Coin des poètes

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La victoire de Guernica

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I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs

 

II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

 

III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple

 

IV
La mort cœur renversé

 

V
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

 

VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses

 

VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

 

VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

 

IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

 

X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

 

XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

 

XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

 

XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir

 

XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

 

Paul Eluard, Cours naturel, 1938


             Le poème La Victoire de Guernica a été inspiré par un fait historique. Le 26 avril 1937, les avions de l’armée allemande bombardent Guernica pendant 3 heures. Bilan 2000 morts. Ceci est le symbole de la guerre dans son horreur. Paul Eluard va écrire ce poème pour dénoncer cette barbarie pendant la guerre en Espagne.

Le poème La Victoire de Guernica de Paul Eluard a un titre quelque peu provocateur, ce qui exprime l’indignation du poète. Cependant il y a beaucoup de retenue dans ce poème, il exprime la douleur du peuple à qui va toute sa sympathie. Une telle prise de position vient d’une part de la générosité de l’homme, d’autre part de son communisme, enfin du surréalisme qui juste après la première guerre mondiale va affirmer sa révolte contre l’absurdité de la guerre. Quant à Guernica c’est le prélude aux horreurs nazies contre lesquelles Eluard s’élèvera à la résistance.

 

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La Butte Rouge 

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Chanson anti-guerre par excellence, elle fait référence à la « butte Bapaume », un lieu-dit inhabité dans les environs de Berzieux, et à un triste épisode de la bataille de la Somme.

On l'identifie souvent à toutes les répressions anti-ouvrières. Le contraste entre la valse lente de sa musique et les paroles est remarquable. Chanson du répertoire de Montéhus, il ne reste aujourd'hui qu'un enregistrement commercial d'époque chanté par Francis Marty.

Elle a été reprise par de nombreux chanteurs ou groupes, dont :

Yves Montand, Claude VinciMarc Ogeret, Renaud, dans Le P'tit Bal du samedi soir et autres chansons réalistes, Les Motivés, Docteur Merlin Serge Utgé-RoyoGérard Gorsse,  Zebda

Elle apparaît également de façon anachronique dans le Van Gogh de Maurice Pialat.

 

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Chant des partisans

Extrait d'un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre

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Le chant des partisans a été créé pendant la seconde guerre mondiale (1943).Les paroles sont de Joseph Kessel et de Maurice Druon .La musique est composé par Anna Marly.

L’idée et l’ébauche de la mélodie du Chant des Partisans sont de la chanteuse et compositrice Anna Marly qui le reprit en 1943 à Londres, car celui-ci existait déjà au moment des périodes de soulèvements bolchéviques en Russie. Ainsi donc, elle composa la musique et les paroles originales dans sa langue maternelle, le russe. Puis Joseph Kessel et son neveu, Maurice Druon, tous deux auteurs ayant quitté la France pour rejoindre l’Angleterre et les Forces françaises libres du Général de Gaulle, et futurs académiciens, récrivirent les paroles, ayant proposé la variante française du texte le 30 mai.

 

Devenu l’indicatif de l’émission de la radio britannique BBC "Honneur et Patrie", puis comme signe de reconnaissance dans les maquis, "Le Chant des Partisans" était devenu un succès mondial. On avait choisi de siffler ce chant, car la mélodie sifflée restait audible malgré le brouillage de la BBC effectué par les Allemands.

C’est la sœur de Jean Sablon, Germaine, qui l’amena à sa forme finale et en fit un succès.

Largué par la Royal Air Force sur la France occupée, et écouté clandestinement, ce succès se répandit immédiatement tant en France qu’ailleurs dans les milieux de la Résistance et des Forces Françaises de l’Intérieur. Il se prolongea dans de nombreuses interprétations ultérieures dont celle d’Yves Montand est la plus célèbre.

 

Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines.
Ami entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu'on enchaîne,
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C'est l'alarme!
Ce soir l'ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes…



Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades.
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades.
Ohé! les tueurs
A la balle et au couteau
Tuez vite!
Ohé! saboteurs
Attention à ton fardeau…
Dynamite…

C'est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères.
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère.
Il y a des pays
Où les gens au creux des lits
Font des rêves.
Ici, nous vois-tu
Nous on marche et nous on tue
Nous on crève…



Ici, chacun sait
Ce qu'il veut, ce qu'il fait
Quand il passe
Ami, si tu tombes,
Un ami sort de l'ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Chantez compagnons,
Dans la nuit, la liberté
Nous écoute…

Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays qu'on
Enchaîne!…
Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux sur nos Plaines !…

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UN MONDE SANS ARMES    

Mathilde FILLOZ

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NUIT ET BROUILLARD   

Jean FERRAT

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Jean Ferrat - Nuit et Brouillard par Anne-Frank

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ESPERANCE

Mathilde FILLOZ

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La rose et le réséda

Louis ARAGON

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La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas

