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Pierre RUIBET, héros de la Résistance

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Né le 9 juillet 1925 à Grenoble, Pierre Ruibet essaie à diverses reprises de rejoindre les FFL à Londres. En 1943 il est arrêté au cours d’une tentative de franchissement des Pyrénées et réussit à s’évader. Pour échapper au S.T.O. il s’engage dans une unité de travailleurs utilisée par les P.T.T. pour la réfection des réseaux téléphoniques et il entre en contact en avril 1944 avec la Résistance à Jonzac en Charente inférieure à cette époque. Plus précisément, il s’agit du groupe « Alerte » de Bordeaux.

     C’est dans ce réseau que Pierre Ruibet fait la connaissance de Marguerite Crauste (1) contrôleur aux P.T.T. Elle fait partie de ce groupe « Alerte » chargé de sabotage et d’action de l’Organisation Civile et Militaire (O.C.M.).

    Près de Jonzac, dans les anciennes carrières de Heurtebise, la Kriegsmarine a constitué un nombre impressionnant de munitions et d’explosifs. C’est le plus important dépôt de munitions de la côte Atlantique. Ces carrières ont une voute de 10 à 20 mètres d’épaisseur de roche, ce qui rendait impossible tout bombardement aérien. Aucune intervention extérieure n’était possible. Quatre blockhaus entouraient l’entrée du dépôt armés de plusieurs mitrailleuses lourdes, de canons anti-chars, un double réseau de barbelés, le tout surveillé par une compagnie de soldat en permanence. Il n’y avait qu’une seule solution, l’explosion du site de l’intérieur.

Pierre Ruibet, après avoir travaillé dans l’unité de travailleurs utilisés par les P.T.T. qui vient d’être dissoute à Jonzac début 1944, va aussitôt s’engager comme travailleur civil au dépôt de la Kriegsmarine situé dans les carrières.

Le 4 juin 1944 (2), Londres envoie à l’O.C.M. l’ordre de détruire les carrières d’Heurtebise. Le lieutenant René Marchadier, sous-chef du Groupe Franc « Alerte » réunit son équipe chez Marguerite Crauste. Cette postière, engagée depuis juin 1940 dans la résistance à l’occupant, a des réelles aptitudes d’organisation. C’est chez elle qu’arrivent les courriers. De plus il fallait pour préparer la destruction des carrières des explosifs. Marguerite Crauste, de son pseudonyme Jacqueline savait où s’en procurer. Dans les jours suivants elle en apporte la quantité nécessaire avec son contact Roger, un artificier qui explique le maniement de ces explosifs à Ruibet. Les « crayons » ont un retard possible de détonation de six heures.

Le 8 juin Ruibet met les explosifs en place, règle les « crayons » pour que tout saute pendant le repas des travailleurs. Mais rien ne fonctionne. Nouvelle tentative le 18 juin et nouvel échec.

Quelques jours après, Pierre Ruibet (il est travailleur civil dans ces carrières) invoque la nécessité de consulter un médecin spécialiste à Bordeaux, se rend chez Marguerite Crauste. Il y reçoit un révolver et de nouveaux explosifs. Ruibet repart pour Jonzac.

C’est le 30 juin à 7 heures 30 que pour la troisième fois, le sous-lieutenant Ruibet met en place ses quatre dispositifs de plastic. Il fait équipe avec un autre jeune Résistant Claude Gatineau.

Ils règlent le déclenchement de l’explosion lorsque les 200 ouvriers de la carrière seront sortis pour la pause.

Mais un sous-officier allemand qui a épié leur préparation, bouscule Gatineau et bondit sur Ruibet qui l’abat. Puis avec le plus grand calme, ce dernier crie à Gatineau de faire sortir les ouvriers français de la carrière, sachant que les dispositifs peuvent être découverts et détruits. Puis, il met le feu manuellement aux mèches, acceptant ainsi la mort. 

Pendant deux jours, les explosions se succèderont sans arrêt, dans l’immense carrière. Ce n’est que quelques jours après que sera retrouvé le corps de Pierre Ruibet  et ceux de dix-sept soldats allemands.

Claude Gatineau, reconnu par les Allemands, est arrêté, livré à la Gestapo et torturé sans qu’il parle. Il tiendra jusqu’au bout sans livrer aucun nom. Le 1er juillet, il est fusillé, en soldat, les yeux non bandés. Ses dernières paroles sont « Vive la France ». Il n’a livré aucun nom du petit groupe de sabotage et d’action « Alerte ». Il n’a pas non plus livré le nom de Marguerite Craute, responsable du Groupe Franc « Alerte », héroïne de la Résistance des P.T.T.

Mais les Allemands purent retrouver le télégramme envoyé à Marguerite Crauste par Pierre Ruibet qui était hébergé chez Mathilde Robert, le 8 juin. Les deux femmes sont arrêtées le 14 juillet 1944. Jugées au fort du Hâ par le tribunal militaire allemand, Marguerite Crauste est condamnée « en soldat » dira le colonel-président « à être fusillée » le 24 août. La libération de Bordeaux la sauvera miraculeusement du peloton d’exécution.

Le sous-lieutenant Pierre RUIBET, 19 ans, sera à titre posthume Compagnon de la Libération, Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-1945.

Marguerite CRAUSTE est décorée de la croix de guerre et de la médaille de la Résistance. Elle est décédée en décembre 1964 et repose au cimetière de Saint-Sever-sur-Adour.

(1)                     Marguerite Crauste citée dans l’ouvrage « Les femmes des PTT et la Seconde Guerre mondiale » page 180 à 183 de Charles Sancet publié en 2014 aux Éditions Tirésias Paris 18e

(2)                     Source « Le Patriote Résistant » mai 2006.

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