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       Edito                                                   2e Trimestre 2013

 

Des précisions sur l’Histoire...

Très  connu, car très médiatisé depuis la parution de ses ouvrages sur Jean Moulin et surtout de sa propre biographie (intitulée Alias Caracalla) Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin de juillet 1942 à juin 1943 a été la vedette des diverses initiatives commémoratives de la mort tragique du créateur du CNR.

Il faut dire que Daniel Cordier  présente un parcours plutôt atypique. Habitant en 1940 avec sa famille dans le département qui s'appelle alors "les Basses Pyrénées" le jeune militant de "l’Action Française", monarchiste, antisémite qu'il est, trouve sans peine à embarquer sur un navire le 21 juin pour gagner l'Angleterre. Son contact avec les quelques jeunes engagés comme lui puis, plus tard avec Jean Moulin, l'amènera progressivement à renier ses convictions passées, et même, nous dit-il, à devenir socialiste. A peu près simultanément il se rendra compte de l'horreur et de la bêtise de son antisémitisme.

En juillet 1942 il est parachuté en France et devient (un peu par hasard semble-t-il) le secrétaire de Jean Moulin. Il accomplira cette mission très importante de façon remarquable Ce passé, marqué par un repentir aux accents de franchise et par une action de résistance au plus haut niveau donne à Daniel Cordier, vieux monsieur aux excellentes manières, un solide crédit de sympathie et de confiance

Cependant le respect qu'on lui doit ne saurait nous faire taire lorsque nous sommes en désaccord avec certaines de ses analyses sur la résistance intérieure et avec ses jugements sur certains de ses membres que nous avons connus

Ainsi estime t-il que la résistance a été "amateurisme et inefficacité ".Or c'est faire peu de cas de gens mieux placés que lui et qui ont toujours affirmé le contraire. Le général Eisenhower évaluait l'apport de la résistance à 15 divisions. Le général de Gaulle dans son allocution à la libération de Paris ne disait-t-il pas "Paris libéré! Libéré par lui même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec le concours de la France toute entière, de la France qui se bat....". Et c'est ce peuple qu’il traite de "peuple de nains" n'aspirant qu'à la paix.

Quant aux résistants (il nous fait la grâce d'admettre qu'il y en avait quelques uns) et particulièrement les représentants des mouvements, ils sont à ses yeux  "des comiques  troupiers".

Il est vrai que la nature de sa mission réduisant au minimum les relations avec les résistants, lesquelles portaient sur la répartition de l'argent, les uns et les autres s'estimant insuffisamment servis, sauf le front national pour l'indépendance et les FTPF qui étaient exclus de la distribution, n'invitait pas à des rapport de fraternité. Daniel Cordier a tord d'insister sur leurs querelles, car l'essentiel a été la réalisation de l'union derrière de Gaulle, ce qui a permis que la France soit à la table des vainqueurs et que la Libération ait lieu sans affrontements armés des mouvements de résistance, ce qui fut le cas ailleurs en Europe.

Enfin, il commet une grave erreur en dénombrant les résistants à partir des chiffres des ministères soit 300 000. Il s'agit là des attributions de cartes de Combattants Volontaires de la Résistance. Or les conditions requises pour l'obtention de ce titre ont abouti à beaucoup de refus et ont même dissuadé d'authentiques résistants à en faire la demande. Des  gens très nombreux ont aidé la résistance et pris des risques immenses .N'importe quel maquisard lui aurait expliqué  qu’aucun maquis n'aurait pu exister sans le soutien de la paysannerie. La résistance et son apogée, la Libération nationale ont été des mouvements à caractère populaire.   

 Michel DELUGIN       

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