 

Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas


L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon

 

 

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OCTOBRE  

Pierre SEGHERS

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Octobre

Le vent qui pousse les colonnes de feuilles mortes

Octobre, quand la vendange est faite dans le sang

Le vois-tu avec ses fumées, ses feux, qui emporte

Le massacre des Innocents

                                ***

Dans la neige du monde, dans l'hiver blanc, il porte

Des taches rouges où la colère s'élargit ;

Eustache de Saint-Pierre tendait les clefs des portes

Cinquante fils la mort les prit,

                                ***

Cinquante qui chantaient dans l'échoppe et sur la plaine,

Cinquante sans méfaits, ils étaient fils de chez nous,

Cinquante aux regards plus droits dans les yeux de la haine

S'affaissèrent sur les genoux

                                ***

Cinquante autres encore, notre Loire sanglante

Et Bordeaux pleure, et la France est droite dans son deuil

Le ciel est vert, ses enfants criblés qui toujours chantent

Le Dieu des justes les accueille

                                ***

Ils ressusciteront vêtus de feu dans nos écoles

Arrachés aux bras de leurs enfants ils entendront

Avec la guerre, l'exil et la fausse parole

D'autres enfants dire leurs noms

                                ***

Alors ils renaîtront à la fin de ce calvaire

Malgré l'Octobre vert qui vit cent corps se plier

Aux côtés de la Jeanne au visage de fer

Née de leur sang de fusillés.

Poème publié en janvier 1942 dans le n° 3 de la revue suisse Traits

 

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Comme un chant pour l'Escale  

Edouard MEUNIER

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L'Escale village martyre

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L'Avis   

Paul ELUARD

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Ce poème évoque le martyre de Gabriel Péri

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Paul ELUARD     Gabriel PERI

 

"L'Avis"

La nuit qui précéda sa mort
Fut la plus courte de sa vie
L'idée qu'il existait encore
Lui brûlait le sang aux poignets
Le poids de son corps l'écœurait
Sa force le faisait gémir
C'est tout au fond de cette horreur
Qu'il a commencé à sourire
Il n'avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui.

Paul Eluard (1942)

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Le Chant des Marais

 

 

 

 Ce chant est né, vers les années 1933, au camp de concentration de Bögermoor où les nazis enfermaient les premiers résistants allemands.

Il est ensuite devenu pour les déportés des autres pays, l’hymne de l’espoir et pour tous, de la mémoire des crimes contre l’Humanité.

 

Loin dans l’infini s’étendent
Les grands prés marécageux
Pas un seul oiseau ne chante
Dans les arbres secs et creux
 

Refrain
O terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher ! (bis)

Bruits de chaînes, bruits des armes
Sentinelles jour et nuit
Des cris, des pleurs et des larmes,
La mort pour celui qui fuit
 

Mais un jour, dans notre vie,
Le printemps refleurira.
Libre alors, ô ma Patrie,
Je dirai : tu es à moi !

O terre d’allégresse
Où nous pourrons sans cesse

Aimer, aimer !

 

 

 


Le Chant des marais (Interprétation combative)

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Paul ELUARD     Gabriel PERI

Gabriel Péri  

Paul ELUARD

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Un homme est mort

Un homme est mort qui n'avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n'avait d'autre route

Que celle où l'on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte

Contre la mort contre l'oubli

                    *****

Car tout ce qu'il voulait

Nous le voulions aussi

Nous le voulons aujourd'hui

Que le bonheur soit la lumière

Au fond des yeux au fond du coeur

Et la justice sur la terre

                    *****

Il y a des mots qui font vivre

Et ce sont des mots innocents

Le mot chaleur le mot confiance

Amour justice et le mot liberté

Le mot enfant et le mot gentillesse

Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits

Le mot courage et le mot découvrir

Et le mot frère et le mot camarade

Et certains noms de pays de villages

Et certains noms de femmes et d'amies

Ajoutons-y Péri

Péri est mort pour ce qui nous fait vivre

Tutoyons-le sa poitrine est trouée

Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux

Tutoyons-nous son espoir est vivant.

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LIBERTE   

Paul ELUARD

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Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

 


Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.


- 1942 -

 Ce poème provient du recueil intitulé " Poésie et vérité 42 "

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   COMPLAINTE DU PARTISAN

Emmanuel d'Astier de La Vigerie

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La complainte du partisan

 

COMPLAINTE DU PARTISAN

Les Allemands étaient chez moi
On m'a dit résigne toi
Mais je n'ai pas pu
Et j'ai repris mon arme.

Personne ne m'a demandé
D'où je viens et où je vais
Vous qui le savez
Effacez mon passage.

J'ai changé cent fois de nom
J'ai perdu femme et enfants
Mais j'ai tant d'amis
Et j'ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés
Les Allemands l'ont pris
Il est mort sans surprise.

Hier encore nous étions trois
Il ne reste plus que moi
Et je tourne en rond
Dans la prison des frontières.

