Intervention Jean BLANCHON

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Vendredi 7 mai 2010

HOMMAGE A  PIERRE GUILLOU

 

Mesdames et Messieurs les élus.

Mesdames et Messieurs les représentants de l’Association Nationale des Anciens Combattants ANACR

Mesdames et Messieurs les responsables des Associations du monde combattant et de la déportation.

Monsieur le représentant du Directeur Régional de France Telecom

Monsieur le Directeur du centre Pierre GUILLOU 

 

Madame la délégué du monde combattant, représentant de Monsieur le Maire de Rennes.

Mesdames et Messieurs

 

Demain, le 8 mai,  nous allons vivre une date historique.

Il y a 65 ans, les armées du Reich déposaient les armes sans condition. Ce  jour à Berlin le général De Lattre de Tassigny représentant les forces armées françaises avec celles des pays engagés, l’Angleterre, les USA et les Soviétiques, signent la capitulation de l’ennemi qui mettait un terme à la deuxième guerre mondiale en Europe. Ce bref rappel historique explique déjà notre présence parmi vous.

Il nous permet aussi d’honorer un combattant d’exception, notre camarade Pierre GUILLOU, membre de la source K. Il nous a apporté avec ses deux camarades un exemple extraordinaire d’un épisode de la résistance dans les PTT.

Avec la défaite éclair de juin 1940 et l’occupation de la plus grande partie du pays – puis la bataille d’Angleterre conduite dans des conditions périlleuses  - l’entrée en guerre de l’URSS puis des USA, vont amener les alliés à un besoin impérieux de renseignements pour préparer les conditions de la reconquête de l’Europe et la victoire sur le nazisme.

Sous l’impulsion des services secrets anglais et de la résistance française, dès octobre 1941, va se constituer une opération extrêmement délicate, qui devait permettre de récolter une source précieuse et abondante de renseignements.

Mais comment y parvenir ? Car il était de notoriété publique que les nazis utilisaient nos grands circuits  pour leurs liaisons importantes, avec un sentiment de complète sécurité. C’est en connaissance des graves dangers encourus, que va se constituer une opération extrêmement délicate appelée «  Source K », et c’est l’ingénieur Robert KELLER, issu des services de L.G.D. (lignes à grande distance), qui sera chargé de la diriger.

Pierre GUILLOU,  entré en 1930 comme ouvrier de main-d'oeuvre aux P.T.T., devenu soudeur et affecté aux lignes à grande distance en 1938, a fait partie de la Résistance P.T.T. dès le début des opérations de la "Source K C'est un des membres de l'équipe de l'ingénieur Robert KELLER qui, durant la "drôle de guerre", était chargée de la réparation des lignes téléphoniques. Dès le début de l'occupation , les techniciens français, sous la direction de Robert KELLER et sous contrôle allemand, sont chargés de l'entretien de l'ensemble du réseau téléphonique, à l'exception des territoires intégrés au Reich.  La confiance absolue que Pierre GUILLOU a en son chef lui fait accepter immédiatement l'aventure périlleuse qui va permettre, en 1942, pendant plusieurs mois, l'écoute et la transmission aux Alliés des conversations téléphoniques des plus hautes institutions allemandes et des hauts dignitaires nazis, de Hitler lui-même. L'action envisagée à l'instigation du  capitaine Simoneau consiste à établir sur les grands axes téléphoniques des dérivations permettant l'écoute, le tout sous le regard des Allemands.

La première est établie sur le câble Paris-Metz. Il faut trouver sur le trajet une maison libre pour placer les installations nécessaires à l'écoute, faire fabriquer et transporter clandestinement le matériel et intervenir sur les câbles sous le contrôle des  Allemands: trouver un prétexte pour intervenir sur une ligne, ouvrir les fouilles, travailler sur les fils, de nuit pour mieux déjouer la surveillance.

C'est ainsi qu'est trouvée la maison de Noisy-le-Grand sur le câble Paris-Metz. Pierre Guillou, technicien de ligne, se trouve sur les premières fouilles avec son camarade Laurent MATHERON et Robert KELLER  la nuit du 15 avril 1942. Ils opèrent sous une tente d'intempérie, à la chandelle. Travail long et minutieux à effectuer dans l'urgence, accroupi ou à genoux et sous le poids d'un danger extrême. Le travail commencé à 21 h est terminé à 4 h 40 du matin: 70 grands circuits dérivés entre Paris et Berlin, parmi lesquels ceux de la Kriegsmarine, de la Luftwaffe, de la Wehrmacht et de la Gestapo,.étaient ainsi mis à la disposition des opérateurs de la Résistance, les uns étaient spécialisés pour l’armée de l’air, les autres pour la marine de guerre.

Pendant cinq mois, en étroite collaboration avec les techniciens, Laurent MATHERON et Pierre GUILLOU, une moisson de renseignements sera collectée, suivant l’expression commune, « au nez et la barbe » des nazis.

 Les circuits d’usage général écoulaient les communications des forces terrestres de la GESTAPO, du contrôle économique et des commissions allemandes installées sur notre sol, et qui seront captées par les écoutes de la source K.

Ces résultats remarquables vont les conduire à envisager une mise en place de plus grande envergure.

La seconde opération a lieu dans les mêmes conditions le 16 décembre 1942, à Livry-Gargan, sur le câble Paris-Strasbourg-Berlin, GUILLOU et MATHERON travaillant cette fois sur 484 fils.

 Les conditions délicates d’exploitation, liées aux actions de recherche de la Gestapo, vont mette brutalement un terme à ce travail et à ces projets.

