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Hommage à Simone MICHEL-LÉVY

Paris 13 avril 2018

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Le vendredi 13 avril 2018 à l’initiative de la  municipalité du 6ème arrondissement de la ville de PARIS et sous son patronage s’est déroulée une cérémonie en l’honneur de Simone MICHEL-LÉVY, une des six femmes Compagnons de la Libération sur les 1038 Compagnons que comptait l’Ordre de la Libération et à ce jour seuls quelques compagnons sont  encore en vie.

Lors de cette cérémonie quatre allocutions furent prononcées, une par un Adjoint du maire du 6e arrondissement de PARIS, Monsieur VESPIRINI, l’autre par Madame Catherine VIEU-CHARIER, Adjointe à la mairie de PARIS chargée des Anciens combattants et du Devoir de mémoire. Une autre allocution fût prononcée par le général de division Christian BAPTISTE délégué de l’Ordre de la Libération et la dernière allocution par monsieur Jean MICHEL-LÉVY, petit cousin de Simone MICHEL-LÉVY. Toutes ces interventions soulignèrent le courage et l’abnégation dont fit preuve Simone dans son combat allant jusqu’au sacrifice suprême pour libérer notre pays de l’occupant nazi et chasser ses sbires collaborateurs en défendant les valeurs de la RESISTANCE.

 

                                                                                                                                                                                                Monsieur Patrice Ligonière

Un lien a été fait avec la situation actuelle, avec la résurgence des idées d’extrême-droite et des actes qui en résultent : le terrorisme, l’antisémitisme, le racisme. Ce poison distillé met en danger notre démocratie. Le devoir de mémoire est indispensable pour faire connaitre cette période noire de l’occupation et du combat mené par les Résistants pour des valeurs auxquelles beaucoup ont donné leur vie à l’exemple de Simone MICHEL-LÉVY.

Onze porte-drapeaux étaient présents pour cet hommage. Patrice LIGONIERE portait le drapeau de  « Libération Nationale PTT – ANACR » renforcée par une délégation de notre association qui se composait de Charles SANCET secrétaire général, de Colette PALLARES secrétaire générale adjointe, de Michel CHASSAGNE secrétaire à l’organisation, et de Joël RAGONNEAU secrétaire.

Au cours de cette cérémonie une plaque a été dévoilée au 1, Boulevard du Montparnasse devant le café où elle fût arrêtée le vendredi 5 novembre 1943 à la suite de sa dénonciation par Robert BACQUÉ alias « TILDEN » chef du service radio qui lui avait donné rendez-vous pour 17 heures au café « François Coppée » qu’elle avait pour habitude de fréquenter. L’endroit est agréable, bien situé, on peut y parler tranquillement autour des petites tables en consommant un ersatz de café ou une bière. Il est également situé à proximité de son lieu de travail, la DRCT rue du général BERTRAND. Arrêtée par MASUY, suppôt de la Gestapo, elle est emmenée pour interrogatoire où elle fût torturée par ce dernier qui lui fait subir le supplice de la baignoire au 101, avenue Henri Martin à Paris. Elle est rouée de coups, brulée aux seins avec un cigare, elle subit ces sévices sans dévoiler aucun secret ou nom qu’elle détenait sauvant ainsi de l’arrestation et des conséquences qui s’en suivaient de nombreuses personnes.

Elle le paya de sa vie car elle fût déportée à Ravensbrück et ensuite à Flossenburg. Participant au sabotage de la production de guerre dans l’usine d’armement où elle avait été affectée, découverte elle fût pendue par les SS le 13 avril 1945, dix jours avant la libération du camp par les Américains.

Les circonstances de l’arrestation de Simone MICHEL-LÉVY sont connues grâce au témoignage recueilli en mai 1950 d’un garçon de café du « François Coppée ». Nous savons  précisément  comment s’est passé le fameux  rendez-vous fatal, laissons-lui la parole :