Le vent souffle sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l'ombre.

 

Emmanuel d'Astier de La Vigerie

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Ce cœur qui haïssait la guerre

Robert DESNOS

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                Ce cœur qui haïssait la guerre
                    voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !
                    Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons,
                    à celui des heures du jour et de la nuit,
                    Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines
                    un sang brûlant de salpêtre et de haine.
                    Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
                    Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
                    Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
                    Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.
  
                    Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs
                    battant comme le mien à travers la France.
                    Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
                    Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
                    Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :
                    Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
                    Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
                    Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
                    Et des millions de Français se préparent dans l'ombre
                    à la besogne que l'aube proche leur imposera.
                    Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté
                    au rythme même des saisons et des marées,
                    du jour et de la nuit.


                                    [ Extrait de
                                    L'honneur des Poètes (Minuit, 1946) et repris
                                    dans "Domaine Public" par Poésie/Gallimard ]

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FRANCE

Jean-Pierre ROSNAY

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FRANCE

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Et chacun te prenait un peu de plume à l'aile
Mais quand l'ennemi arriva
Les guérites étaient là
Mais plus les sentinelles

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Moi je t'aimais et je ne disais rien,
Je n'avais pas seize ans, France, tu t'en souviens
Ils disaient tous ma France ou la France éternelle

Je n'ai rien dit, moi, j'étais trop enfant
J'ai pris le fusil de la sentinelle
Et puis c'est fini maintenant
France, pardonne-moi si je te le rappelle
Je me sens si seul par moment.

Jean-Pierre Rosnay, alias bébé

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La Grande Misère de la France

Ivan Goll

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La Grande Misère
de la France


Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le pont d'Avignon

Jeanne d'Arc mortelle statue
Un peu de bronze ensanglanté
Dans cette France qui s'est tue
Ton coeur a cessé de chanter

Jeanne dans sa jupe de bure
Assise sous les framboisiers
Se prépare une confiture
Avec du sang de cuirassiers

La poule noire des nuages
Pond les oeufs pourris de la mort
Les coqs éplumés des villages
N'annoncent que les vents du Nord

Car l'aube avait du plomb dans l'aile
Et le soleil est un obus
Qui fait sauter les citadelles
Et les lilas sur les talus

Le ciel de France est noirci d'aigles
De lémures et de corbeaux
Ses soldats couchés dans les seigles
Ignorent qu'ils sont des héros

Ni Chartres, ni Rouen, ni Bruges
N'ont assez d'anges dans leurs tours
Pour lutter contre le déluge
Et les escadres de vautours

Taureau chassé des pâturages
Et du silence paternel
Devant la pourpre de l'outrage
Perd tout son sang au grand soleil

Il perd son sang par ses fontaines
Par ses veines par ses ruisseaux
Il perd son sang par l'Oise et l'Aisne
Par ses jets d'eau par ses naseaux

Les douze soeurs de ses rivières
Aux bras cambrés aux noeuds coulants
Dénouent leurs lacets et lanières
Pour se jeter à l'océan

Buvez buvez guerriers ivrognes
Les vins fermentés de la peur
Les sangs tournés de la Bourgogne
Les alcools amers du malheur

Les bières gueuses de la Meuse
Et les vins platinés du Rhin
Les sources saintes des Chartreuses
Et les absinthes du chagrin

Les larmes qui de chaque porte
Ont débordé sur le pays
Les eaux de vie et les eaux mortes
Grisantes comme le vin gris

Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le Pont d'Avignon.

Ivan Goll


 

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Le Petit Testament

Jean Prévost

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Le Petit Testament

Jean Prévost



Jean Prévost est évoqué
par les élèves du lycée
qui porte son nom

Claude, si la guerre incertaine
Un de ces beaux matins m'emmène
Les pieds devant,
N'écris pas mon nom sur la terre
Je souhaite que ma poussière
S'envole au vent.

Pas d'étendard avec ma chiffe
Que l'officiel et le pontife
Taisent leur bec;
Vous-mêmes, ce matin d'épreuve,
Mes trois enfants, et toi ma veuve
Gardez l'oeil sec.

Pas un regret ne m'importune.
Je suis content de ma fortune.
J'ai bien vécu.
Un homme qui s'est rempli l'âme
De trois enfants et d'une femme
Peut mourir nu.

Veux-tu que mon ombre s'égaie
Qu'un canot à double pagaie
Porte mon nom,
Qu'il ait un mât, voile latine,
Le nez léger, l'humeur marine
Et le flanc blond.

Tu sais comment j'aimais la vie.
Je détestais la jalousie
Et le tourment.
Si les morts ont droit aux étrennes
Je veux qu'au bout de l'an tu prennes
Un autre amant.

