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Le noyau le plus solide

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Le conseiller du Travail de la France Libre, à Londres, Henry Hauck, alertait par lettre en date du 12 mars 1942, le général De Gaulle sur les agissements de certains membres du mouvement de la France Libre « qui ne sont pas tous sans attaches avec les milieux industriels et financiers, et qui poursuivent dans l’ombre une politique réactionnaire, refusant de s’appuyer sur les organisations syndicales qui sont en France le noyau le plus solide de la résistance à l’ennemi ». (1)

Ainsi il y avait déjà à cette époque, à Londres (mais également en France), des résistants qui semblaient au moins aussi soucieux de neutraliser le monde du travail que de combattre l’ennemi. Bien heureusement ils étaient minoritaires, la plupart des dirigeants de la résistance s’accordant à reconnaître le rôle de premier plan tenu par le mouvement syndical dans la résistance intérieure. De Gaulle a exprimé de façon claire, et à plusieurs reprises, son opinion. On se souvient de sa déclaration à Radio Londres le 30 avril 1942 : «…ce sont les travailleurs français, ceux de la terre, ceux des usines, ceux des transports qui donnent, au milieu des ennemis et des traîtres qui les servent, l’exemple de la résistance, qui par tant de sacrifices, dont les plus obscurs sont aussi les plus grands, maintiennent, malgré tout, l’honneur, la gloire, la majesté du peuple français ». (2)

En effet, durant ces quatre années d’Occupation, véritable tremblement de terre politique, social, moral, les syndicalistes ont toujours été présents dans les grands moments. Dès le début de l’Occupation et de l’instauration de l’Etat soi-disant français, ils réagissent. Les ex-CGT-Unitaires créent à l’appel de Benoît Frachon les « comités populaires » syndicats clandestins qui vont redonner l’espoir et organiser les premières formes de résistance. De leur côté, neuf confédérés (CGT tendance Léon Jouhaux) publient, avec trois dirigeants CFTC un manifeste à l’esprit d’union et de résistance.

Lorsque Jean Moulin constitue le Conseil National de la Résistance, véritable gouvernement clandestin du pays occupé, il fait appel sans hésiter aux deux confédérations existantes. Quand, en septembre 1943, à Alger, une assemblée constitutive provisoire, sorte de parlement de la France Libre, est instituée, là aussi, des syndicalistes sont appelés et ils vont y faire un bon travail. Enfin à l’heure de la Libération c’est le mot d’ordre de grève générale insurrectionnelle CGT-CFTC qui donne le signal des derniers combats libérateurs.

Telle est la vérité historique.

Aujourd’hui pourtant, la plupart des discours officiels (3) lors des cérémonies, oublient le rôle du « noyau le plus solide ». Si Henry Hauck vivait encore, on ne sait à qui il ferait part de son inquiétude, mais vraisemblablement il serait inquiet et vigilant. Nous le sommes.

Michel Delugin.

 

(1) Cité par l’historien (et ancien FFL) Jean-Louis Crémieux-Brilhac dans son ouvrage La France Libre Tome 1.

(2) Discours et Messages Charles de Gaulle Tome 1 éditions Plon.

(3) Ce n’est pas le cas de la municipalité de Paris. Durant ces derniè res années elle a donné à plusieurs voies publiques des noms de syndicalistes résistants. En ce mois d’août 2009, elle a apposé à la grande Bourse du Travail une plaque en l’honneur du Comité Parisien de la Libération présidé par le syndicaliste André Tollet.

 

 

 

 

 

Michel DELUGIN

Secrétaire Général

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