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PANNEAU 5 - La déportation

La déportation fut ce que le fascisme portait de pire en lui.

L'histoire de la société humaine comprend beaucoup de pages écrites avec le sang des peuples et le martyre des opprimés.

Aujourd'hui encore, des atrocités insoutenables nous sont montrées presque en direct par la télévision.

Mais la déportation a dépassé en horreur tout ce que l'humanité a connu et connaît.

Elle fut une véritable entreprise de destruction physique et morale de millions d'êtres humains (dont femmes et enfants); une tentative de les dégrader jusqu'à l'avilissement, avant de les tuer ou de les laisser mourir.

Ces crimes, organisés selon des plans méthodiques, ont été perpétrés par des hommes appartenant à une nation parmi les plus civilisées, en plein XXème Siècle.

On voit là comment une propagande de haine peut, dans certaines situations de misère matérielle et morale, faire surgir du fond de bien des hommes les vieux démons des instincts primitifs.

Le capital allemand qui, dès le début des années trente, avait porté son choix en faveur de Hitler, a tiré grand intérêt des camps de concentration.

Dans les conditions horribles imposées par les nazis, les déportés ont, durant le peu de temps d'existence à vivre dans le camp (parfois quelques semaines, au plus quelques mois comme à Auschwitz), fourni une main-d'œuvre gratuite aux industriels allemand. Ceux-ci tiraient même profit des cadavres : cheveux des femmes pour fabriquer des tissus, cendres vendues comme engrais, os réduits en poussière par des concasseurs spéciaux et utilisés à la fabrication de phosphates, graisses pour la fabrication de savon...etc.

Ces exploiteurs odieux n'ont guère été inquiétés après la guerre et, aujourd'hui, les mêmes firmes ont toujours pignon sur rue.

Dans cette vaste entreprise de déshumanisation, les victimes se sont efforcées courageusement de conserver leur dignité d'êtres humains et de tisser des liens de solidarité.

Presque dans tous les camps, au prix de ruses et de risques énormes, les déportés ont créé des comités de résistance préparant l'action, afin d'empêcher les nazis d'exécuter les ordres qu'ils avaient reçus d'exterminer totalement les détenus avant l'arrivée des américains ou des russes.

Le camp de Buchenwald, où les déportés résistant étaient nombreux, est parvenu à se libérer seul, avant l'arrivée des troupes du Général Patton. Dans la partie de l'exposition réservée à la déportation, notre président actuel, Camille Trébosc, fait état de cette libération à laquelle il a participé directement.

Une autre grande figure de la résistance dans les PTT, Jean Lloubes (aujourd'hui décédé) a été déporté à Buchenwald.

Résistant de la première heure, il est condamné en novembre 1940 à dix mois de prison ferme pour distribution de tracts anti nazis et anti vichystes.

Il s'évade en juillet 1941 et reprend aussitôt la lutte (clandestin, il est révoqué des PTT dès 1940).

Arrêté de nouveau en mai 1942 et condamné à neuf ans de prison, il est déporté en mai 1944 à Buchenwald. Il va tenir un rôle de tout premier plan dans l'action de résistance et de libération du camp, aux côtés de Marcel Paul (qui après la libération sera ministre communiste du gouvernement du Général de Gaulle) et du Colonel Manhès (bras droit de Jean Moulin jusqu'à son arrestation).

Au cours d'un colloque en 1984, Jean Lloubes disait "Un camp nazi c'est une jungle car lorsque l'homme a faim du matin au soir, lorsqu'il vit en permanence sous la menace des coups et de la mort, très rapidement la déchéance morale risque d'accompagner la déchéance physique. C'est contre cela qu'il a fallu se battre... convaincre que dans cette jungle on pouvait encore parler de solidarité, d'humanité, on pouvait aider les plus faibles, les plus malades. Nous avons demandé à des hommes qui avaient faim en permanence une cuillerée de soupe, une lichette de pain qui pourraient sauver certains... La solidarité à Buchenwald fut la première forme de résistance..."

Ainsi, dans cet enfer des camps de la mort, les chaînes de la fraternité humaine n'ont jamais été brisées.

N'oublions pas!  

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