                (en mer, 12 juin 1940)
                tiré de "derniers poèmes" 
		aux éditions Gallimard

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Oradour

Jean Tardieu

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Oradour

Oradour n'a plus de femmes
Oradour n'a plus un homme
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus de pierres
Oradour n'a plus d'église
Oradour n'a plus d'enfants

                *****
Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d'amour
Plus de vin plus de chansons.

                *****
Oradour, j'ai peur d'entendre
Oradour, je n'ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.

                *****
Oradour je crie et hurle
Chaquefois qu'un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée
Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.

                *****
Oradour je n'ose plus
Lire ou prononcer ton nom.

                *****

Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s'apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.

                *****
Oradour n'a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n'a plus d'enfants
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus d'église
Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.

                *****
Oradour n'est plus qu'un cri
Et c'est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c'est bien la pire honte
Que de n'être plus qu'un cri,
Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance
Qu'à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.

Jean Tardieu: Oradour

 

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L'affiche Rouge

Louis ARAGON

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Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erevan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

 

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Les fusillés de Châteaubriant
René-Guy Cadou

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Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

Source : René-Guy Cadou, Les fusillés de Châteaubriant in Pierre Seghers (1974), La Résistance et ses poètes (France 1940-1945) , Seghers, Paris, p. 435.

Poème publié initialement dans Pleine Poitrine, en 1945.

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Ballade de celui qui chanta sous les supplices

Louis ARAGON

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Le 14 juillet 1943, Louis Aragon publie la   Ballade de celui qui chanta sous les supplices, en hommage aux résistants fusillés, dans une anthologie clandestine, intitulée L'honneur des poètes (Éditions de minuit) qui rassemble divers textes d'Aragon, de Desnos, d'Éluard...

 

Poèmes - Ballade de celui qui chanta dans les supplices -

 

Hommage à Jean-Pierre Thimbaud
Hommage à Jean-Pierre Thimbaud
Fusain de Boris Taslitzky
réalisé dans la clandestinité
en octobre 1941

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis ARAGON (1943)

  Et s'il était à refaire
  Je referais ce chemin
  Une voix monte des fers
  Et parle des lendemains

  On dit que dans sa cellule
  Deux hommes cette nuit-là
  Lui murmuraient "Capitule
  De cette vie es-tu las

  Tu peux vivre tu peux vivre
  Tu peux vivre comme nous
  Dis le mot qui te délivre
  Et tu peux vivre à genoux"

  Et s'il était à refaire
  Je referais ce chemin
  La voix qui monte des fers
  Parle pour les lendemains

  Rien qu'un mot la porte cède
  S'ouvre et tu sors Rien qu'un mot
  Le bourreau se dépossède
  Sésame Finis tes maux

  Rien qu'un mot rien qu'un mensonge
  Pour transformer ton destin
  Songe songe songe songe
  A la douceur des matins

  Et si c'était à refaire
  Je referais ce chemin
  La voix qui monte des fers
  Parle aux hommes de demain

  J'ai tout dit ce qu'on peut dire
  L'exemple du Roi Henri
  Un cheval pour mon empire
  Une messe pour Paris

  Rien à faire Alors qu'ils partent
  Sur lui retombe son sang
  C'était son unique carte
  Périsse cet innocent

  Et si c'était à refaire
  Referait-il ce chemin
  La voix qui monte des fers
  Dit je le ferai demain

  Je meurs et France demeure
  Mon amour et mon refus
  O mes amis si je meurs
  Vous saurez pour quoi ce fut

  Ils sont venus pour le prendre
  Ils parlent en allemand
  L'un traduit Veux-tu te rendre
  Il répète calmement

  Et si c'était à refaire
  Je referais ce chemin
  Sous vos coups chargés de fers
  Que chantent les lendemains

  Il chantait lui sous les balles
  Des mots sanglant est levé
  D'une seconde rafale
  Il a fallu l'achever

  Une autre chanson française
  A ses lèvres est montée
  Finissant la Marseillaise
  Pour toute l'humanité

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Les abeilles    

Jean PAULHAN

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Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé).

A ceux-là il faut répondre : « C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »

 

Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

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Sœurs d'espérance et autres poèmes

 

Paul ELUARD

 

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Marianne COHN

Je Trahirai Demain -

 

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     D'origine allemande, elle était membre de la Résistance Juive, elle sauva des enfants par des placements dans des familles françaises ou par le passage vers la Suisse. Elle était membre des Eclaireurs Israélites de France. Ce poème témoigne de son courage et de sa volonté de sauver les juifs des mains de la Gestapo.