« Je connaissais Melle MICHEL-LÉVY comme cliente du café, elle y venait fréquemment accompagnée de Monsieur PRUVOST que je connaissais également. Mais à l’époque, j’ignorais que l’un et l’autre s’occupaient de la Résistance. Le jour de son arrestation, elle est arrivée seule vers 16 heures. Elle a commandé un demi de bière et s’est installée à une table près de la porte. Quelques instants après, il est arrivé un homme qui a pris place près d’elle et qu’elle m’a paru connaître. Ils se sont mis à bavarder ensemble, mais je n’ai rien entendu de leur conversation. Il y avait environ vingt minutes que Melle MICHEL-LÉVY et son compagnon étaient attablés, quand une automobile s’est arrêtée devant l’établissement. Trois hommes en sont sortis, sont entrés  au café, ont commandé trois demis que je leur ai servi. L’un d’eux est descendu au sous-sol. Quand il est remonté, il m’a appelé pour régler et je l’ai entendu dire aux deux autres "On y va". Je précise qu’il m’a  réglé en même temps la consommation de Melle MICHEL-LÉVY, s’est écarté pour laisser passer deux des personnages de la voiture, qui ont pris Melle MICHEL-LÉVY par les bras et l’ont entrainée dehors vers la voiture. Elle s’est vivement débattue, mais le troisième personnage lui a appliqué un coup sur la tête et elle s’est écroulée. Après l’avoir chargée dans la voiture, ils ont démarré en direction du Boulevard des Invalides. Cette opération a été faite en l’espace d’une minute. J’ai été le seul à m’en rendre compte. Quant à l’équipier de Melle MICHEL-LÉVY, il s’est installé librement à l’avant de la voiture ».

D’autres témoignages font état de la présence de « TILDEN » et des hommes de Masuy  dans le café avant l’arrivée d’« EMMA » un des pseudonymes de Simone MICHEL-LÉVY dans la résistance, « TILDEN » se serait levé et aurait dit « la voilà » à son arrivée. Le témoignage du garçon de café a été privilégié car il est précis, a été enregistré par écrit et a force probante dans la procédure engagée plus tard contre MASUY. « EMMA » s’est donc retrouvée dans ce guet-apens face à quatre hommes.

«  Ernest PRUVOST qui était le chef du réseau de résistance « Etat-Major PTT » dit curieusement  dans une déclaration faite également en mai 1950 que « TILDEN » était le chef direct de Simone MICHEL-LÉVY dans la Résistance, si tel était le cas cela pourrait expliquer l’empressement avec lequel Simone MICHEL-LÉVY s’est rendue à ce rendez- vous. Dans le rapport d’enquête suite à la demande de l’Administration qui s’est inquiétée de la disparition d’un de ses cadres et qui retrace le parcours administratif  de Simone MICHEL- LÉVY, il mentionne que son travail lui a valu de très bonnes notes et que son chef de service a remarqué ses qualités professionnelles, qualités qu’elle mit au service de la RESISTANCE. Le Chant des Partisans fut interprété lors de cette cérémonie.

                                                                         Patrice Ligonière

 

Discours de Monsieur Jean MICHEL-LÉVY

Tout d'abord, je tiens à remercier, au nom de toute la famille, la ville de Paris qui a souhaité cet hommage, merci Madame Vieu-Charrier qui représentez Mme Hidalgo, merci M. le Conseiller de Paris qui représentez le maire du 6ème arrondissement, merci aux élus présents, merci au personnel municipal qui a organisé la logistique pour la parfaite réussite de la cérémonie. Merci Monsieur le Délégué National de l'Ordre de la Libération, mon Général, et merci à votre état-major ici présent, merci pour votre discours qui permet de bien comprendre pourquoi il n'est pas question d'oublier ceux qui doivent rester nos modèles. C'est bien en ce sens que le chef de la France Libre entendait les distinguer.

 

                       Monsieur Jean MICHEL - LEVY                                                                                 

Merci mesdames et messieurs les porte-drapeaux, mesdames et messieurs les présidents et représentants d'associations d'anciens combattants et de la mémoire combattante, merci à vous tous ici présents, merci également à ceux dont l'intention de se joindre à nous a été contrecarrée par les difficultés actuelles dans les transports, ils sont nombreux. Merci enfin, et surtout, à M. François Escoube, administrateur et membre du bureau de la Société Historique du 6ème arrondissement, vous êtes, Monsieur, l'initiateur de cet évènement. Le parcours héroïque de Simone, ses presque 5 années de Résistance active ont été parfaitement résumées par Mme Vieu-Charier et M. Vespérini.

