Intervention Françis MORIN

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Hommage à Pierre Guillou – Courage et Mémoire

Intervention de Francis MORIN

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Mesdames et Messieurs les représentants de « Libération Nationale PTT »

Mesdames et Messieurs les représentants des associations du monde Combattant et de la déportation,

Messieurs les portes drapeaux,

Mesdames et Messieurs les élus

Madame le représentant du Directeur Régional de la Poste

Mesdames et Messieurs membres de la Chorale LSR

Mesdames et Messieurs les représentants de la presse

Mes chers collègues

Mesdames et Messieurs

En cette veille du 8 mai, date de la capitulation de l’Allemagne, nous nous retrouvons rassemblés, sous l’impulsion de l’association Libération Nationale PTT, devant cette plaque commémorative. Combien d’entre nous sont passés sans la voir. Combien d’entre nous ont pris le temps de lire cette inscription. Combien d’entre nous ont retracé l’histoire de cet homme, Pierre Guillou mort en déportation, en  janvier 1944. 

Cette cérémonie fait suite à celle qui a eu lieu à Lyon, l’année dernière lors de la ré-inauguration de la plaque dédiée à Laurent Matheron.

Ces deux hommes sont liés à un troisième, Robert Keller.

Ils vont devenir des héros de l’ombre, héros, car ils vont agir avec courage jusqu’à en mourir, de l’ombre, car leur discrétion sera le seul moyen de préserver la vie de de leurs proches à défaut de préserver la leur.

La source  K : Sous ce nom de code, se trouve la mise en place de l’écoute des communications des Allemands sur un câble Paris-Metz et ensuite sur le câble Paris-Strasbourg, suite à l’occupation de la France. Ce projet prit forme en septembre 1941. Comme il n’était pas possible d’intervenir dans les centres interurbains étroitement surveillés par les Allemands, il fut décidé d’intervenir sur le câble lui-même. Si la description du procédé et sa réalisation technique furent pilotées par Mr Sueur, sa mise en place en particulier l’intervention sur le câble, fut faite par une équipe de 4 hommes animée par Keller et dont Pierre Guillou faisait partie (avec L. Matheron, Abscheid et Levasseur). La difficulté était d’intervenir sans attirer l’attention des Allemands aussi bien sur le chantier en pleine campagne mais aussi aux extrémités du câble dont les Allemands surveillaient le bon fonctionnement.

Cette opération n’était pas le but en soi. Il fallut ensuite mettre en place les écoutes elles-mêmes. Deux opérateurs connaissant l’allemand et sachant prendre la sténo furent enrôlés ; le premier était le sergent chef Jung et le second fut R. Rocard. Ils avaient en ligne 70 grands circuits, soit utilisés par la Luftwaffe, soit par la Kriegsmarine, véhiculant les situations des escadrilles ou le mouvement des bateaux. Ces informations captées étaient ensuite retransmises aux alliés.

Cette source K fut éteinte le 23 décembre 1942 par l’arrestation de Keller, Matheron, Grimpel et Guillou. Malgré la torture, aucune autre personne n’ayant participé à cette opération ne sera arrêtée. Keller, père de 4 enfants, Matheron père d’un enfant et Pierre Guillou mourront entre 1944 et 1945, en déportation.

Durant une telle période troublée, nul ne sait quel serait son comportement, entre courage et lâcheté, la frontière est souvent ténue, la peur souvent présente.

Bien sûr, le courage n’est pas l’absence de peur : c’est sa capacité à la surmonter, quand elle est là, par une volonté plus forte et plus généreuse. C’est donc la capacité de l’affronter, de la maitriser, de la surmonter.

Même s’ils ont d’abord été montrés comme des terroristes, ces hommes auront réfléchi, pensé mais surtout, ils seront passés à l’action, forts de leur conviction et sont devenus des héros.

Cette cérémonie, si elle nous permet de nous rappeler ce qu’est le courage, est aussi un moment de mémoire, de souvenir,

-     celui d’un homme en premier lieu, Pierre Guillou. 65 ans après sa mort, nous, qui ne le connaissions pas, nous nous souvenons de lui, pour ce qu’il a fait et représente,

-     celui d’une équipe, le nom de Guillou ne pouvant être dissocié dans cette opération de ceux de Matheron et Keller,

-     celui de ces hommes et de ces femmes, qui ont eu le courage de se battre, terroristes un jour, héros le lendemain, postiers, cheminots, pêcheurs mais Hommes avant tout,

-     Si nous pensons à ces héros des PTT, nous ne pouvons oublier que durant cette guerre, 62 millions de personnes sont mortes dont 38 millions de civils.

Que ce moment passé ensemble, nous permette de nous rappeler que derrière ces plaques, se trouvent des femmes et des hommes, qui ont œuvré pour recouvrer notre liberté, nous devons nous souvenir de leur courage.

 Francis MORIN

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