 

Je trahirai demain, pas aujourd'hui
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles
Je ne trahirai pas !
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.
Je trahirai demain. Pas aujourd'hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre.
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd'hui-
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le bourreau,
La lime n'est pas pour le barreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd'hui, je n'ai rien à dire.
Je trahirai demain                                              

 

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Poèmes - Ravensbruck

René-Guy Cadou       Pierre Seghers

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Monument en hommage des déportées de Ravensbruck
au Père Lachaise à Paris
A Ravensbruck en Allemagne
On torture on brûle les femmes 

On leur a coupé les cheveux
Qui donnaient la lumière au monde

On les a couvertes de honte
Mais leur amour vaut ce qu'il veut 

La nuit le gel tombe sur elles
La main qui porte son couteau 

Elles voient des amis fidèles
Cachés dans les plis du drapeau 

Elles voient Le bourreau qui veille
A peur soudain de ces regards 

Elles sont loin dans le soleil
Et ont espoir en notre espoir 

 
René-Guy Cadou
Pierre Seghers
La Résistance et ses poètes
Editions Seghers Paris 1974

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Anna Marly

Anna Marly Chevalier de l'Ordre du Mérite et de deux Ordres de la Légion d'Honneur.

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              Courage                                                      Paris est à nous

  

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Octobre

 Pierre Seghers, en hommage aux otages exécutés par l'occupant nazi.

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Monument érigé à la Sablière en hommage aux fusillés de Châteaubriant.

Source : Amicale de Châteaubriant - Voves-Rouillé


Le vent qui pousse les colonnes de feuilles mortes
Octobre, quand la vendange est faite dans le sang
Le vois-tu avec ses fumées, ses feux, qui emporte
Le massacre des Innocents

Dans la neige du monde, dans l'hiver blanc, il porte
Des taches rouges où la colère s'élargit ;
Eustache de Saint-Pierre tendait les clefs des portes
Cinquante fils la mort les prit,

Cinquante qui chantaient dans l'échoppe et sur la plaine,
Cinquante sans méfaits, ils étaient fils de chez nous,
Cinquante aux regards plus droits dans les yeux de la haine
S'affaissèrent sur les genoux

Cinquante autres encore, notre Loire sanglante
Et Bordeaux pleure, et la France est droite dans son deuil
Le ciel est vert, ses enfants criblés qui toujours chantent
Le Dieu des justes les accueille

Ils ressusciteront vêtus de feu dans nos écoles
Arrachés aux bras de leurs enfants ils entendront
Avec la guerre, l'exil et la fausse parole
D'autres enfants dire leurs noms

Alors ils renaîtront à la fin de ce calvaire
Malgré l'Octobre vert qui vit cent corps se plier
Aux côtés de la Jeanne au visage de fer
Née de leur sang de fusillés.


Pierre Seghers, décembre 1941.
Poème publié en janvier 1942 dans le n° 3 de la revue suisse Traits
.

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Ceux du maquis

Maurice VAN MOPPES

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Ceux du maquis

by Maurice Van Moppes

Ils se sont enfuis dans la nuit
Pour ne pas aller en Allemagne
Quittant leurs parents, leurs amis
Se cachant dans la montagne
Et pour mieux servir le pays
Ils ont pris le maquis

Ce sont ceux du maquis
Ceux de la Résistance
Ce sont ceux du maquis
Combattant pour la France

Bravant le froid, bravant la faim
Défiant l'horrible esclavage
Bravant Laval, bravant ses chiens
Sans jamais perdre courage

{Refrain:}
Ce sont ceux du maquis
Ceux de la Résistance
Ce sont ceux du maquis
Jeunesse du pays

Ils ont bravé tous les périls
Dans leur âpre lutte secrète
Sans souliers, sans pain, sans fusil
Descendant de leur retraite
Souffrant et luttant jour et nuit
Nos amis du maquis

Ce sont ceux du maquis
Ceux de la résistance
Ce sont ceux du maquis
Combattant pour la France

Bravant le froid, bravant la faim
Défiant l'horrible esclavage
Bravant Laval, bravant ses chiens
Sans jamais perdre courage

{au Refrain}

Dès le jour du débarquement
Dès l'aurore de la victoire
Ils ont frappé les Allemands
En plein jour, en pleine gloire
Se joignant à tous leurs amis
Nos amis du maquis

Ce sont ceux du maquis
Ceux de la Résistance
Ce sont les F.F.I.
C'est l'armée de la France

Contre nazis et miliciens
Sans discours et sans bravade
Se battant dur, se battant bien
Des forêts aux barricades

{au Refrain}

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La chanson de Craonne
Paroles recueillies par Paul Vaillant-Couturier (1917)
Sur l'air de "Bonsoir m'amour" de Gorges Sablon

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Une des plus célèbres chansons composées par les poilus au cours des mutineries de 1917. L'offensive de Nivelle s'était terminée par un massacre au Chemin de dames avec 147.000 tués et 100.000 blessés en deux semaines... Le moral était au plus bas, et certains régiments refusèrent de monter en ligne. Des mutineries sont constatées dans près de soixante divisions, sur les cent que comptaient l'armée française. Pétain est appelé pour rétablir la situation, et il réprima sévèrement les refus d'obéissance. Il y eut plus de 500 condamnations à mort, mais beaucoup moins furent exécutées...
Cette chanson fut bien sûr interdite, et on promit même une récompense à celui qui dénoncerait son auteur: un million de franc-or et la démobilisation immédiate! Mais aucun poilu n'eût la lâcheté de dénoncer un camarade, ce qui prouve qu'au milieu de tant de détresse et de désespoir, la solidarité n'était pas un vain mot. 
 

