Hommage à Simone Michel-Lévy

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Monsieur le Directeur, Mesdames, Messieurs,

 

Pourquoi, 65 ans après sa disparition, se retrouver devant cette plaque à la mémoire de Simone Michel-Lévy et qui était-elle ?

                             POURQUOI ?

·         Faudrait-il démonter les monuments aux morts de la guerre 14-18 sous prétexte que le dernier poilu a disparu ?

·         Faudrait-il rayer du dictionnaire tous les mots associés aux horreurs du régime nazi sous prétexte que les dirigeants de l'Union Européenne se font régulièrement l'accolade ?

·         Faudrait-il, parce que les noms des structures changent, oublier :

     L'inauguration de cette plaque en 1952 par Pierre Marzin, directeur du SRCT.  

     Son transfert ici même il y a  40 ans, en présence de  Robert Galley, Ministre des PTT et de Louis-Joseph Libois, directeur du C.N.E.T.

     Et les régulières commémorations organisées dans ce hall d'honneur par France-Télécom R&D?

·         Faudrait-il oublier la fidélité sans faille de vos collègues de Lannion, de Pleumeur-Bodou, de Chauny, de Dole, de Beaucoudray, qui n'ont pas manqué une occasion d'entretenir la mémoire de l'une d'entre eux, qui lorsque tout semblait perdu a su garder confiance et montrer l'exemple ?

Ceux d'entre nous ici qui n'ont pas connu cette horrible période de l'occupation, ont un père ou un grand-père qui l'ont vécu. C'est dire qu'il est peut-être un peu tôt pour n'y plus penser et oublier trop rapidement les sacrifices consentis par les artisans de la Victoire.  

La grande famille des Postes et des Télécommunications était au premier rang de ceux qui ont su dire non. Il est légitime qu'une famille, qu'une corporation honore le souvenir de ceux de ses anciens qui ont valeur de symbole devant l'Histoire.

                             QUI ?

Simone Michel-Lévy d'origine jurassienne est bonne élève mais, issue d'une famille modeste, elle doit entrer à 16 ans dans la vie active. Elle débute sa carrière en 1922 comme télégraphiste à Chauny dans l'Aisne, puis gravit les échelons dans la capitale où elle transite par plusieurs bureaux de Poste. Elle se fixe définitivement à la D.R.C.T., ancêtre du S.R.C.T. où elle sera contrôleur rédacteur principal au département « Commutation ».

                             La Résistance

Lorsque la France est envahie et Paris occupé, cette jeune femme de 34 ans, célibataire sans charge de famille, se lance sans ménager sa peine dans la Résistance au régime nazi. Elle débute par l'édition et la diffusion de tracts et de brochures anti-Allemands, la fabrication de faux ordres de mission des P.T.T. destinés aux réseaux de Résistance.

Très vite elle rejoint en août 1940 le réseau « Action P.T.T.», et c’est en 1942 après de multiples missions, notamment le transport et la mise en place d’au moins 50 postes-émetteurs radio à Paris et en province, qu'avec 3 de ses collègues, elle fonde le réseau « état-major P.T.T.». Elle en est  l'adjoint, en charge du très dangereux « Service Radio ». Son engagement et ses actions sur le terrain se diversifient encore : 

·         Repérage de zones de parachutage et récupération des livraisons

·         Fourniture de fausses cartes professionnelles des P.T.T. aux réfractaires du S.T.O.

·         Organisation de transport d’armes et de courrier clandestin

·         Recrutement et formation d’opérateurs radio

·         Recherche et abri d’aviateurs tombés en zone occupée

Ses contacts avec les ingénieurs et vérificateurs des P.T.T. lui permettent de transmettre aux alliés des renseignements sur les réseaux de télécommunications allemands de la plus haute importance pour la préparation du débarquement allié.

Son chef de service à la DRCT, qui fermait les yeux sur sa double activité et tous les chefs résistants qui l'ont côtoyée ont salué ses capacités exceptionnelles de dévouement et de courage que beaucoup d'hommes lui enviaient.

                             L’arrestation, la déportation

Le 5 novembre 1943, Simone a un rendez-vous avec son contact de la « Confrérie Notre Dame », réseau du colonel Rémy. C’est un guet-apens. Elle est immédiatement arrêtée, interrogée et torturée. Elle est rouée de coups, et « passée à la baignoire » plusieurs fois.

Rien n’entame son courage et sa détermination, elle subit tous ces tourments sans le moindre aveu. Ses camarades du  réseau P.T.T. pourront ainsi continuer avec acharnement leur action sans être inquiétés.

Après trois mois d’interrogatoires et d’attente, elle transite par Compiègne pour la déportation à Ravensbrück. Elle est rapidement dirigée vers un « kommando » qui dépend du camp de concentration de Flossenburg. Là, elle et ses camarades sont astreintes à fabriquer des munitions anti-aériennes dans une usine d’armement du Reich.

Son patriotisme, qui est resté entier, la conduit naturellement à poursuivre la résistance. Ainsi, à plusieurs reprises, Simone sabote la presse à sertir les cartouches, dont elle a la responsabilité.

Elle est démasquée et punie sur le champ de 25 coups de bâton infligés par une brute en présence de toutes ses camarades. La sentence définitive arrive quelques temps après : 

Simone est pendue le 13 avril 1945 à Flossenburg, dix jours seulement avant la libération du camp.

                             Hommages

Médaillée de la Résistance, Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre 39-45, Simone Michel-Lévy qui porte le grade de commandant au titre des forces françaises combattantes est l’une des six femmes sur 1038 Compagnons de la Libération à avoir été distinguées par cet insigne honneur créé par le général de Gaulle en novembre 1940.

Soyez assurés, Mesdames, Messieurs que cette grande dame, qui vous a précédés n’est pas non plus oubliée en dehors de vos murs, j’en veux pour preuve :

·         Avril 2006 : Inauguration de la place Simone Michel-Lévy dans le canton de Chaussin pour le centenaire de sa naissance.

·         Mars 2007 : Un retraité du CNET Lannion publie un livre entièrement consacré à Simone Michel-Lévy.

·         Avril 2007 : La place Simone Michel-Lévy est inaugurée à Paris à la limite des 7ème et 15ème arrondissements à deux pas de l’emplacement de la DRCT.

·         Avril 2008 : Édition du premier livre retraçant le parcours des 6 femmes Compagnon de la Libération.

2010, année du 70 ème anniversaire de l’Appel du 18 juin et de l'Ordre de la Libération, sera l’occasion d’inaugurer dans le 4ème arrondissement une plaque pour chacune des six femmes Compagnon de la Libération.

J’espère, que longtemps encore, en passant dans ce hall d'honneur, les employés et visiteurs se souviendront de cette grande dame qui était leur collègue et de tous ceux, qui comme elle, ont payé le prix fort pour notre Liberté.

                             Remerciements

Je remercie « Orange Labs » et sa direction d'avoir permis aujourd'hui cette cérémonie; merci également aux porte-drapeau et aux associations présentes, notamment « Libération Nationale PTT » et son secrétaire général Michel Delugin de l'avoir organisée.

Merci Mesdames, Messieurs de votre attention et d'avoir pris un peu de votre temps, pour participer à cette cérémonie du souvenir.

 

Jean MICHEL-LéVY

Issy-les-Moulineaux, le 13 avril 2010

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