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HISTOIRE

Le procès de Nuremberg

Le 20 novembre 1945, s’ouvre à Nuremberg, à ce moment-là en zone d’occupation américaine, le procès des criminels nazis. Il se terminera le 1er octobre 1946. Après la capitulation sans conditions de l’Allemagne le 8 mai 1945, une grande partie des responsables du régime hitlérien sera capturée. Hitler et Goebbels se sont suicidés. D’autres se sont enfuis et feront l’objet durant de nombreuses années de recherches qui aboutirent parfois à leur extradition comme ce fut le cas pour Klaus Barbie.            

                                          

En ce qui concerne les collaborateurs français, rappelons que Pétain est condamné à mort le 15 août 1945, condamnation commuée le 17 août en prison à perpétuité, Laval, ancien Président du Conseil du régime dit de Vichy est condamné à mort le 9 octobre 1945 et exécuté le 15 octobre, quant à Darnand, ancien chef de la sinistre Milice, condamné à mort le 3 octobre, il sera fusillé le 10 octobre.

Le procès de 24 principaux responsables du Troisième Reich va se tenir devant un tribunal international présidé par quatre juges américain, britannique, français et soviétique. Le 1er octobre 1946, le verdict est rendu : douze condamnés à mort, des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité et trois acquittements.

Il faut se rappeler que ce procès reste dans l’Histoire comme la première application de la condamnation pour « crime contre l’humanité ».

 

  

Le 28 janvier 1946, Marie-Claude Vaillant-Couturier (*) seule femme à témoigner à ce procès va prononcer un long réquisitoire. Ses dernières phrases sont particulièrement émouvantes :

 

« Il est difficile de donner une idée juste des camps de concentration quand on n’y a pas été soi-même, parce qu’on ne peut que citer les exemples d’horreur, mais on ne peut pas donner l’impression de cette lente monotonie, et quand on demande qu’est-ce qui était le pire, il est impossible de répondre, parce que tout était atroce :

 

Marie-Claude Vaillant-Couturier

c’est atroce de mourir de faim, de mourir de soif, d’être malade, de voir mourir autour de soi toutes ses compagnes, sans rien pouvoir faire, de penser à ses enfants, à son pays qu’on ne reverra pas, et par moments nous nous demandions nous-mêmes si ce n’était pas un cauchemar tellement cette vie nous semblait irréelle dans son horreur.

Nous n’avions qu’une volonté pendant des mois et des années, c’était de sortir à quelques-unes vivantes pour pouvoir dire au monde ce que c’est que les bagnes nazis : partout, à Auschwitz comme à Ravensbrück – et mes compagnes qui ont été dans d’autres camps rapportent la même chose – cette volonté systématique et implacable d’utiliser les hommes comme des esclaves, et quand ils ne peuvent plus travailler, de les tuer ».

 

 (*) Au début de l’audition de Marie-Claude Vaillant-Couturier, le président lui demande de commencer son témoignage par les conditions de son arrestation puis de celles de sa déportation.

« J’ai été arrêtée le 9 février 1942 par la Police française de Pétain, qui m’a remise aux autorités allemandes au bout de six semaines. Je suis arrivée le 20 mars à la prison de la Santé, au quartier allemand. J’ai été interrogée le 9 juin 1942. A la fin de mon interrogatoire, on a voulu me faire signer une déclaration qui n’était pas conforme à ce que j’avais dit. Comme j’ai refusé de la signer, l’officier qui m’interrogeait m’a menacée, et comme je lui ai dit que je ne craignais pas la mort ni d’être fusillée, il m’a dit "Mais nous avons à notre disposition des moyens bien pires que de fusiller les gens pour les faire mourir" et l’interprète m’a dit "Vous ne savez pas ce que vous venez de faire. Vous allez partir dans un camp de concentration allemand, on n’en revient jamais". Je suis partie pour Auschwitz le 23 janvier et arrivée le 27 ».

  

Le président : Vous faisiez partie d’un convoi ?

« Je faisais partie d’un convoi de 230 Françaises. Il y avait parmi nous Danielle Casanova qui est morte à Auschwitz, Maï Politzer, qui est morte à Auschwitz. Hélène Salomon. Il y avait de vieilles femmes ».

 

    Le président : Quelle était leur condition sociale ?

 « Des intellectuelles, des institutrices, un peu de toutes les conditions sociales. Maï Politzer était médecin ; elle était la femme du philosophe Georges Politzer. Hélène Salomon est la femme du physicien Salomon ; c’est la fille du professeur Langevin. Danielle Casanova était chirurgien-dentiste et elle avait une grande activité parmi les femmes ; c’est elle qui a monté un mouvement de résistance parmi les femmes de prisonniers ».

 

Le président : Combien êtes-vous revenues ?

« 49Seulement 49 sont revenues en France. Il y avait des infirmes, en particulier une chanteuse qui n’avait qu’une jambe. Elle a été gazée à Auschwitz. Il y avait aussi une jeune fille de 16 ans, une élève de lycée, Claudine Guérin. Elle est morte également. Il y avait aussi Marie Alonso et Marie-Thérèse Fleury ».

 

Note de la rédaction :

Marie-Thérèse Fleury, agent de la poste à Paris 20, militante de la CGTU, fit partie des tout premiers réseaux de résistance dans les PTT. Elle fut arrêtée avec 7 autres résistants postiers et sa camarade du 20ème Marie Alonso. Sur ce réseau de neuf personnes, trois seulement revinrent de déportation (voir « Les Femmes des PTT et la Seconde Guerre mondiale » Charles Sancet, Editions Tirésias 2014).

 

Marie-Thérèse FLEURY

 

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