 

                                                      

                                                   Madame VIEU-CHARIER                                                                                                          Monsieur VESPERINI

Je voudrais quant à moi restituer son action au travers de témoignages, dans le contexte de l'époque, pour donner une dimension et un écho particuliers aux récits que nous venons d'entendre. Simone est une fille de la campagne, fille d'un peintre et d'une couturière, provinciale à l'accent comtois "traînant" très caractéristique, elle arrive à Paris en 1930. Lors de l'entrée en guerre, elle a 33 ans, c'est une belle jeune femme, célibataire, loin de sa famille. D'après un témoignage que j'ai reçu d'une femme de son village natal, et qui l'a connue lorsqu'elle y venait en vacances avant la guerre, Simone s'habillait à la parisienne, parfois elle fumait une cigarette et portait des pantalons. Du témoignage d'Henry Le Veillé, responsable de Résistance PTT pour la Normandie, qu'elle rencontre en 1942 en gare de Caen, tailleur noir, écharpe verte, nous savons qu'elle était très coquette. Une fois la réunion achevée, les consignes passées à Le Veillé, il précise qu'elle lui demande de l'aider à trouver des bas de soie avant son retour à Paris. En apparence, c'est donc une femme comme une autre.

Elle a cependant des problèmes de santé récurrents, son dossier conservé aux archives des PTT en témoigne, plusieurs arrêts de longue durée pour maladie grave y sont consignés. En réalité, c'est donc une femme fragile. Néanmoins, Henry le Veillé écrivit :

"Je regrettais que beaucoup d'hommes ne soient pas aussi courageux et dynamiques que Simone".

Le chef administratif de Simone à Paris, qui n'ignorait rien de ses activités témoigna :

" Après des nuits de veille, des voyages épuisants, au retour de missions périlleuses de parachutage, on revoit Simone à sa table de travail, les traits tirés, mais souriante ".

Cette Parisienne, fragile et coquette, qui supportait comme chaque Français la dure loi allemande, les privations alimentaires, l'humiliation, aurait pu baisser les bras, attendre des jours meilleurs. Elle n'en fit rien ! Anne Fernier, journaliste, qui était au kommando d'Holleischen avec Simone rapporta :

"Son idéal s'élevait au-dessus de toutes les souffrances".

Une autre camarade de captivité, Mme Perrodin, institutrice, témoigna :

"Avec elle : ni plaintes ni récriminations inutiles, toujours la conversation s'élevait au-dessus des contingences au milieu desquelles nous vivions". 

Curieux que ces deux femmes aient employé le même terme "S'élevait au-dessus..." !

Cette femme, comme les autres mais un peu fragile, dont les talents de guerrière étaient remarqués par ses collègues masculins, qui n'a lâché aucun nom pendant les séances de baignoire, aucun soupir lors de la bastonnade, trouvait donc sa puissance en "s'élevant au-dessus...", en faisant abstraction de l'adversité, en oubliant ses maux, pour ne penser qu'à l'objectif, qu'à la mission, confiante en l'issue du combat dans lequel elle engageait quotidiennement sa vie.

Nous sommes aujourd'hui vendredi, c'est aussi un vendredi, le 5 novembre 1943 que Simone s'est élevée au-dessus de la peur, s'est élevée au-dessus du danger, pour venir rencontrer ici dans cette brasserie celui qui signa sa perte.

Je terminerai en citant quelques passages du procès-verbal des Renseignements Généraux, relatant le rapport du garçon de café qui fut témoin ici, ce vendredi 5 novembre, d'une scène que les autres clients de la brasserie n'ont peut-être pas captée.

La jeune femme est venue s'asseoir à côté d'un homme qui l'attendait, ils ont commandé deux bières. Deux hommes qui attendaient à une autre table se sont approchés, l'un a empoigné la femme et l'a conduite fermement vers une voiture qui attendait. Comme elle résistait, il dut la frapper à la tête. L'autre homme est alors venu me régler les consommations. Celui que la jeune femme était venue rejoindre est ensuite monté librement à l'avant de la voiture.

Cette scène, presque banale, va pourtant élever Simone au-dessus du lot, au-dessus de la normalité, au-dessus de l'imaginable et lui faire rejoindre une cohorte de 1032 hommes et 5 femmes Compagnons de la Libération, distingués par le général de Gaulle, parce qu'ils étaient tous et toutes au-dessus de ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'eux. Simone n'eut pas le temps de fonder une famille. Il revient, en premier lieu, à ceux qui partagent les mêmes ancêtres qu'elle, les mêmes valeurs, de s'assurer que son action est connue et comprise. Son exemple, hors du contexte de la guerre et de l'occupation demeure un modèle à suivre. Un modèle de citoyenneté, de fidélité, de foi et d'espoir, un exemple de dépassement de soi qui permet de s'élever au dessus des difficultés que voudrait nous imposer la vie ou un ennemi non conventionnel. S'il est impossible de savoir ce que nous aurions fait à sa place, son exemple plane au-dessus de nous et nous indique, quand la difficulté surgit, le chemin qu'elle choisirait.

