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Histoire

Maurice Marion et l’affaire des fusillés de la cascade du Bois de Boulogne

L’histoire de la Résistance est parfois proche de nous et il m’est revenu un souvenir. Ma belle mère Simone Charollais Eymard, Résistante à Vigneux sur Seine, m’avait demandé de l’accompagner et de l’emmener  en voiture dans cette ville pour participer aux cérémonies du 40ème anniversaire de la Libération, le 8 mai 1984.  Ce jour là, il y avait un hommage rendu aux Résistants de la ville dont son mari, le Docteur Maurice Charollais mais il y avait surtout un hommage à Maurice (prénom usuel) ou Alexandre Marion avec l’inauguration d’un monument à sa mémoire en présence de son fils.

 

                            

Ma belle-mère m’a simplement dit que le jour du drame, elle avait prêté à son ami Maurice Marion sa bicyclette qui heureusement pour elle, était sans plaque d’identification. Il y a peu de temps, j’ai fait une recherche sur internet pour en savoir un peu plus sur Maurice Marion.

Maurice Marion est né le 21 avril 1904 à Saint-Vinnemer (Yonne), Fils de Alexandre Marion et Louise Quinette, Alexandre Marion, marié avec Marguerite Harlaut, vivait 197 route de Corbeil à Vigneux sur Seine (Seine-et-Oise, Essonne).

 Il a  été exécuté le 17 août 1944 par la Gestapo au 14 rue Leroux à Paris (XVIe arr.) juste avant la Libération de Paris. Il était employé au métropolitain et membre du groupe F.F.I Sicard (pseudonyme de Meersmann Robert) de Draveil (Seine-et-Oise, Essonne).

Le piège de la Gestapo.

Ce mercredi 16 août 1944, 3 groupes de F.F.I ont rendez-vous, près de la porte Maillot, avec le capitaine "Jack" ou "Jacques" soi disant de l'Intelligence Service.

Sous le pseudonyme de capitaine "Jack" ou "Jacques" se cachait en fait Guy Glèbe d'Eu, comte de Marcheret, alias Guy de Montreuil ou encore Gérard Beaucourt, Jean Decan, né le 24 juillet 1914 d'un père français et d'une mère russe. Entré par relations au Service de renseignements allemands (S.R.A) dès sa libération d'un camp de prisonniers après la campagne de juin 1940, et parlant couramment le français, l'anglais, l'italien et l'allemand, il se révèle vite expert en provocation : il recrute des agents qui croient travailler pour la cause alliée. Chef de groupe de la Gestapo de la rue des Saussaies puis de la rue Mallet Stevens il parviendra ainsi à faire arrêter une bonne centaine de personnes.  Le capitaine "Jack" sera arrêté au Danemark par les Services américains et remis aux Français le 25 octobre 1945. Condamné à mort par la cour de justice de Paris le 2 avril 1949, il est fusillé au fort de Montrouge le 20 avril à 8h30. 

Ils sont entrés en contact avec lui grâce à Wigen Nercessian, agent du réseau Marco Polo, et doivent récupérer un important stock d'armes. L'insurrection parisienne qui se prépare a un besoin impératif d'armes. Le groupe des Jeunes chrétiens combattants stationne rue Troyon; les F.F.I-F.T.P de Chelles sont rue Saint Ferdinand, les Jeunes de l'Organisation civile et militaire attendent avenue de la Grande Armée. Des F.F.I du groupe Sicard de Draveil sont en route de leur côté; ils ont été contactés par un certain Boulfroy. Ils ont rendez-vous au 14 rue Leroux.

 Le camion des F.F.I du groupe Sicard de Draveil arrive à 15h00 dans la rue Leroux et s'arrête devant le numéro 14, un immeuble de la Kriegsmarine. Comprenant le piège, un résistant abat l'agent de la Gestapo Gustave Boulfroy qui était installé à côté du chauffeur et le guidait. Le camion est aussitôt pris sous le feu croisé des soldats allemands occupants les immeubles adjacents. Les F.F.I se défendent furieusement et parviennent à tuer quatre de leurs assaillants, dont Louis Gianoni, dit "Petit Louis", patron de boîte de nuit et auxiliaire de F. Berger, et à en blesser un grand nombre. Deux résistants sont tués dans le camion. Les survivants sont conduits dans la cour du 14. Un gendarme blessé au genou chancelle, il est abattu au pied d'un arbre à droite en entrant. Le deuxième gendarme est tué devant la porte du pavillon à droite. Les trois derniers hommes sont fusillés devant les grandes portes des écuries (le 14 rue Leroux est un ancien hôtel particulier).

