CEREMONIE HOMMAGE A PIERRE GUILLOU

RENNES 07 MAI 2015 

Intervention de Louis CARDIN

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Monsieur le Directeur de l'Etablissement

Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations syndicales de France Telecom-Orange et de La Poste

Mesdames et Messieurs

 

Avant de commencer je voudrais que nous ayons une pensée pour un camarade dont les obsèques ont eu lieu il y a moins de 48h

Notre camarade Michel Collet ancien technicien du Centre Pierre Guillou militant syndical et politique et qui était jusqu'en 2014 Président de l'ARAC 35. A ce double titre, il était présent en 2010 à la nouvelle inauguration de la plaque apposée en 1948 en l'honneur de Pierre Guillou et il avait tenu à être porte-drapeau au pied de cette plaque.

Je vous demande pour sa mémoire une minute de silence...

Merci

 

Aujourd'hui notre cérémonie revêt  une solennité particulière. En effet cette année 2015 nous commémorons le 70e anniversaire de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie mais aussi le 70e anniversaire de la libération des camps pour les quelques déportés survivants et avec la découverte de l'horreur.

Pierre Guillou, Laurent Matheron, et l'ingénieur Keller morts d'épuisement dans les camps ne connaîtront pas le retour à la liberté.

Cette année nous souhaitons associer à l'hommage aux techniciens de la Source K, une femme    exceptionnelle : Simone Michel-Lévy. Comme les héros de l'équipe Keller, elle est emblématique de la Résistance dans les PTT. Elle aurait pu sortir vivante de l'enfer mais elle a été exécutée 10 jours avant l'arrivée des Américains qui vont libérer le camp.  

Simone Michel Lévy  est née le 19 janvier 1906 à Chaussin dans le Jura.

Après le brevet élémentaire, elle déménage avec ses parents à Chauny dans l'Aisne où elle entre à 16 ans et demi dans l'administration des PTT.

Elle débute sa carrière comme dame-employée. A Paris, elle travaillera dans plusieurs bureaux de poste.

En 1939 elle est rédactrice dans l'administration des PTT dans le département « commutation » au Centre de recherche et de contrôle technique rue Bertrand à Paris. C'est là qu'elle va côtoyer l'ingénieur Keller.

Dès l'armistice elle s'élève contre la capitulation de la France et entre dans la résistance au  mois de décembre 1940.

En 1941, Simone Michel-Lévy, participe avec Maurice Horvais à la création du réseau « Action PTT » sous la direction d'Ernest Pruvost. Le réseau a pour but en profitant des possibilités  professionnelles des PTT, d'étendre sur toute la France une ramification de cellules de renseignements et de transmission. Dans un premier temps Simone Michel-Lévy met toute son énergie à développer un système de boîte aux lettres pour les communications clandestines

Sous la direction de l'Ernest Pruvost chef national de la résistance PTT elle devient un élément de tout premier plan. Télégraphiste très habile, elle est l'opératrice qui essaye de joindre Londres avec les premiers postes de TSF fabriqués par le groupe de résistances des PTT.

Ses missions en tant que responsable radio la conduise à se déplacer fréquemment pour organiser l'hébergement de postes émetteurs notamment dans le Sud-ouest, en Bretagne en Normandie. C'est ainsi qu'à Caen elle assure fin janvier 1942 sous le pseudonyme de Madame Flaubert la première liaison avec le groupe local de la résistance à qui elle amène deux opérateurs radio équipés de leur poste.

Simone Michel Lévy accède rapidement au grade de commandant dans les forces françaises combattantes et ne se contente pas d'un rôle passif tout en poursuivant son activité professionnelle et assume secrètement la responsabilité du très dangereux secteur radio au sein de résistance PTT.

A l'automne 1942 le réseau «  Action PTT » qui s'est développé prend contact avec le réseau de la confrérie Notre-Dame (CND) du colonel Rémy puis à l'organisation civile et militaire (OCM) du colonel Touny. Simone Michel-Lévy leur apporte l'appui logistique dont ils ont besoin. 

