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Raymond ABDON : un instituteur engagé aux côtés des résistants PTT

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Président départemental de l’ANACR de la Manche, Raymond Abdon nous a quittés en décembre dernier à l’âge de 96 ans.

Né le 20 septembre 1920 à Folligny (Manche), il est élève à l’Ecole Normale de Saint-Lô. A sa sortie en 1941, il est nommé instituteur à Villebaudon. Il rejoint le groupe de résistants du village en décembre 1942, comme agent de renseignement au sein du groupe OCM formé par Alphonse Fillâtre, quincailler, dit "Le Cornu". Menacé par le STO, Raymond Abdon est orienté vers le docteur Martin qui lui délivre un certificat de complaisance de non-aptitude au travail. A côté de son métier d'instituteur, il assure des permanences à la mairie de La Haye-Bellefond, ce qui lui permet de fournir des faux papiers et de collecter de nombreux renseignements.

Au printemps de l’année 1943, le groupe d'Alphonse Fillâtre est sollicité par « Action PTT » qui installe un poste émetteur à Beaucoudray. Ernest Pruvost et Simone Michel-Lévy viennent avec deux opérateurs radio équipés de leurs postes, quelques jours en repérage dans le village, pour trouver un endroit où se cacher afin d’avoir des contacts. C’est ainsi que Raymond Abdon rencontrera Simone Michel-Levy sans qu’il ait connaissance de sa véritable identité.

L'activité du groupe est désormais liée à la Résistance PTT. Raymond Abdon effectue plusieurs missions de liaison en compagnie de Marcel Richer, responsable PTT de Saint-Lô. Il fournit des renseignements sur les positions allemandes, les installations de blockhaus, les emplacements de la Flak, la localisation des champs de mines.

Mais fin 1943, Ernest Pruvost, en poste au ministère à Paris, est du fait du son activité résistante intense, recherché par la Gestapo. Grâce à ses contacts dans la Manche, il se réfugie dans la ferme de Villebaudon et y forme des groupes FFI tout en conservant la direction du réseau de Résistance PTT. Le groupe va prendre alors une importance toute particulière.

Ainsi début mai 1944, Raymond Abdon participe avec Ernest Pruvost à la réception du parachutage d'armes sur le terrain de Sainte-Marie-Outre-l'Eau, dans le Calvados. Une partie du matériel est alors stockée au maquis de Beaucoudray, dans une ferme abandonnée.

Le soir du 5 juin 1944, Londres charge le groupe de résistants de retarder l'arrivée des renforts allemands sur les côtes normandes. C’est ainsi que Raymond Abdon  et ses camarades vont scier les poteaux pour couper les lignes téléphoniques entre Villebaudon et Percy et attendre l’arrivée des renforts alliés.

Le 14 juin matin très tôt, Ernest Pruvost confie à Raymond Abdon la charge de meubler la petite maison de garde du maquis, et de rapporter des victuailles. A son retour à la ferme, Raymond Abdon accompagné de sa femme, en possession de tout le matériel entassé dans une brouette, est interpellé par un soldat de la Wehrmacht qui leur fait signe de ne pas s’approcher. Raymond Abdon voit ses camarades arrêtés. Un détachement allemand a cerné le maquis. Après un échange de coups de feu, qui fait deux morts parmi les soldats allemands, onze maquisards sont retenus captifs et fusillés le lendemain. Raymond Abdon et son épouse Madeleine, fuient par Condé-sur-Vire et se réfugient à Agon-Coutainville, dans sa famille pour ne rentrer à Villebaudon qu’en juillet 1944. Il participera à l’exhumation de ses camarades, là où la stèle a été érigée. Le général De Gaulle assistera à une cérémonie en 1953.

Raymond Abdon a poursuivi sa carrière d'enseignant qu'il a terminée à Carentan, à l'école des Hauts-Champs, en 1975. Il avait reçu en 2016 la Légion d'honneur lors des cérémonies du 72ème anniversaire du débarquement en Normandie.

« Bien qu'elle devrait être décernée à tout notre réseau de Villebaudon », soupire-t-il, un réseau dont il a fait partie dès 1940 et qui comptait 18 membres, dont son épouse Madeleine,

« Notre tâche, c'était de collecter du renseignement. Et moi, en tant que maître d'école, j'entendais beaucoup les enfants parler. Ils livraient des informations sans le savoir.».

« Je pense souvent à mes onze copains, fusillés à Beaucoudray. Je me dis souvent que j'aurais pu être le douzième. Ernest Pruvost a pu fuir et s'est réfugié dans une ferme proche de Villebaudon. Cet ancien militaire était bien décidé à faire bouger la résistance du village. Franc et autoritaire, il avait cependant un cœur d'or. On rencontre rarement des gens comme lui ».

La ministre de l’éducation nationale, Madame Najat Vallaud-Belkacem, lui a rendu hommage en publiant un communiqué de presse sur la page d’accueil du site internet du ministère. France Bleu Normandie, Ouest France lui ont également rendu hommage en publiant un communiqué.

 

                                                      Charles Sancet, Raymond Abdon et Colette Pallarés devant la stèle de Beaucoudray

Chaque année, le troisième dimanche de juin a lieu à Beaucoudray une importante cérémonie du souvenir qui réunit quelque 80 porte-drapeaux, des élus, des parlementaires, et une assemblée d’une centaine de personnes environ. Un lâcher de pigeons a lieu à la fin de la cérémonie. Depuis 10 ans, « Libération Nationale PTT – ANACR » dépose une gerbe, d’abord en anonyme, puis depuis 7 ans environ, avec le bandeau de l’association.

                                                                                                                           Colette Pallarés

P.S. : Le « Comité des fusillés de Beaucoudray » est l’organisateur de la cérémonie annuelle dont le responsable est René Duclos, président-général de l’ACVG – PTT.

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