les mouvements de zone nord, se feront – jusqu’à son arrestation en mars 1943 – par l’intermédiaire du colonel Henri Manhès (« Frédéric»), l’adjoint de Jean Moulin pour la zone occupée, lui aussi ancien du cabinet de Pierre Cot.

La préparation au printemps 1943 de la formation du CNR et l’organisation matérielle de sa réunion constitutive le 27 mai amèneront Jean Moulin, accompagné de son secrétaire Daniel Cordier, à venir à Paris et à solliciter pour ce faire le concours de Pierre Meunier – qui assume désormais les fonctions du colonel Manhès – et de son adjoint Robert Chambeiron.

Tous deux, ainsi que l’a rapporté Pierre Meunier, assisteront en partie à la réunion du CNR, 48 rue du Four le 27 mai, ayant ensuite à assurer conjointement à Daniel Cordier sa sécurité extérieure et sa dispersion à l’issue de ses travaux. Lors de cette réunion, écrira Pierre Meunier «je fus nommé secrétaire général du CNR, avec comme adjoint Robert Chambeiron, au sens où dans une préfecture et sous l’autorité du Préfet il y a un secrétaire général. Naturellement nous n’avions ni le droit à la parole ni ne prenions part au vote».

Non membres du CNR, qui ne regroupe avec son Président que les 16 représentants mandatés des mouvements, partis et syndicats clandestins fondateurs, le secrétaire général et son adjoint auront cependant l’importante mission d’en assurer le fonctionnement, sous la direction de Jean Moulin jusqu’à son arrestation le 21 juin 1943, puis à partir de juillet 1943 et jusqu’à la Libération sous celle de Georges Bidault ; notamment en organisant les réunions de son bureau, que Robert Chambeiron aura plus particulièrement la responsabilité de sécuriser.

A la Libération, Pierre Meunier et Robert Chambeiron seront en octobre 1944 nommés à l’Assemblée Consultative Provisoire. Puis, Robert Chambeiron sera élu député radical puis progressiste des Vosges en 1945 aux Assemblées Constituantes, puis de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958 à la Chambre des députés. Ayant repris une carrière de haut fonctionnaire de l’administration des Finances, à la Caisse Nationale des Marchés de l’Etat, il sera avec Pienre Cot et Pierre Meunier l’un des principaux animateurs de l’Union progressiste, petite formation politique proche du Parti Communiste. Robert Chambeiron sera élu député européen de 1979 à 1989 sur la liste présentée par le Parti communiste.

Ayant rejoint en 1965 l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR, fondée en 1952), il deviendra en 1966, aux côtés d’autres personnalités de la Résistance et de la France libre, dont depuis 1952 Pierre Meunier, membre d’honneur de son Conseil National ; puis, à partir de 1976, il sera membre de son Bureau National, et de 1992 jusqu’en 2010 de sa Présidence, contribuant au rayonnement de l’ANACR.

A l’heure de sa disparition, l’ANACR s’incline devant la mémoire d’un homme dont pour son action et son rôle dans la Résistance l’Histoire gardera le nom.

Paris, le 2 janvier 2015

L’ANACR

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