Pour le CND Simone Michel-Lévy met en place, Gare de Lyon, une centrale permettant le transport du courrier clandestin et de poste émetteur, par voiture postale, des sacs plombés, en s'appuyant sur les ambulants des PTT dirigés par Edmond Debeaumarché. Un dépôt identique existe à la Gare Montparnasse pour les expéditions vers l'ouest

Elle réalise également sous les pseudonymes de « Françoise » et de « Madame Royal » un excellent système d'acheminement du courrier à travers la France qui marche à la perfection, soit par voie maritime c'est-à-dire était dire jusqu'aux chalutiers, soit par voie aérienne et cela dans les deux sens.

Puis son activité s'oriente vers l'établissement de faux papiers, le transport, l'installation de postes émetteurs à Paris et à province.

Dès les premières heures du Service du Travail Obligatoire (STO )  en 1943, elle établit plus de 100 cartes professionnelles des PTT à des jeunes réfractaires..

Elle est chargée de monter à l'intérieur des PTT le réseau « Etat-major PTT », analogue à celui de « Résistance-fer », mouvement de résistance des cheminots.

A Londres l'agent Michel-Lévy est enregistré sous le pseudonyme d' « Emma ». De sa propre initiative elle monte un admirable système de transport, de poste d'armes et de parachutages, qui fonctionne par l'intermédiaire des services ambulants des PTT. Elle assure la liaison générale.

Simone Michel-Lévy mène une véritable double vie et son de chef de service  Gaston Letellier ferme les yeux sur ses absences et ses retards. Il indique qu'à cette époque : « après des nuits de veille, des voyages épuisants, au retour de missions périlleuses de parachutage, on revoit Simone à sa table de travail, fatiguée mais souriante. Rien ne pouvait entamer son ardeur et la véritable flamme qui l' animait.

Au soir du 5 novembre 1943 Simone Michel Lévy est appelé d'urgence dans un café voisin pour un entretien de quelques minutes et quitte sa table de travail en y laissant son stylo et ses affaires. Elle ne reviendra jamais ; cet appel était guet-apens

C'est son contact,  Robert Bacqué alias «  Tilden » chef opérateur radio à la CND qui l'a appelée. Il a trahi. Simone Michel Lévy arrivée sur les lieux, est immédiatement arrêtée, assommée, jetée dans une voiture  en direction du 101 avenue Henri Martin dans les locaux de Georges Delfanne alias Masuy, auxiliaire français de la Gestapo.

Abominablement torturée par Masuy, rouée de coups, plusieurs fois le supplice de la baignoire,  brûlée aux seins avec un cigare, Simone Michel-Lévy ne parle pas ; elle est livrée à la Gestapo de la rue des Saussaies.

Internée à Fresnes puis au camp de Royallieu, Simone Michel-Lévy quitte la gare de Compiègne le 31 janvier 1944 dans le convoi des « 27 000 ». Elle arrive le 3 février au camp de Ravensbrück.

En avril 1944, Simone Michel-Lévy est envoyée en Tchécoslovaquie, au commando de Holleischen dépendant du camp de camp de Flossenbürg pour travailler dans une usine d'armement qui fabrique des munitions anti-aériennes.

Là, Simone Michel-Lévy va continuer tant qu'elle le pourra, son œuvre de résistante sabotant les engins de mort que les Allemands les obligent à fabriquer.

Affectée à l'atelier 131 A de l'usine elle est chargée de faire passer sous une énorme presse un chariot de cartouches remplies de poudre. Simone Michel-Lévy avec deux autres déportées ralentit la chaîne, la désorganise. Ce qui se solde pour la production d'une perte de 10 000 cartouches. Elles font fonctionner la presse à vide ce qui l' endommage et constitue pour elles-mêmes un danger immédiat malgré la protection d'une tour en maçonnerie. C'est ainsi que finalement la presse explose. Aussitôt un rapport de sabotage visant les trois femmes est rédigé et envoyé à Berlin.

La réponse du sinistre Himmler revient quelques mois après ( !!?), dans le courant d'avril 1945, , c'est une sentence de mort, alors qu'on entend, proches du camp, les canons américains tonner. Les trois résistantes ont été condamnées avant leur exécution, à la bastonnade, 25 coups de bâton en présence du commandant du camp et devant leurs camarades déportées.

