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Charles TOULOUSE, mort en Déportation

Agent des installations au Central téléphonique Montmartre

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Charles Toulouse, est né le 25 décembre 1906 à Boussais (Deux-Sèvres). Il se marie avec Fernande Marais le 16 juin 1930 à Gourville (Charente) et auront deux enfants. Il entre dans l’Administration des Postes, Télégraphes et Téléphones et va travailler comme agent des installations au Central téléphonique Montmartre, situé 114 rue Marcadet 18e arrondissement.

 

                                                Plaque commémorative                                                             Charles Toulouse au central Montmartre

Ses fonctions professionnelles vont lui permettre d’avoir une activité importante dans la Résistance. Il fut arrêté le 18 mai 1944 suite à une dénonciation, emprisonné à Fresnes puis transféré le 28 juillet à Compiègne et le 18 août c’est le départ pour l’Allemagne où son convoi arrive le 21 août à Buchenwald. C’est un des derniers transports à emmener des déportés extraits du camp de Compiègne-Royallieu jusque dans un camp de concentration du IIIe Reich. Dans ce convoi on comptabilise 1249 hommes, 42% ne reviendront pas. Charles Toulouse, matricule 78752, sera abattu par les S.S. le 17 avril 1945 lors de l’évacuation du camp sous les yeux de son frère Raoul.

Car, il faut savoir que Raoul Toulouse, employé lui aussi au Central téléphonique Montmartre, fut arrêté le même jour que son frère le 18 mai 1944 et fut déporté au camp de Buchenwald dans le même convoi que son frère, matricule 78762. Raoul fut libéré le 7 mai 1945, rapatrié le 28 mai.

À son retour de déportation, Raoul écrira trois pages sur son activité de résistant et sur les conditions de son arrestation :

 

 

 « Je soussigné Toulouse Raoul, né à Boussais (Deux-Sèvres) domicilié 114 rue Marcadet à Paris 18e déclare sur l’honneur ce qui suit :

En octobre 1943, j’ai pris contact avec Monsieur Bourgeon Albert, alias "Bernard", membre du réseau Béarn et responsable d’un groupement sous les ordres duquel je suis resté jusqu’à mon arrestation par la Gestapo le 18 mai 1944.

J’ai fourni des renseignements sur les implantations allemandes dans les Postes à Paris et en Province, des indications pouvant servir à un sabotage éventuel du matériel téléphonique, c’est-à-dire les destructions à effectuer pour isoler certains secteurs et des lignes à Grandes Distances, ceci du fait de mes relations et activités de concert avec mon frère Charles (abattu par les S.S.) qui était agent des installations au central PTT du 18e.

J’ai effectué des opérations en province pour procurer des cartes d’alimentation aux camarades entièrement clandestins, notamment dans les régions de La Ferté-sous-Jouarre, Meaux et Gisors.

Lors de mon arrestation, j’avais encore en dépôt des titres d’alimentation qui devaient être distribués aux camarades du réseau qui vivaient clandestinement. J’ai pu détruire ces titres ainsi qu’une partie des journaux clandestins en dépôt avant que la Gestapo m’arrête.

J’ai transmis régulièrement à "Bernard" des détails sur des mouvements de troupe et de matériel portant sur les régions de Gisors et Neufchâtel, sur La Ferté-sous-Jouarre, Meaux et Coulommiers (matériel blindé, troupes au repos, aérodrome de Coulommiers, etc…).

Dénoncé en même temps que "Bernard" le 18 mai 1944, j’ai été emmené avec mon frère rue des Saussaies où j’ai été longuement interrogé sur mes relations avec "Bernard", à savoir si je lui avais fourni des renseignements et quels renseignements. De Fresnes, je suis allé à Compiègne et le 16 août 1944, nous étions transférés à Buchenwald d’où quelque temps après, avec mon frère Charles, nous étions envoyés aux mines de sel de Stassfurt où j’ai effectué uniquement un travail de fond.

Le 10 avril 1945, devant l’avance alliée, nous évacuons Stassfurt, nous dirigeant par marches forcées en direction de la Tchécoslovaquie. N’étant plus séparés des troupes alliées que par environ 1 km ou 2, mon frère, que malgré ma faiblesse je traînais depuis 1 km, était abattu par les S.S. ceci devant moi qui ne pouvait plus le porter. Ceci se passait dans le canton de Torgau. J’ai été rapatrié vers la France où je suis arrivé le 28 mai 1945 ».

