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Histoire

Il y a 75 ans, les Françaises obtiennent le droit de vote

Les Françaises vont voter pour la première fois les 29 avril et 13 mai 1945 pour les élections municipales. Cette même année, le 21 octobre, elles participeront au référendum et aux élections à l’Assemblée constituante où 33 femmes sont élues. Le vote des femmes fut souvent à l’ordre du jour depuis la Révolution française. Mais durant la Seconde Guerre mondiale, cette question devenait inévitable. Car le rôle des femmes fut important dans la lutte contre l’occupant et contre le régime collaborationniste.

Le général de Gaulle, dans une déclaration datée du 23 juin 1942 indiquait : « Une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale qui décidera souverainement des destinées du pays ».

Un an plus tard, il était évident que le Conseil National de la Résistance débatte de cette question. Elle le fut à l’occasion de l’adoption de son programme le 15 mars 1944. Une majorité de ses membres était favorable au vote des femmes mais c’est le parti Radical qui fit obstruction. Un autre sujet également ne fut pas retenu dans le programme, la laïcité. Dans le contexte de 1944, l’unanimité du CNR était primordiale.

Mais quelques jours après à Alger, le 24 mars 1944, la commission de réforme de l’Etat à l’Assemblée consultative provisoire va à nouveau discuter du vote des femmes. Plusieurs membres de la commission s’inquiètent mais finalement un amendement du délégué communiste Fernand Grenier répondant aux attentes de certains, permet d’avoir une majorité. L’amendement est adopté par 51 voix, 16 contre et 3 abstentions et le Comité français de Libération Nationale publie une ordonnance le 21 avril 1944 qui déclare « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Cette ordonnance est validée par le Gouvernement provisoire que préside de Gaulle le 5 octobre 1944.

Dès les élections municipales du 26 avril 1945, des femmes souvent jeunes et issues de la Résistance sont élues. Il y aura 3% de femmes conseillères municipales. Ensuite après les élections législatives d’octobre 1945, sur les 586 députés élus, 33 sont des femmes. La loi du 6 juin 2000 introduit dans la Constitution le principe de la parité hommes-femmes pour l’accès aux fonctions publiques lors des scrutins de liste. Mais ce n’est qu’en 2014, que pour la première fois, la parité est respectée au sein du gouvernement. Au niveau de l’Assemblée Nationale on compte aujourd’hui environ ¼ de parlementaires femmes, un peu moins au Sénat.

Il faut se souvenir que dans le gouvernement du Front populaire de Léon BLUM en juin 1936, trois femmes ont été ministres alors qu’elles n’étaient, comme toutes les femmes de France, ni électrices ni éligibles. Il s’agit de Cécile Brunschvicg (1877-1946), Suzanne Lacore (1875-1975 et d’Irène Joliot-Curie (1897-1956).

 

Il aura fallu un peu plus de 150 ans !!...

Cest à la Révolution française de 1789 qu’apparaissent les premières revendications féministes. Parmi les divers combats qu’il a menés, Condorcet, cet intellectuel, ce philosophe et aussi cet homme politique, propose dans un article « Sur l’admission des femmes au droit de cité » publié le 3 juillet 1790 d’accorder le droit de vote aux femmes. Il est bien le seul parmi les hommes politiques et même les philosophes de cette époque. Il sera suivi par une femme de lettres, Olympe de Gouges qui en parodiant la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » publiera en septembre 1791 sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Dans l’article 10 elle dit « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune ». Sous la Convention, elle dénonce la peine de mort et revendique le droit de vote sans distinction de sexe. Elle sera guillotinée en novembre 1793. Cette période se termine avec le retour du modèle familial subordonnant l’existence des femmes à celle de leurs maris.

Le 19e siècle verra poindre des débats sur des revendications exprimées par les femmes. Le Code civil de Napoléon en 1804 asservit les femmes mariées à leurs maris. On est loin de la position de Condorcet.

 La Révolution de 1830 marque une nouvelle période de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leurs droits. Plusieurs femmes apparaissent dans ce combat. Eugénie Niboyet notamment, fonde en 1833 le premier journal féministe « Le Conseiller des femmes ». En 1836, elle créé « La Gazette des femmes » et avec des amis masculins aussi, elle anime une sorte de club pour soutenir le journal et débattre « de la lutte pour l’exercice des droits politiques et civiques des femmes ».

 

 Couverture du livre le vrai des femmes (édition de 1863) 

 

La proclamation de la Second République de 1848 suscite un nouvel espoir mais elle déclare électeurs tous les Français de plus de 21 ans, sauf les femmes !!... Paradoxalement, l’incarnation de la République est une femme, la figure de Marianne apparait le 4 mars 1848.

Cependant, on voit apparaitre des clubs de femmes qui demandent le droit de vote, le rétablissement du divorce entre autre. En mars 1848, Eugénie Niboyet, encore elle, fonde et dirige « La Voix des Femmes » journal féministe important. Autour d’elle d’autres femmes vont se battre pour les droits des femmes. Parmi elles, Jeanne Deroin, journaliste, autodidacte, féministe et socialiste, elle est l’une des porte-voix de la revendication féministe. En juin 1848, elle fonde avec Désirée Gay « La Politique des Femmes » mais sur décision administrative elle doit changer le nom qui devient « L’Opinion des Femmes ». Son coup d’éclat la fait mieux connaitre : elle se présente en 1849 aux élections législatives du 13 mai. Rares sont ceux qui soutiennent cette candidature politique. Même George Sand la trouve déplacée.

Mais durant cette période, c’est aussi la répression qui s’abat sur les femmes, 600 sont incarcérées à la prison Saint-Lazare à Paris.