Robert KELLER  est convoqué à la Gestapo

Fin décembre , le pavillon de Livry-Gargan est occupé par la police allemande, KELLER  est amené sur les lieux

Laurent MATHERON est arrêté le 15 janvier 1943, puis trois jours plus tard c'est au tour de Pierre GUILLOU

Ultime précision – Il nous faut signaler que Pierre GUILLOU aurait pu échapper à l’arrestation. Il refusa, pensant pouvoir rendre service à son camarade Laurent MATHERON.

L’ingénieur Robert KELLER et ses deux compagnons sont donc arrêtés.

 Interrogés, torturés, pas un ne parlera, et c’est ainsi que tous les autres protagonistes de cette opération ne seront pas inquiétés et ne devront leur salut, qu’au silence héroïque de l’ingénieur KELLER et de ses deux compagnons.

Robert KELLER (père de 4 enfants) et ses chefs d’équipe Laurent MATHERON (père d’un enfant) et Pierre GUILLOU, prendront tous les trois le chemin des camps de concentration .

Pierre GUILLOU  et Laurent MATHERON sont déportés ensemble à Wiener Neustadt puis à Dora.

Pierre GUILLOU y mourra le 2 janvier 1944  et Laurent MATHERON en septembre 1944

 Robert KELLER quant à lui, sera déporté aux camps de NATWEILLER-STRUTOFF puis  de SACHENHAUSEN près de Berlin. Il mourra le 14 avril 1945 au camp de BERGEN-BELSEN.

Cet épisode extraordinaire de la Résistance est à l’honneur de l’administration des PTT, aujourd’hui démantelée, et de ses techniciens,    - il devait être porté à la connaissance des générations qui allaient se succéder et plus particulièrement des jeunes. 

C’est un exemple  de la haute compétence technique mise au service de la Résistance.

Avec la paix retrouvée, nos trois héros recevront l’hommage posthume et mérité de la Nation.

Le 12 décembre 1948, le centre de L.G.D. à Paris, recevra le nom de Robert KELLER  ainsi que la rue attenante, et une plaque où figurent les noms de nos camarades et de leurs décorations, qui retrace pour la mémoire, les exploits de cette époque.

A la suite de travaux rendus indispensables par l’évolution des techniques, cette plaque a été déposée momentanément en 1996, et elle a été reposée le mardi 27 janvier 1998, à l’initiative du Directeur Régional de France Télécom en présence des représentants de Libération Nationale PTT, de l’Association Nationale des anciens combattants et victimes de guerre  des PTT et une forte participation du personnel du centre.

Le 23 avril  2009, pour les mêmes raisons déjà citées plus haut, nous avons replacé au Centre de Lyon- Sévigné la plaque qui rappelle le souvenir de Laurent MATHERON.

Enfin, au Centre d’amplification de Rennes où nous sommes réunis ce jour,  - le 6 février 1948, une plaque à été apposée en mémoire de Pierre GUILLOU, Chef d’équipe des lignes et natif de PLONEVEZ-PORZAY. ( la plaque que vous voyez ici porte une faute: on lit Plouévez au lieu de Plonévez )

Notre organisation d’anciens Résistants, née dès les premiers mois de l’occupation nazie avec la création de l’état major de Libération Nationale PTT, va constituer une des branches actives de cette armée de soldats sans uniformes, tous volontaires et en rébellion contre le gouvernement existant.

Tout au long de ces années d’occupation, ils vont payer un lourd tribut, et ils seront nombreux à donner leur vie pour que notre pays retrouve sa liberté. C’est par milliers aussi, qu’ils prendront le chemin des camps de concentration, où la majorité d’entre eux trouvera la mort.

A l’heure ou les périls sont connus, nous considérons, avec l’Association des Anciens Combattants de la Résistance A.N.A.C.R. , que les faits historiques et le rôle de ceux qui ont combattu pour la libération de la France, doivent être portés à la connaissance des générations actuelles et futures, et c’est le rôle que s’est assignée l’organisation que nous avons créée avec les « Amis de la Résistance ».

Les années passent et les vides se creusent dans les rangs des Résistants, c’est pourquoi nous avons été amenés à nous adresser aux jeunes générations, qui aujourd’hui sont partie intégrante de Libération PTT, dont elles assureront toutes les responsabilités. 

Aujourd’hui, ils sont nos héritiers, « des passeurs de mémoire ».

S’il est vrai, selon les mots souvent cités de Victor HUGO « que les morts instruisent les vivants », par notre vigilance face à toutes les résurgences du nazisme, quelle qu’en soit la forme, nous continuons le combat et ce sera notre meilleure façon de les honorer pour toujours.

Pour faire connaître cette période et l'action des postiers dans la résistance, nous faisons circuler une exposition réalisée par des militants de Libération Nationale PTT , après cette cérémonie vous pourrez la voir, elle est ici depuis une dizaine de jours

 Nous considérons avec le devoir de mémoire qui nous anime sans cesse, les plaques qui rappellent le sacrifice de nos frères tombés dans la lutte libératrice comme des témoignages sacrés qui illustrent leurs actes héroïques  

Je vous suggère que chaque année, pourquoi pas le 6 février date anniversaire de l'inauguration de la plaque et de l'appellation du Centre Pierre GUILLOU; vous rappeliez le souvenir de Pierre GUILLOU

Jeunes gens du centre des Télécommunications de RENNES, souvenez vous et rejoignez les rangs de Libération Nationale PTT.

 

Je vous remercie de votre attention

 

Jean BLANCHON

Président de Libération Nationale PTT

Ancien combattant volontaire 1939-45

Membre du Conseil National de la Résistance (ANACR)

Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

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