 

Quand au bout de huit jours le repos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile,
Mais c'est fini on en a assez
Personne ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots,
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut, en baissant la tête.

Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme,
C'est à Craonne, sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau,
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés.

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrances,
Pourtant on a l'espérance,
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier chasseur à pied
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leur tombe.

C'est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si, pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la même chose.
Au lieu de s'cacher, tous sont embusqués
Feraient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien car nous n'avons rien
Nous autres, les pauvres purotins
Tous les camarades sont enterrés là
pour défendre les biens de ces messieurs là.

Dernier refrain:
Ceux qu'on l'pognon, ceux-là r'viendront
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur l'plateau:
Car si vous voulez la guerre
Payez-là de votre peau!

 

 


 

Chanson de Craonne

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 Gabriel Péri

Louis ARAGON

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Poèmes sur Gabriel Péri

Par Louis Aragon. Honoré d’Estienne d’Orves est « celui qui croyait au ciel », Gabriel Péri « celui qui n’y croyait pas »; Gabriel Péri n'est par contre pas enterré au cimetière d'Ivry.

 

Légende de Gabriel Péri

C'est au cimetière d'Ivry

Qu'au fond de la fosse commune

Dans 1'anonyme nuit sans lune

Repose Gabriel Péri

 

Pourtant le martyr dans sa tombe

Trouble encore ses assassins

Miracle se peut aux lieux saints

Où les larmes du peuple tombent

Dans le cimetière d'Ivry

 

Ils croyaient sous d'autres victimes

Le crime conjurant le crime

Etouffer Gabriel Péri

Le bourreau se sent malhabile

 

Devant une trace de sang

Pour en écarter les passants

Ils ont mis des gardes mobiles

Dans le cimetière d'Ivry

 

La douleur viendra les mains vides

Ainsi nos maîtres en décident

Par peur de Gabriel Péri

L'ombre est toujours accusatrice

 

Où dorment des morts fabuleux

Ici des hortensias bleus

Inexplicablement fleurissent

Dans le cimetière d'Ivry

 

Dont on a beau fermer les portes

Quelqu'un chaque nuit les apporte

Et fleurit Gabriel Péri

Un peu de ciel sur le silence

 

Le soleil est beau quand il pleut

Le souvenir a les yeux bleus

A qui mourut par violence

Dans le cimetière d'Ivry

 

Les bouquets lourds de nos malheurs

Ont les plus légères couleurs

Pour plaire à Gabriel Péri

Ah dans leurs pétales renaissent

 

Le pays clair où il est né

Et la mer Méditerranée

Et le Toulon de sa jeunesse

Dans le cimetière d'Ivry

 

Les bouquets disent cet amour

Engendré dans le petit jour

Où périt Gabriel Péri

Redoutez les morts exemplaires

 

Tyrans qui massacrez en vain

Elles sont un terrible vin

Pour un peuple et pour sa colère

Dans le cimetière d'Ivry

 

Quoi qu'on fasse et quoi qu'on efface

Le vent qui passe aux gens qui passent

Dit un nom Gabriel Péri

Vous souvient il

 

ô fusilleurs

Comme il chantait dans le matin

Allez c'est un feu mal éteint

Il couve ici mais brûle ailleurs

 

Dans le cimetière d'Ivry

Il chante encore il chante encore

Il y aura d'autres aurores

Et d'autres Gabriel Péri

 

La lumière aujourd'hui comme hier

C'est qui la porte que l'on tue

Et les porteurs se substituent

Mais rien n'altère la lumière

 

Dans le cimetière d'Ivry

Sous la terre d'indifférence

Il bat encore pour la France

Le cœur de Gabriel Péri

 

Louis Aragon

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La Poésie engagée

pendant la guerre 1939-1945

Kevin et Lauriane

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Bonjour à vous qui aimez la poésie. Voici un site web organisé dans le cadre d'un TPE de Première Littéraire et qui est centré sur la poésie engagée pendant la guerre 1939-1945.

Pour toi, peut-on concilier poésie et engagement ? C'est de cette problématique que nous sommes parti... Et que nous avons avancé car notre point de vue aujourd'hui n'est plus totalement comme celui que nous avions au mois de Septembre.

C'est peut-être cela le but des TPE : nous apprendre à penser par nous même en recherchant. En tout cas, c'est ce que nous avons décidé de vous faire faire. Avancez dans ce site étapes par étapes, et vous avancerez en même temps dans notre réflexion. C'est parti !

Site proposé par Kevin et Lauriane. Merci de respecter notre travail.