Les premières féministes apparaissent en France après les années 1860. Léodile Champseix publie des ouvrages consacrés à l’égalité des sexes. D’autres femmes défendent aussi l’idée de la libération de la femme, des associations se constituent.

Léon Richer (1824-1911), considéré comme le précurseur du féminisme, affirme « la femme est personne humaine, elle est l’égal de l’homme ». C’est à cette époque une position très avant-gardiste. Il fonde en 1869 l’hebdomadaire « Le Droit des femmes » qui paraitra jusqu’en  1891 et organise en 1878 avec sa femme Marie Deraismes un premier « Congrès international du Droit des Femmes » alors que se tient l’Exposition universelle de 1878 à Paris.

Il est assez surprenant que le couple Marie Deraismes et Léon Richer, qui sont à la pointe du féminisme, qu’ils soient beaucoup plus timides sur le terrain politique par anticléricalisme. Ainsi, Léon Richer lors du congrès de 1878 considère que le droit de vote des femmes est prématuré. Cependant, en novembre 1882 Léon Richer va créer encore une association « La ligue française pour le droit des femmes ». À l’occasion de son assemblée générale en 1883, Victor Hugo est nommé président honoraire.

Une autre féministe, Hubertine Auclert (qui s’était éloignée de Léon Richer  suite à sa position nuancée sur le vote des femmes) va déclarer que le droit de vote devait être le préalable à toute évolution pour les femmes. Elle fonde en 1881 le journal « La Citoyenne ». Journaliste, écrivaine, elle milite en faveur de l’éligibilité des femmes et de leur droit de vote. En 1908, lors d’élections municipales, elle brise une urne.

 

Elle se mobilise aussi pour la révision des lois du code Napoléon. Elle dit, « J’ai été presque en naissant une révoltée contre l’écrasement féminin … ». Elle décède en 1914.

 

Marguerite Durand, contemporaine de Léon Richer avec qui elle partage ses idées, est une journaliste, actrice et femme politique. Elle est connue pour avoir fondé en 1897 le journal « La Fronde » qui sera publié jusqu’en 1901. Elle se consacrera presque exclusivement à la défense des droits des femmes. En 1909, elle participe à la création d’un nouveau journal « Les Nouvelles ».

 Elle s’investit dans la campagne pour le vote des femmes et elle défend le droit d’élire et d’être élues. Elle tente d’organiser des candidatures féminines aux élections législatives du 24 avril 1910 et se présente dans le 9e arrondissement de Paris. Le préfet rejette sa candidature. En 1927, elle tente à nouveau de se présenter aux élections municipales. Elle décède en 1936. Depuis 1989, une bibliothèque du 13e arrondissement de Paris porte son nom.

 

Le début du 20e siècle sera parsemé de nombreuses actions pour le droit de vote des femmes. La première femme psychiatre, Madeleine Pelletier, milite dans plusieurs mouvements de gauche. Elle crée et édite un journal « La Suffragiste » de 1907 à 1914 qui va s’engager dans la lutte pour le vote des femmes. Elle reste l’une des plus importantes féministe de ce début de siècle avec Hubertine Auclert et Hélène Brion.

Cette dernière, Hélène Brion (1882-1962), est une institutrice, féministe et syndicaliste CGT. En 1905, elle s’engage dans de nombreuses organisations féministes dont « Le Suffrage des femmes », « La ligue pour le droit des femmes », « l’Union française pour le suffrage des femmes ». Hélène Brion, institutrice depuis 1905, secrétaire de la Fédération nationale des instituteurs CGT, militante de la SFIO, entre au comité confédéral de la CGT dont elle est secrétaire adjointe en 1914. En 1915, un fort courant pacifiste nait au sein de la CGT dont elle sera la porte-parole.

 

Photo Domaine public

 

Suspendue de ses fonctions en 1917, arrêtée pour propagande défaitiste, elle est envoyée à la prison des femmes de Saint-Lazare. Elle subit de la part de nombreux journaux une campagne de désinformation. En mars 1918, elle comparaît devant le premier conseil de guerre. Elle est condamnée à trois ans de prison avec sursis. Révoquée de l’enseignement, elle sera réintégrée en 1925 sous le gouvernement du cartel des gauches. Mais auparavant, au congrès de Tours en 1920, elle adhère au nouveau Parti communiste. Hélène Brion se détachera du mouvement syndicaliste mais continuera ses activités féministes. Elle aura eu à cœur de travailler sur une Grande Encyclopédie féministe dont de nombreux volumes peuvent aujourd’hui être consultés à la Bibliothèque Marguerite Durand dans le 13e arrondissement. Une rue, dans ce même arrondissement porte le nom d’Hélène Brion depuis le 14 novembre 2005.

Les femmes se sont beaucoup investies pour remplacer les hommes partis au front durant la guerre de 1914-1918. Nous avons vu que nombreuses d’entre elles réclamèrent le droit de vote.

En 1919, la Chambre des députés adopte pour la première fois une proposition de loi instituant le vote des femmes par 329 voix contre 95. Mais le Sénat refuse d’examiner cette proposition de loi par 156 voix contre 134. Ce rejet va se reproduire dans les années 1925, 1932 et encore en 1935.

Le 30 juillet 1936, la Chambre des députés se prononce, à nouveau, pour le vote des femmes (495 voix pour, contre 0). Mais le gouvernement s’abstient et le Sénat n’inscrit pas ce texte à son ordre du jour. Donc la proposition du vote des femmes n’aboutira pas.

 

                                                                                     Charles Sancet

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