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IDENTITÉ NATIONALE ET RÉSISTANCE

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Il est actuellement question d’organiser un grand débat sur l’Identité Nationale Française. Même s’il y a quelques raisons de soupçonner des arrières pensées électoralistes de certains partis politiques avançant cette proposition, ce n’en est pas moins un grand et beau sujet sur lequel les anciens résistants et amis de la Résistance, ont assurément plus que beaucoup d’autres leur mot à dire, pourvu qu’on leur donne la parole.

Qui, en effet a le mieux incarné cette identité Française, au cours des années sombres de l’occupation nazie, si non ceux qui ont combattu pour la dignité, la liberté et l’indépendance de la France, plutôt que ceux qui se sont vautrés dans une lâche collaboration avec l’ennemi, aux côtés des Pétain et Laval qui osaient se poser en défenseurs des traditions françaises dans un langage pseudo-patriotique et chauvin ?

Parmi les résistants se sont trouvés de nombreux travailleurs immigrés qui ont mérité le titre de « Morts pour la France », tels que Manouchian et ses camarades que les nazis et leurs acolytes ont cru discréditer par leur fameuse affiche rouge. Cet exemple suffit à montrer l’injustice et l’absurdité de ceux qui affirment trouver l’identité nationale dans de prétendus droits du sang ou de la terre et mettent ainsi cette belle notion au service de la xénophobie, du racisme et du mépris des autres peuples, qui sont en contradiction avec les meilleures traditions Françaises.

Mais quelles sont justement ces traditions que nous jugeons dignes d’incarner l’identité nationale et comment peut-on les distinguer de certains aspects moins glorieux de l’histoire de France tels que la collaboration ou les violences liées au colonialisme ? Une réponse bien simple à cette question a été donnée par un des plus illustres représentants de la culture Française :

« Quand sur une personne on prétend se régler,

C’est par ses beaux côtés qu’il lui faut ressembler,

Et ce n’est point du tout se rendre digne d’elle,

Ma sœur, que de tousser ou de cracher comme elle. »

La France est en effet une personne avec ses qualités et ses défauts, et Molière en était le « bon côté » pour son époque, face aux exactions arbitraires de la monarchie absolue, comme au siècle suivant, la philosophie des Lumières fut du bon côté contre l’obscurantisme et le fanatisme. Comme ensuite, la Révolution, en proclamant les Droits de l’Homme, en abolissant le régime féodal, en libérant les esclaves des colonies, en rendant leurs droits civiques aux protestants et aux juifs, en défendant la République contre toute l’Europe des forces du passé coalisées pour la détruire, fut bien l’incarnation de l’identité nationale, tout en faisant progresser l’humanité.

Au siècle suivant, l’insurrection patriotique et sociale de la Commune de Paris montra aussi une nouvelle voie pour tous les peuples et fut certainement du bon côté de l’identité nationale, face aux armées de Thiers et de ses semblables plus préoccupés de combattre le peuple travailleur que les Prussiens.

Du bon côté des traditions Françaises, il faut classer aussi la laïcité de l’Etat qui en assurant la liberté religieuse dans le cadre des lois de la République, a mis fin à des siècles de querelles sanglantes, exemple dont devraient s’inspirer les acteurs de divers conflits contemporains.

On peut mentionner encore les services publics, rétablis et améliorés après la Libération, conformément au programme du Conseil National de la Résistance, en particulier la Sécurité Sociale organisée par le ministre issu de ses rangs Ambroise Croizat, qui malgré son affaiblissement d’après-guerre, a placé la France au premier rang pour les services sociaux, et dont on peut d’ailleurs s’é tonner qu’elle paraisse actuellement menacée dans un contexte économique bien meilleur malgré la crise.

Ce sont bien les hommes comme Gabriel Péri et Jean Moulin, ou encore notre président Camille Trébosc, organisateur de l’insurrection de Buchenwald au côté de Marcel Paul, qui sont les dignes représentants de notre identité nationale et non les ultranationalistes comme Maurras qui furent les premiers à trahir après avoir traité les républicains de mauvais français, ni ceux qui exploitent les sentiments de rejet à l’égard des travailleurs immigrés venant faire en France les travaux que des Français ne veulent plus faire. Nous pouvons mépriser, à bon droit, leurs éructations et crachements (voir Molière).

Oui, la Résistance peut être citée en exemple aux jeunes qui s’interrogent sur la fierté d’être Français.

   Raymond DAUDE Membre du Conseil d’Administration

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