 Pour visualiser ce très bon site, Cliquez sur le lien ci-dessous

http://pagesperso-orange.fr/famille.vancon/index.htm

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Lili Marleen

Marlène DIETRICH

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Marlene Dietrich - Lili Marleen

 

  

 

Opposée au régime nazi, Marlène Dietrich sera longtemps très proche de son cinéaste-Pygmalion, Josef Von Sternberg, qui est juif. Ses relations avec le pouvoir allemand devenant de plus en plus tendues, elle rompt peu à peu les liens qui l'attachent à l'Allemagne, et elle devient citoyenne des États-Unis d'Amérique le 6 mars 1937.

Anti - nazie fervente, elle chante pour les troupes américaines et britanniques stationnées au Royaume-Uni, puis les suit en France pendant la campagne de libération. À la libération de Paris, elle retrouve Jean Gabin, qui fut son amant, et qui participait à la campagne en tant que chef de char au 2e escadron du régiment blindé de fusiliers marins.

Dans les Modèle : Années 1950, elle fut une des victimes du maccarthisme et inscrite sur la liste noire du cinéma.

 
Sur le front ouest en 1944

 

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Chant des Adieux

Paroles: Père Jacques SEVIN. Musique: Musique traditionnelle écossaise
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Chant des adieux

- 1 -
Faut-il nous quitter sans espoir
Sans espoir de retour
Faut-il nous quitter sans espoir
De nous revoir un jour ?

Refrain
Ce n'est qu'un au revoir, mes frères,
Ce n'est qu'un au revoir
Oui nous nous reverrons, mes frères,
Ce n'est qu'un au revoir.

- 2 -
Formons de nos mains qui s'enlacent
Au déclin de ce jour
Formons de nos mains qui s'enlacent
Une chaîne d'amour.

- 3 -
Unis par cette douce chaîne
Tous, en ce même lieu,
Unis par cette douce chaîne
Ne faisons point d'adieu.

- 4 -
Car Dieu qui nous voit tous ensemble
Et qui va nous bénir,
Car Dieu qui nous voit tous ensemble
Saura nous réunir.

Scouts et Guides de France.

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Chant d'un Patriote

Félix LECLERC

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Demain je pars pour la guerre
Avec mon grand chien qui aboie
Des cailloux pleins ma gibecière
Et à mon côté gauche le droit.

Je vais tuer sa majesté
Qui dit m’attendre, qui dit m’aimer
Cent fois par jour elle me trahit
On doit mourir quand on trahit

Je suis seul de mon équipage :
Les gens d’ici sont peu violents.
Parce qu’ils ont viande sous la dent
Et ventre plein n’a pas de rage.

J’ai dans mon sac 45 tours
Chansons, lacets, magie, vautour
Je me prépare à cette guerre
Depuis l’esclavage de mon père

Mes généraux sont des rivières
Et mon état-major le vent
C’est lui qui me tient au courant
Des mauvais coups qu’on va me faire

 

Majesté je suis devant vous
Sujet sans terre et sans abris
Vos étrangers nous ont tout pris
J’ai l’arme au point défendez-vous

Avant d’atteindre la colline
Avant de crier feu vas-y
On m’aura fait plier l’échine
Je suis un pou dans ce pays

En même temps je suis un géant
Qui a bâti, géants soumis
Qui a dormi et dort encore
Pourtant, pourtant il est midi

Et si demain, mains dans les fers
Vous me rejetez à l’exil
Quelqu’un viendra finir ma guerre
Peut-être vot’ fils ainsi soit-il

Quelqu’un viendra gagner ma guerre
Peut-être vot’ fils
Ainsi faut-il

 

 
 

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Voici les voeux de notre doyenne Mathilde FILLOZ, d'Orange (après Camille bien sûr) qui aura 99 ans en juillet prochain.

Ses poèmes sont toujours d'actualité.  

ILANA ! 

 

     Tendre source d’amour, Ilana, la merveille !

       De Cagnan la princesse apparue au printemps

     Quand la rose fleurit et frissonne à l’autan.

       Un siècle nous sépare et chacun s’émerveille !

 

On attend excité que le bébé s’éveille.

             Ses yeux,  d’un bleu profond,  séduisent à l’instant.

    Mimant joie ou refus explique en s’agitant,

       Comprise par Maman qui sans cesse surveille !

 

       Ses jouets préférés : Pantin, ballon, couleurs.

   Une douce musique et la voilà en pleurs !

     Sensible et émotive, elle veut des caresses…

 

       Je n’aurai pas le temps de te prendre la main

         Tous les jours je te vois. Echange de tendresses…

       Je te passe un flambeau que je lâche demain !

                                     Ton arrière- grand-mère*

                                  Mathilde Filloz (99 ans)  

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   Brigades internationales 

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   POUR UN AVENIR MEILLEUR !

                                               ************    

 

Ah les jolis mots que les promesses

  Que l’on se murmure un soir d’ivresse" 

  Disait la chanson !

