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PANNEAU 8 - Constitution du Conseil National de la Résistance , (CNR) en mai 1943

Ce fut un évènement majeur.

Jusque là, les mouvements existants sur le territoire agissaient sans liaison organique. l'entreprise de les rassembler dans le respect de leur identité, n'était pas simple.

Pierre Villon, responsable du "Front National", (rien à voir avec le parti actuel portant ce nom), une des forces les plus importantes comprenant notamment le communistes, avait posé quelques jalons en exprimant officiellement sa confiance au Général De Gaulle et en confirmant cette position au cours d'une rencontre avec le délégué officiel du général : Jean Moulin.

Ce dernier, au prix d'efforts persévérants, parvient à réaliser l'unité de toutes les forces de la Résistance, à la fois sur le plan national et avec les Forces Françaises Libres organisées à Londres.

Ce rassemblement allait permettre de légitimer De Gaulle vis-à-vis des alliés comme Président du gouvernement provisoire de la France et d'assurer la présence de notre pays dans les règlements de paix à venir, aux côtés des américains, des anglais et des soviétiques.

Le CNR a contribué à porter la lutte à un niveau supérieur.

Le 15 mars 1944, il publie un "programme d'action de la Résistance" qui va avoir un grand retentissement.

Il est à noter que ce texte, élaboré dans les conditions très difficiles de la clandestinité, a fait l'unanimité du CNR. Il comporte deux chapitres.

Le premier concerne l'action immédiate en vue de la libération du territoire. Au commencement des discussions, deux idées sont en débat:

        - l'une est que la Résistance ne doit pas se lancer dans des attaques contre l'occupant et qu'il faut maintenant attendre le débarquement (dont, à ce moment, personne ne peut prévoir ni le lieu, ni la date). Les tenants de cette idée invoquent leur crainte que les combats sur le sol du territoire n'entraînent des représailles  massives et sanglantes de la part des allemands. Cela peut se comprendre mais, pour certains, notamment le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) à Londres et quelque peu coupé de la réalité française, cette crainte en cache une autre : l'essor du mouvement populaire.

        - l'autre idée qui, finalement, sera retenue par tous, est que l'action immédiate, dans des formes adaptées aux circonstances, est le seul moyen pour affaiblir l'ennemi, réduire les pertes françaises, préparer les conditions optimales du débarquement et hâter ainsi la libération. Cette stratégie rejoignait d'ailleurs celle du Général De Gaulle. Celui-ci, à une certaine époque (après les attentats qui avaient entraîné l'exécution d'otages) avait recommandé de ne pas tuer d'allemands. Mais, la situation évoluant, il avait modifié sa position affirmant alors que "la libération nationale était inséparable de l'insurrection nationale".

Le second chapitre forme un projet républicain pour l'après guerre. Il part du principe qu'il n'est pas possible de demander aux français de se battre pour voir revenir sur le devant de la scène, une fois la guerre terminée, les forces et les hommes qui ont conduit la France au désastre et qui ont servi l'occupant.

Il propose donc des mesures économiques et sociales qui font écho aux déclarations du Général De Gaulle devant l'Assemblée consultative provisoire réunie à Alger en novembre 1943 :

"La France aura subi trop d'épreuves et elle aura trop appris sur son propre compte et sur le compte des autres, pour n'être pas résolue à des profondes transformations. Elle veut faire en sorte que, demain, la souveraineté nationale puisse s'exercer entièrement, sans les déformations de l'intrigue et sans les pressions corruptrices d'aucune coalition d'intérêts particuliers..., elle veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la nation, où les activités principales de la production et de la répartition se dérobaient à son contrôle, où la conduite des entreprises excluait la participation des organisations de travailleurs et de techniciens, dont cependant elles dépendaient. Elle veut que les biens de la France profitent à tous les français".

Ainsi donc, après la <libération, outre le retour aux lois sociales de 1936, de nombreuses dispositions progressistes ont été adoptés : Sécurité Sociale (allocations familiales, retraites...), nationalisations de la Banque de France et des grandes banques de crédit, du Gaz et de l'Electricité, conventions collectives, Statut de la Fonction publique, le droit de vote aux femmes.

Si la première partie du programme du CNR (plan de combat) n'a plus aujourd'hui d'un intérêt que du point de vue de l'histoire, par contre, la deuxième partie reste une source de réflexion dans la situation actuelle. Cinquante ans après, elle demeure une référence majeure pour les résistants.

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