 Encore une fois, merci de votre présence à tous et de votre fidélité à la mémoire de Simone.

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Discours du délégué national de l’Ordre de la Libération,           le général Baptiste

L’ordre de la Libération exprime sa reconnaissance à la ville de Paris et à tous ceux qui ont rendu cet hommage possible.

En effet, Elie Wiesel dénonçait, je cite : « Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli ». Nous n’avons donc pas le droit de laisser tomber dans l’oubli ceux qui se sont levés et sacrifiés pour la liberté et l’honneur de la patrie. C’est le « devoir de mémoire ». Une société qui ne voudrait pas se souvenir serait une société non seulement ingrate, mais de plus sans racines, donc sans sève et condamnée au desséchement de son âme et à l’émiettement de sa cité.

Mais au-delà du « devoir de mémoire », pour nos sociétés troublées, voire en désarroi devant le désordre et la violence du monde, il y a, de nos jours, à l’évidence, « une utilité, une nécessité de mémoire ». Il s’agit d’armer les esprits face aux nouvelles menaces défiant les démocraties. Rappelons-nous ce que Tocqueville disait « Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau ». Il voulait rappeler par-là que les leçons tirées d’une période dramatique par une génération ne profitent guère aux générations suivantes s’il n’y a pas l’effort de transmission. Il n’y a, en effet, en la matière pas « d’inné » mais que de « l’acquis », dont la responsabilité repose sur les aînés.

Il est donc tout à fait essentiel de garder à l’esprit et d’être persuadé que la volonté d’une nation se nourrit de vies exemplaires.

 

                                             Monsieur le Général BAPTISTE

Et s’il en est une, c’est bien la vie de Simone Michel-Lévy, tant son patriotisme, son engagement, son désintéressement, son courage, sa volonté inébranlable jusqu’au sacrifice suprême de combattre l’intolérable nous rendent humbles et nous interpelle.

Revenu au pouvoir en 1958, le Général de Gaulle dira : "Le souvenir, ce n'est pas seulement un pieux hommage rendu aux Morts, c'est aussi un ferment toujours présent dans les actions des vivants".

Et cette pensée est plus que jamais d’actualité à un moment où des actes de guerre sont revenus sur notre sol. Le terrorisme nous impose, en effet, une guerre d’usure, c’est un défi à notre volonté collective et individuelle de défendre, sur la durée, la société et les valeurs dans lesquelles nous croyons. Cette guerre, n’en doutons pas, sera longue et insidieuse et elle est nous oblige à nous déterminer : quels engagements collectifs et individuels sommes-nous prêts à consentir et quel prix sommes-nous prêts à payer, pour vaincre ce terrorisme défiant nos démocraties ?

Et bien évidemment, l’engagement de Simone Michel-Lévy, « Compagnon de la Libération » et médaillée de la Résistance française, ainsi que de tous les enfants du pays qui, de 1940 à 1945, se sont levés, opposés, battus et sacrifiés, doit guider et conduire notre réflexion actuelle car leurs exemples démontrent qu’aux heures graves, tout citoyen est placé devant une alternative, le choix entre un destin imposé, la soumission et un destin choisi, la Résistance.

 

               

Cette cérémonie aujourd’hui, en l’honneur de Simone Michel-Lévy, nous permet de nous rappeler que les six femmes « Compagnon de la Libération », non seulement ont eu des conduites admirables et payées au prix le plus fort dans la guerre menée contre l’occupant et ses complices, mais qu’elles ont été également des précurseurs dans la lutte pour la nécessaire évolution des mentalités concernant la place des femmes dans la vie de la Cité. Et c’est par l’exemple, l’action, le courage et l’abnégation qu’elles ont porté haut les couleurs de la cause de la liberté de leur pays, de l’égalité sociale et politique et cela dans la fraternité de l’action. Et à un moment où des fondamentalistes terroristes veulent nous imposer une société rétrograde qui, entre autres calamités, foule aux pieds la dignité des femmes, l’exemple de Berty Albrecht, de Laure Diebold, de Marie Hackin, de Marcelle Henry, d’Emilienne Moreau-Evrard et de Simone Michel-Lévy doit être, pour chacun d’entre nous, une source d’inspiration et fortifier notre volonté de, comme elles, ne pas accepter l’inacceptable.

 

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