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Histoire

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MAILLÉ, village martyr

 

 

Dans ce petit village d’Indre-et-Loire de 500 habitants, l’Histoire a trop souvent oublié le massacre de 124 civils commis par les troupes allemandes le 25 août 1944. Ce village tourangeau est proche de la ligne de démarcation (situation stratégique au début de la guerre avec les passages de la zone occupée vers la zone dite libre) et situé sur deux axes importants de communication : la route nationale 10 et la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux.

 

Cette région a été le théâtre de nombreuses actions de la Résistance. Début août la ligne Paris-Bordeaux a été sabotée plusieurs fois. Le 11 août les habitants ont caché un pilote canadien dont l’avion avait été abattu, les occupants n’ont pas pu retrouver cet aviateur. Des accrochages entre des FFI et les Allemands ont lieu pas loin du village de Maillé le 24 août.

Il paraît probable que l’ordre d’exercer des représailles soit venu de Tours, où sont stationnés des unités allemandes. Ce 25 août au matin, qui est le jour de la libération de Paris, une escadrille alliée bombarde à Maillé un convoi militaire et des postes de DCA de la Luffwaffe.

 

Les occupants allemands vont immédiatement bloquer tout accès au village. Et va commencer le massacre dans les premières fermes près du bourg de Maillé. Tous les hommes, femmes et enfants qui sont devant ces militaires sont systématiquement abattus. Ces soldats poursuivent leur avancée vers le village et la tuerie continue. Le feu est mis aux maisons et bâtiments, 80% des habitations sont détruites.

 

Le bilan de ce massacre est de 124 tués sur les 500 habitants. On dénombre parmi ces morts, 35 hommes, 41 femmes et 48 enfants de moins de 14 ans. Les Allemands revendiquent les représailles. Cependant deux jours après, devant le préfet d’Indre-et-Loire, le lieutenant-colonel responsable du poste militaire de Tours, reconnaît avoir donné l’ordre des représailles mais déclare aussi que ses consignes auraient été outrepassées.

La reconstruction rapide du village incendié s’est faite. La commémoration de ce drame dès la fin de la guerre s’est effectuée discrètement. Une plaque a été posée sur la mairie, une stèle dans l’église et une plaque sur la gare du village. En 1950, une pierre avec la mention « 25 août 1944 » est installée dans un petit square du village. Lorsque l’autoroute A10 qui traverse le territoire se construit, aux alentours de 1970, un monument va être édifié sur une aire près de Maillé. Il va falloir attendre 1984 pour qu’un monument soit réalisé dans le cimetière de Maillé avec les 124 noms des habitants massacrés le 25 août 1944.

 

 

 

Maille en 1939-1945

Plaque commémorative à Maillé                                                                               source photo : Inconnu                                           crédit photo : D.R.

Ruines de Maillé après le massacre du 25 août 1944                                            source photo : Inconnu                                            crédit photo :D.R.

 

Tous les 25 août, une cérémonie commémorative va se dérouler. Le 25 août 1994 à l’occasion du cinquantième anniversaire du massacre, une exposition à l’initiative des Archives départementales a été réalisée. Cette initiative s’est renouvelée en 2000. Depuis le 9 mars 2006, la Maison de Souvenir a été implantée dans la commune de Maillé et reçoit les visiteurs notamment les scolaires.

Quelles ont été les responsables et les exécutants de ce massacre ?

 

 

On sait que le sous-lieutenant Gustav Schlüter responsable du poste allemand de Sainte-Maure-de-Touraine qui attendait l’ordre du lieutenant-colonel de Tours, a été condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de Bordeaux en 1952, au procès sans témoin qui s’y est déroulé. Il est mort tranquillement en Allemagne en 1965. Le rôle des unités allemandes autour de Maillé n’a pas été éclairci.

 

Une enquête en Allemagne a été officiellement ouverte en 2005 par le procureur général de Dortmund, Ulrich Maass. Ce dernier s’est même déplacé à Maillé en juillet 2008. En octobre 2008, il déclare qu’il était pratiquement sûr que le massacre avait été l’œuvre d’un bataillon de SS qui était stationné à Châtellerault. D’après ce procureur, les noms de trois sous-officiers allemands sont cités, ils auraient pu avoir joué un rôle dans cette tuerie. Mais deux de ces sous-officiers sont morts en 1952 et en 1965, et le troisième n’a pas été retrouvé.

Il semble que le parquet Allemand ait classé l’affaire sans suite faute de coupables et de preuves, depuis le début de 2017.

 

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