Le 10 avril 1945 Simone Michel-Lévy avec ses deux camarades sont envoyées au camp de Flossenbürg où elles sont pendues le 13 avril à des crochets fixés au mur,  10 jours seulement avant la libération du camp.

La veille de sa mort Simone Michel-Lévy écrit à sa mère :

« Ne pleurez pas, c'est un ordre. Ne soyez pas tristes. Moi je ne le suis pas. Mon cœur est calme autant que mon esprit. Dans ma petite cellule, j'interroge le ciel, je pense à tout ce qui est beau, à tout ce qui est clair ».

Grâce à l'impulsion donnée par Simone Michel-Lévy, grâce à l'organisation qu'elle avait mis sur pied, grâce aussi à son silence, tous ses camarades résistants PTT ont continué avec acharnement à mener leur action pour que circulent et soient distribués le courrier clandestin, l'argent, les armes nécessaires à différentes équipes de résistants, l'interception du courrier de délation empêchant ainsi des centaines d'arrestations.

L'organisation et les moyens radio-électriques mis en place par Simone Michel-Lévy a partir de 1942 furent particulièrement utiles et efficaces au moment du débarquement. C'est ainsi que le message secret « les dés sont sur le tapis » , émis le 5 juin 1944 par ces postes-radio clandestins de Normandie, déclencha les opérations de sabotage par les équipes PTT des liaisons de l'occupant allemand et cela selon des instructions bien précises diffusées auparavant par une circulaire de l'Etat-Major de résistance PTT où Simone avait été elle-même, adjoint responsable pour la radio jusqu'à son arrestation .

Les mérites de Simone Michel-Lévy ont été trop peu connus, mais ont été néanmoins récompensés par les titres suivants :

Croix de guerre avec palmes, Simone Michel-Lévy, décorée Chevalier de la Légion d'honneur est l'une des six femmes à avoir été distinguée par l'ordre de la Libération créée par le général de Gaulle en novembre 1940. Sa croix de compagnon de la Libération a été remise en 1952 à titre  posthume, à sa mère dans sa ville natale de Chaussin  dans le Jura lors de la pose d'une plaque par le ministre des PTT. Un timbre à son effigie a été émis en 1958.

Une plaque commémorative rendant hommage à Simone Michel-Lévy a été apposée dans les locaux de l'ancien Centre National d'Etudes des Télécommunications ( CNET) à Issy les Moulineaux qui est devenu France Telecom Recherche et Développement, depuis que ces services avaient quitté, le 24 rue Bertrand à Paris 7ème, là où exerçait Simone Michel-Lévy.

Le 13 avril 2007 la Mairie de Paris inaugurait une place en hommage à cette héroïne des PTT.

 

Lundi 13 avril 2015, 70 ans après sa mort, un hommage a été rendu dans son village natal de Chaussin dans le Jura. La cérémonie organisée par l'ANACR et son comité local, s'est déroulée au cimetière de Chaussin en présence du maire de la commune. Notre association Libération Nationale PTT était représentée par son secrétaire général Charles Sancet.

Simone Michel-Lévy comme plusieurs agents des PTT, n'avait jamais accepté la soumission de son pays et s'était levée pour désobéir pour que vive la liberté. Elle a été un modèle de fidélité refusant la compromission d'un État pétainiste. Elle a été jusqu'à donner sa vie. Ne l'oublions pas.

Nous avons à apprendre de cette douloureuse période.

Dans notre pays et dans toute l'Europe, on assiste à des résurgences dangereuses. N'oublions jamais que les déportés, dès le retour des camps il y a 70 ans, ont rappelé pour les avoir vécus, à quels désastres conduisent la violence, le mépris de la dignité humaine, le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. Restons vigilants.

Le 27 mai prochain pour la deuxième année consécutive, la Journée Nationale de la Résistance sera célébrée officiellement dans toute la France.

L'ANACR qui a été à l'origine de cette demande de journée nationale officielle sera mobilisée le 27 mai prochain et en souhaitant que la commémoration prenne un caractère de plus en plus populaire. Nous vous invitons à vous engager pour la réussite de cette journée.

Elle sera marquée nationalement par l'entrée au Panthéon de quatre Résistants ; Simone Michel-Lévy y avait aussi sa place.

Je vous remercie de votre attention.

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