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HISTOIRE

Après Nuremberg, autres procès

Dans le dernier Bulletin, 3ème trimestre 2017, un article était consacré au procès de Nuremberg qui s’était déroulé du 21 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Les 24 dignitaires du régime nazi furent condamnés les uns à la peine capitale et d’autres à la prison à perpétuité.

Mais après ce retentissant procès, douze autres eurent lieu ensuite. Le général Telford Taylor fut désigné comme Procureur Général. D’importants responsables du IIIe Reich devaient être jugés pour leurs actes commis sous le régime hitlérien. Parmi ces personnalités figurent notamment des médecins, des industriels. Les juristes permanents de ces procès, essentiellement américains, devaient au fil des instructions faire appel à diverses personnes de plusieurs autres nationalités : des traducteurs, des chargés de recherches sur les participations de ces acteurs dans la préparation ou dans l’exécution des crimes commis durant la guerre.

Le procès de Nuremberg avait établi l’incrimination de crimes de guerre, de guerre d’agression et de crimes contre l’Humanité. Dans ces douze procès il s’agissait de rechercher et de déterminer avec précision la culpabilité de ces personnages. Les américains ont inculpé 183 personnalités du régime nazi. Il y eut 12 condamnations à mort, huit peines de prison à vie et 77 peines d’emprisonnement de durées diverses. L’après-guerre vit de nombreuses peines commuées en peines moins importantes par les autorités de révision.

Parmi les douze procès, il faut citer le procès des médecins, le procès du Maréchal Milch, le procès d’Oswald Pohl, le procès contre Krupp, le procès de l’I.G. Farben.

Le procès des médecins, ceux qui ont été responsables de l’assassinat de malades mentaux ou de handicapés, ceux qui ont pratiqué des expériences dites « médicales » sur des détenus des camps de concentration, se déroula de novembre 1946 à août 1947. Vingt médecins SS et trois fonctionnaires nazis devaient répondre d’assassinats. Dans ce procès il y eut sept condamnations à mort, cinq peines à perpétuité, quatre à des peines allant de vingt à dix années de prison, mais aussi sept acquittements.

Le procès du maréchal Milch, seul à comparaître, va se dérouler de janvier à avril 1947. Erhard Milch est l’adjoint de Goering. Dans l’acte d’accusation, Milch avait autorisé des expérimentations médicales sur des détenus à Dachau, il expérimentait la résistance à l’immersion d’êtres humains dans une eau glacée ou encore au manque d’oxygène. Milch avait organisé l’emploi de travailleurs forcés et comme il était un des créateurs de « l’Etat-Major Chasseurs » qui visait à faire installer en souterrain les usines d’aviation et d’armes comme les V1 et V2 ce qui se traduisait par la souffrance et la mort de dizaines de milliers de travailleurs forcés. Milch, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, est condamné à perpétuité mais sera libéré en 1954.

Le procès d’Oswald Pohl commence en avril 1947 et se termine en novembre 1947. Il s’agit en réalité du procès de l’Office principal d’Administration Economique de la SS qui gérait et exploitait les camps de concentration et dont le chef était Oswald Pohl. Cet office a été reconnu responsable de l’essentiel des crimes commis par le système concentrationnaire nazi. L’énumération de tous ces crimes est très longue, il englobe aussi les diverses expérimentations médicales. Les 18 accusés ont essayé de rejeter toute responsabilité dans l’ensemble des crimes dont on les accusait. Quatre condamnations à mort furent prononcées, trois à perpétuité, les autres à des peines moins importantes. Oswald Pohl fut le seul à être exécuté. Tous les autres condamnés furent libérés entre 1951 et 1954.

Le procès contre Krupp, de décembre 1947 à juillet 1948, est celui d’une firme mondialement connue, dont les propriétaires furent durant quatre générations au centre des divers conflits et guerres. Un dirigeant Krupp aurait dû se trouver sur les bancs des accusés du premier procès de Nuremberg. Gustav, historiquement portait tout ce que la firme représentait dans l’impérialisme allemand et sa volonté d’expansion industrielle. Son état de santé s’étant dégradé, son fils Alfried le remplace en 1943 à la tête de cet empire industriel. Le rôle de la firme Krupp tant sur le plan de l’ensemble des camps de travail, de son expansion aux dépens de l’industrie des pays occupés ou encore dans l’utilisation des détenus est évidemment reconnu.

Sur les douze accusés, des dirigeants de la firme et le propriétaire Alfried Krupp, des peines assez lourdes furent prononcées mais … les condamnés seront libérés début 1951. Les biens d’Alfried Krupp confisqués par le jugement lui seront rendus en février 1951.

Le procès contre I.G. Farben dura presque une année, d’août 1947 à juillet 1948. Les vingt-trois accusés étaient des dirigeants de la firme. Dans l’accusation portée contre cette immense firme on relève la participation à des guerres d’agression, l’utilisation comme esclaves de détenus et de prisonniers de guerre mais aussi l’appartenance à l’organisation SS. Le verdict qui condamna ces dirigeants fut assez clément, des peines allant de huit mois à un an d’emprisonnement et dix acquittements.

Pour conclure, il faut parler aussi des criminels nazis qui échappèrent aux divers procès. Certains quittèrent l’Allemagne et se réfugièrent dans des pays hors d’Europe bien souvent en changeant de noms ou pour d’autres avec la complicité de certains gouvernements. Durant ces dernières années la liste des criminels de guerre nazis recherchés diminue, certains meurent de vieillesse sans avoir été inquiétés, d’autres sont jugés et condamnés lorsqu’ils sont enfin démasqués.

En 1945, Klaus Barbie « le Boucher de Lyon » est recherché par les Alliés. Criminel de guerre, il échappe plusieurs fois à la Justice. Il utilise plusieurs identités. Entre 1951 et 1983 Klaus Barbie est réfugié en Bolivie. Le 5 février 1983 la Bolivie (après différentes tractations) le renvoie en France où il sera jugé à Lyon. Le 4 juillet 1987, il est reconnu coupable de 17 crimes contre l’humanité et condamné à la prison à perpétuité. Il décède le 25 septembre 1991.

Serge Klarsfeld et son épouse Beate militent depuis des décennies contre l’impunité des anciens nazis et n’ont eu de cesse de retrouver ces criminels nazis.

 

Enfin, n’oublions pas de parler de Heinz Lammerling, commandant de la division SS Das Reich responsable des massacres de Tulle et d’Oradour. En 1953, le Tribunal de Bordeaux juge Lammerling pour ses crimes commis les 9 et 10 juin 1944. Il est condamné à mort par contumace mais l’Allemagne de l’Ouest (à l’époque) ne l’extrade pas.

Après cette condamnation, à la demande de la France, les Britanniques donnent l’ordre de l’arrêter. Lammerling quitte la ville où il vivait ouvertement pour se réfugier dans une autre région où l’occupation militaire de l’Allemagne se terminait. Il va ensuite créer une entreprise qu’il dirige jusqu’à sa retraite. Il meurt d’un cancer en 1971.     

Charles SANCET        

 

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