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La Résistance Oblitérée

Sa mémoire gravée par les timbres (*)

    Laurent Douzou (1) et Jean Novosseloff (2)

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C’est ouvrage n’est pas une histoire de la Résistance française. Mais il présente une étude de sa mémoire telle que l’émission par les PTT de timbres commémoratifs la fait revivre. Les auteurs ont voulu privilégier une réflexion sur ce que le timbre peut être comme indicateur des orientations et des impulsions que l’Etat entend donner à la mémoire officielle. Les photographies et les visages imprimés sur les timbres que peuvent-ils nous apprendre sur la mémoire de la Résistance et de la Déportation ? Sans aucun doute ces « vignettes » nous rappellent que des femmes et des hommes se sont levés contre l’occupant nazi, contre le régime de collaboration. Cela aide aussi à se souvenir.

 

L’Administration des PTT, qui propose des sujets à l’Etat, a forcément fait des choix sur le thème du timbre émis. Depuis la Libération, la Résistance et la Déportation ont été très modestement célébrées par les timbres. Le premier timbre « Libération » sortit en janvier 1945 et un second le 16 mai 1945. Cinq autres timbres furent émis au cours de l’année 1945 représentant les massacres d’Oradour-sur-Glane et les villes martyrs de Dunkerque, Rouen, Caen et Saint-Malo. De 1947 à 1957 des émissions honorèrent des chefs militaires (de Lattre de Tassigny), les dates des trois débarquements, des personnalités d’exception qui furent choisies pour illustrer l’hommage rendu au combat pour libérer le pays. Le premier timbre consacré à la Déportation ne sortit que le 25 avril 1955 !

Paradoxalement, la Libération a éclipsé la Résistance. C’est seulement en 1947, le 10 novembre, que fut émis le premier timbre qui honora la Résistance. Et il fallut attendre près de dix ans, en 1957, pour que se concrétise l’émission d’une première série des héros de la Résistance suivie jusqu’en 1961 par quatre autres séries. Ensuite c’est à partir de 1962 que des lieux de Résistance furent honorés, comme l’Ile de Sein, le Vercors, le Mont-Valérien.

Il est très intéressant de lire un extrait de la préface de cet ouvrage :

« Il fallut attendre la toute fin de la IVe République pour que la Résistance soit réellement mise à l’honneur à travers les cinq séries dites des Héros de la Résistance, émises de 1957 à 1961. Là encore, cette initiative a de quoi désarçonner parce qu’elle infirme la manière dont est habituellement présentée la mémoire de la Résistance.

Pur représentant du socialisme du Nord, solidement anticommuniste, son auteur, le ministre des Postes, Eugène Thomas, pris cette décision parce qu’il posait le diagnostic d’un effacement de la mémoire de la Résistance et ressentait l’urgente nécessité de le combattre dans la phase de grands troubles qui traversaient la IVe République. Il en résulte que la manifestation la plus spectaculaire entreprise pour promouvoir le souvenir de la Résistance a échappé à la fois aux communistes et aux gaullistes, pourtant toujours présentés comme les deux versants antithétiques mais complémentaires d’une mémoire résistante hégémonique ».

 

Eugène Thomas 1903 – 1969 :

Résistant, il est arrêté par la Gestapo en avril 1943, emprisonné neuf mois à Fresnes puis déporté à Buchenwald. En 1945 il retrouve son siège de député. Il sera de nombreuses fois ministre. Ministre des PTT du gouvernement Charles de Gaulle du 27 juin 1945 au 26 janvier 1946, Ministre des PTT du gouvernement Léon Blum du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947, Ministre des PTT du gouvernement Paul Ramadier du 9 mai 1947 au 22 octobre 1947. Il sera ensuite Secrétaire d’Etat aux PTT dans quatre gouvernements du 26 novembre 1947 au 28 octobre 1949.