  Mais aux promesses de Sarkozy    On n’y croit plus !

 

Deux mil onze, an nouveau. Je vous offre mes vœux !                       Darcos et Woerth, tous deux durant l’an deux mil dix

                               Pour vous,  plein de bonheur, des œillets et des roses !                     Ont marqué le pas. Sarkozy les réassigne…

                               Mais ces jours sont si lourds et les temps si moroses                        Ce conflit colossal sera son chant du cygne !

                               Qui menacent l’emploi. Que de projets douteux                                  On pourra lui chanter  un grand De Profundis !

 

                               Après trois ans huit mois Sarko sévit encor.                                         Ce système pourri, soumis aux financiers

                               Il reste quinze mois à subir sa férule.                                                        Croule en déliquescence  et c’est la barbarie !

                               Président d’un pays qui tourne en Home Rule (1)                                 Ils bloquent les poids lourds qui vont aux laiteries !

                               Avec sa coterie il bat des records !                                                             Tel fut le plan neigeux des  patrons policiers !

 

                               En trois ans c’est déjà le retour à l’Otan …                                              Pendant que par millions des nourrissons ont faim,

                               La guerre d’Afghanistan, danger pour la France !                                Le lait si précieux ira dans la rigole !

Notre pays revient en stricte dépendance.                                              Attendrons-nous longtemps pour que tout dégringole,

Qui nous a conduits aux conflits des Balkans !                                     Avant de les chasser pour faute grave ?  Enfin !

 

Le scandale des ‘vaccins’ suivis du « médiator, «                                 Les acquis sociaux repris cyniquement,

Posent des questions. Motus et bouches cousues.                                 Font un triste bilan qui enrichit le riche, 

                  Saura-t-on  jamais les noms des corrompus ?                                        Et appauvrit le pauvre. Mais le pouvoir s’en fiche !

                 Qui fourrent les dossiers au fond du coffre- fort !                                  Il casse et détruit tout très méthodiquement !

 

                  Il fête ses cent ans le code du Travail.                                                        Nonobstant tout cela et ce qui nous attend,

                  Ses droits acquis, jadis,  au prix du sang, des larmes !…                    Je vous souhaite à tous, malgré ce qui m’oppresse,

                  Mais sonne l’hallali,  la menace des armes.                                             La Paix, l’amour, la joie et santé et tendresse !

                  Peu lui en chaut, au roi ! Il chasse le bétail !                                            Que l’an qui vient prépare un merveilleux printemps !                                                                         

                              (1) Régime où le pouvoir est séparé du gouvernement                                                          

                                                                                         Mathilde Filloz, ( Ccfilloz@aol.com ) 99 ans

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Fraternité

À l’un des nôtres, camarade de la Résistance 

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Je te salue mon frère,

Ces temps en sont lointains

Et tous deux nous avions les armes à la main,

Nos chants étaient les mêmes, on criait Liberté,

Toi, vers le Canigou,

Moi, près des rives de l’Aude.

 

Notre courage, ces temps, étaient de résister,

« Non à l’envahisseur, c’est ici qu’on est né »

Vous ne passerez pas, ils ne sont pas passés

Et nous gardons au cœur

Le mot Fraternité.

Des Alpes-Maritimes, un de nos doyens, Edouard Meunier (91 ans)  nous a adressé un petit poème et c’est avec un grand plaisir que nous le publions. Merci camarade, avec nos affectueuses salutations.

   Edouard Meunier,  (91 ans)

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 Des Milliers de Larmes, Caroline J et Alain Grimbert

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Je vous offre aujourd’hui

des œillets et des roses …

 

Plaisir de l’an nouveau que de fleurs ! Que de vœux !

Tous ces enfants ! Fraîcheur ! Etincelles de vie

Un rayon de soleil passe dans leurs cheveux,

Il écarte un instant la peine inassouvie !

Réflexe de poète et désir d’échanger ?

Mon cœur ému vous dit: «Bonne et heureuse année ! »

Que s’installe la Paix pour chasser le danger,

Et des peuples calmer la nuit hallucinée…

En ce siècle qui naît, construisons nos valeurs !

Il faut mettre en commun notre riche héritage

De culture et de race et de toutes couleurs,

Pour assurer ainsi, de tous, le sauvetage !

Le bonheur c’est la fleur que vous m’offrez ce soir.

C’est l’attrait d’un regard qui tendrement s’attarde…

C’est le cœur palpitant quand on se dit bonsoir

Au moment de partir que l’étreinte retarde !

C’est encor un sourire envolé par hasard,

Pour effacer bientôt les souvenirs moroses,

Un poème d’amour, un grand air de Mozart…

   Je vous offre aujourd’hui des œillets et des roses !    

                                                                                                           Mathilde Filloz   Résistante dans le Doubs,

                                                                                                     née le 1er juillet 1912

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