Le groupe des F.F.I-F.T.P de Chelles, à bord de ses deux camions et d'une ambulance,  est conduit pour sa part dans un garage du passage Doisy entre la rue d'Armaillé et l'avenue des Ternes. La porte du garage se referme sur les véhicules. Les hommes sont accueillis par des soldats allemands et des auxiliaires du commando de Friedrich Berger de la Gestapo de la rue de la Pompe. Ils sont conduits, par un couloir percé dans un mur mitoyen, à l'hôtel de Chevreuse où ils sont enfermés dans les caves. Vers 13h00, miraculeusement, un employé de l'organisation Todt explique aux prisonniers qu'il veut bien les aider à fuir, leur remet un plan des lieux et laisse la porte entrouverte en partant. A chaque tentative, les hommes sont obligés de rebrousser chemin, des voix allemandes se font entendre au bout du couloir. Profitant d'un interrogatoire en groupe, Jean Favé alias "Paris", coresponsable avec le docteur Henri Blanchet du groupe de Chelles, parvient à s'enfuir. Les prisonniers remontent dans leur camion et sont conduits rue des Saussaies. Henri Blanchet est emmené par des hommes de Berger 180, rue de la Pompe.  En présence du docteur Fernand Rousseau, médecin attaché au service de cette officine de la Gestapo, Friedrich Berger l'abat de plusieurs balles de revolver. Dans la nuit le cadavre sera déposé à la Cascade du Bois de Boulogne.

Dans la soirée un bruit de mitrailleuse et d'explosions de grenades retentit près de la Cascade du Bois de Boulogne. Le secteur est interdit et gardé par des soldats, personne ne peut approcher. Le sort de ces encombrants prisonniers a été confié à Friedrich Berger qui a décidé de les fusiller avant de quitter Paris pour l'Allemagne.

 Le lendemain matin, vers 6h00, quelques hommes se rendent sur place dont Octave Michel, ingénieur de la Cascade :

"Les hommes ont été descendus de force des camions, les rangs successifs sont tombés sur les cadavres des rangs les précédant, les dernières victimes ont été fusillées debout. L'un des fusillés des premiers rangs s'est traîné sur quelques mètres. Trois grenades ont été jetées sur le tas de victimes en guise de coup de grâce. Certains des cadavres étaient encore chauds, ce qui indique la longue agonie de certains.".

 

Quant au groupe des Jeunes chrétiens combattants leur camion est arrêté quelques centaines de mètres plus loin, et c'est un arrêt boulevard de Salonique. Un cordon de soldats allemands barre la chaussée. Tout le monde descend sous la menace des mitraillettes. Fouille générale. Rembarquement. Direction la rue des Saussaies, siège de la SIPO-SD (Gestapo et Kripo, principales directions de police allemande). Dans la cour, mains en l'air, les jeunes gens sont interrogés à tour de rôle pendant toute l'après midi. Par la suite, ils sont transférés à la Cascade du Bois de Boulogne où ils sont fusillés.

  

 

       Monument à la cascade du Bois de Boulogne

 

 

   

 

                Les  victimes retrouvées massacrées à la Cascade du Bois de Boulogne  :

 

11 Résistants du Groupe des Jeunes Chrétiens Combattants (J.C.C)  seront  retrouvés massacrés à la Cascade du Bois de Boulogne.

            3  Résistants du-Groupe de l'Organisation Civile et Militaire (O.C.M) .

 

           21  Résistants du Groupe des FFI-FTP de Chelles. 

 

       Les victimes retrouvées assassinées rue Leroux  :

 

            7  Résistants dont Maurice Marion (Groupe de Draveil dit groupe "Sicard" pseudonyme  de  Robert Meersmann).

 

 

Pour conclure, deux citations d’Albert Ouzoulias (Colonel André), Président du Comité du souvenir des 35  fusillés de la cascade du bois de Boulogne.

 

            « Les «35» de la cascade et les «7» du 10 rue Leroux étaient de condition sociale et de sensibilités philosophiques et politiques différentes : croyants et athés, communistes, socialistes, patriotes et démocrates d'autres nuances de pensée, Français de souche ou d'adoption, comme l'instituteur de Chelles Weczerka ou bien Trapletti et Vanini. Leur diversité, leur pluralisme de pensée n'avaient pas été un obstacle pour qu'ils s'unissent dans un même combat: celui de la reconquête de l'indépendance nationale, de la liberté et du respect de la dignité humaine. Evoquer leur souvenir, c'est rappeler ce que fut la Résistance - la vraie -, celle qui n'a rien à voir avec le folklore et l'imagerie d'Epinal… » 

              « Aujourd'hui, dans des conditions totalement différentes, en France et dans le monde, sur fond de crise, renaissent les idéologies meurtrières du nazisme et du fascisme que nous avons combattues. Le mépris de l'homme, comme au temps de l'Occupation, menace tous les hommes avec la résurgence des haines nationalistes, intégristes, racistes, xénophobes. Pour y faire face, l'union, comme dans la Résistance, devient un impératif pour tous ceux d'origines et de pensées différentes qui sont attachés aux idéaux d'humanisme, d'indépendance nationale, et aux libertés individuelles et collectives. Les 35 jeunes de la cascade symbolisent les dizaines de milliers de jeunes fusillés, morts en déportation, décapités, pendus ou tués au combat de 1940 à 1944. Ces jeunes aimaient la vie de toute la force de leurs vingt ans, et, parce qu'ils aimaient la vie, ils la donnèrent pour que d'autres puissent vivre. Leur être fidèle, l'être à la Résistance, c'est continuer, dans les circonstances actuelles, les idéaux qui furent les leurs. »

Didier Crouzet

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