 

Il devient encore Ministre des PTT dans le gouvernement de Georges Bidault du 29 octobre 1949 au 7 février 1950. Du 1er février 1956 au 14 mai 1958, il est à nouveau Secrétaire d’Etat aux PTT dans les  gouvernements Guy Mollet, Maurice Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard. Et pour terminer, il sera Ministre des PTT du gouvernement Charles de Gaulle du 9 juin 1958 au 8 janvier 1959.

Ce livre relié, de près de 180 pages, largement illustré par les timbres émis mais aussi par les maquettes proposées de divers projets, nous apporte une multitude d’informations et de toute évidence nous plonge dans le souvenir souvent effacé de ces héros de la Résistance et de la Déportation.

Notre association va privilégier parmi les divers timbres honorant les martyrs de la Seconde guerre mondiale, ceux qui se rapportent à l’Administration des PTT.

En 1957 deux timbres furent émis en hommage à l’Ingénier Robert Keller et à Jean-Baptiste Lebas, en 1958 Simone Michel-Lévy, en 1959 Gaston Moutardier, en 1961 Paul Gateaud et en 1964 Georges Mandel.

 

              Robert Keller 1899 – 1944 :

            Né le 14 avril 1945 au Petit Quevilly, il s’engage dans la Marine lors de la Première Guerre mondiale. Ensuite il entre dans l’Administration des PTT. Il deviendra Ingénieur des travaux. Début 1942, il sera contacté par des responsables de la Résistance. Il doit établir des dérivations d’écoutes sur les câbles téléphoniques reliant Paris à Berlin. L’opération se nomme « La Source K ». Le câble téléphonique sera ainsi écouté dans ce pavillon de Noisy-le-Grand durant plus de cinq mois. Le 25 décembre 1942, Robert Keller est arrêté et sera déporté où il décèdera le 14 avril 1945. Les techniciens Pierre Guillou et Laurent Matheron seront également arrêtés et déportés. Ils mourront dans les camps.

  

 

       Jean-Baptiste Lebas 1878 – 1944 :

       Né le 24 octobre 1878 à Roubaix (Nord). Il fut maire de Roubaix, et député. Ministre du gouvernement du Front populaire, il est ministre des PTT dans le Cabinet Chautemps de juin 1937 à janvier 1938 et ministre dans le Cabinet Léon Blum en mars-avril 1938. Il fait partie des premiers résistants en 1941. Arrêté, il est déporté et meurt au camp de Sonnenburg en mars 1944.

 

       Simone Michel-Lévy 1906 – 1945 :

Dans ce bulletin un long hommage est rendu à cette héroïne de la Résistance dans les PTT.

 

           Gaston Moutardier 1889 – 1944 :

Né le 4 mars 1889 à Comines (Nord), il entre aux PTT en 1908 où il va poursuivre sa carrière. En 1943 il est nommé Directeur départemental des PTT dans la Somme à Amiens. Il entre dans la Résistance dans le réseau « Etat-Major PTT » qui deviendra « Résistance PTT » en 1944 avec un conducteur des travaux Cyrille Werbrouck.

          Grace à ses connaissances professionnelles il va apporter des renseignements importants aux Alliés sur les installations téléphoniques allemandes et les emplacements des rampes de lancement des fusées V1. Il participe avec son collègue Werbrouck à des opérations de sabotage des télécommunications allemandes. La Gestapo les arrête le 8 mars 1944. Gaston Moutardier, torturé ne parlera pas. Ils sont fusillés à Amiens le 6 juillet 1944.

 

Georges Mandel 1885 – 1944 :

Né le 5 juin 1885 à Chatou, il est un homme politique important de l’entre-deux-guerres et un Résistant. Entre 1934 et 1936 il sera ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones. Il réforme avec fermeté les PTT tant du point de vue de sa gestion que de son adaptation technique.

Il est assassiné par la Milice française en forêt de Fontainebleau le 7 juillet 1944.

 

  

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(1)   Laurent Douzou, professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, spécialiste de l’histoire et de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

(2)   Jean Novosseloff, président de l’association des Amis de la Fondation de la Résistance.

(*) Diffusion : Editions du Félin 7, rue du Faubourg-Poissonnière, 75009 Paris.

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