 

L’attestation ci-dessous confirme le témoignage de Raoul Toulouse :

« Je soussigné, Henri ULVER, ancien ministre, Conseiller municipal de Paris, ancien chef et liquidateur du réseau "Béarn", certifie que Raoul TOULOUSE a bien appartenu au Réseau (immatriculé sous le n° 553-agent P2). Ses activités ont bien été celles relatées ci-dessus, ce qui lui a valu d’être arrêté puis déporté à Buchenwald. Paris le 4 juillet 1956, Henri Ulver ».

 

Lactivité de Charles TOULOUSE dans la Résistance est décrite dans la lettre-témoignage du 28 mars 1946 par Albert BOURGEON :

« Je soussigné Bourgeon Albert (Bernard dans la clandestinité) membre du Comité Directeur de l’organisation "RÉSISTANCE", chef de son service de renseignements et chef d’une section du Réseau de renseignements "BEARN", certifie connaître ou plutôt avoir connu Monsieur Toulouse Charles, né le 25 décembre 1906 à Boussais (Deux-Sèvres), marié, deux enfants, domicilié 114 rue Marcadet à Paris (18e), qui a été abattu par les S.S. le 17 avril 1945, près de Torgau (Tchécoslovaquie).

« TOULOUSE Charles a été un membre actif de l’organisation "RESISTANCE" et du réseau de renseignements "BEARN". Il était chargé de recueillir et de cacher des titres de rationnement ou autres faux documents destinés aux patriotes chassés par la Gestapo et qui ne pouvaient plus en obtenir de réguliers, ce dont il s’est acquitté avec dévouement et désintéressement.

 

Photocopie de ce témoignage

 

 

 

Par ailleurs, TOULOUSE Charles, a fourni des renseignements précis sur l’organisation allemande dans les Centraux téléphoniques de Paris, tout en prenant des dispositions pour pouvoir annihiler ces centraux, le jour venu.

Dénoncé par un agent double, TOULOUSE fut arrêté le lendemain de mon arrestation, c’est-à-dire le 18 mai 1944, comme agent de renseignements, ayant eu une "activité criminelle contre l’Allemagne".

Emmené rue des Saussaies, bureau 525, il fut par Fresnes et Compiègne déporté à Buchenwald où il est arrivé le 21 août 1944, comme déporté politique. Ayant été désigné pour un "Kommando", il m’a quitté le 13 septembre 1944 pour les dangereuses mines de sel de Stassfurt, d’où il trouva la mort lors de l’évacuation.

                          Bourgeon Albert, Déporté politique à Buchenwald ».

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Dans le Central téléphonique Montmartre, la plaque commémorative indique que le Chef de Centre, Eugène SALESSES, déporté, classé NN, est mort le 17 avril 1945, le même jour que Charles TOULOUSE, agent des installations. Il est probable que ces deux hommes furent abattus ensemble lors de l’évacuation vers la Tchécoslovaquie.

Eugène SALESSES est né le 17 mai 1893 à Toulon (Var). Arrêté en 1942, il fut déporté en 1943 à partir de la gare de l’Est vers le Sonderlager Hinzert.

Chef de Centre du Central téléphonique Montmartre, Eugène Salesses était également Chef de Centre du Central téléphonique Marcadet situé dans la même rue mais au n° 266. Une plaque commémorative y était également apposée et reproduite ci-contre.

 

 

Ces deux centraux téléphoniques n’existent plus aujourd’hui, les plaques ont été retirées et sont entreposées aux archives de l’entreprise Orange (ex-France-Télécom).

                                                                                                                                                                                                             Charles Sancet

Sources :

Ministère de la Défense – Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC) 14037 Caen.

Fondation pour la Mémoire de la Déportation : Livre-Mémorial des Déportés de France. Editions Tirésias.

Les photographies de Charles et Raoul Toulouse nous ont été transmises par le petit-fils de Charles Toulouse, Jean-Louis Gronnier, que nous remercions.

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