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Visite du terrain d’atterrissage « ORION » dans le Jura

6 octobre 2012

Etre porte-drapeau d’une association d’anciens résistants comme « Libération Nationale PTT » est un honneur. En effet, lors des cérémonies patriotiques, il est le représentant de l’associationet de ce fait, il est le porteur des valeurs qui ont guidé les résistants pour la libération de notre pays, pour une société de liberté et de justice et pour les « Ami(e)s », le devoir à perpétuer cette mémoire.

En me confiant la responsabilité de porte-drapeau, lors du congrès de l’ANACR à Lons-le-Saunier, ce fut pour ma première participation, un honneur mais aussi une responsabilité où j’ai essayé d’être à la hauteur de la « tâche » qui m’a été confiée par mes camarades de « Libé PTT ». Ce fut pour moi riche d’enseignements et j’ai pu constater qu’avec mes « collègues » porte-drapeaux, il en était de même.

Patrice Ligonière

En tant que « porte-drapeau » de « Libé PTT » j’ai été délégué pour représenter notre association lors de la visite du terrain d’atterrissage « ORION ».

La région de Bletterans au nord de Lons-le-Saunier (une plaine) offrait en effet des conditions particulièrement favorables à des atterrissages clandestins, proximité de Lyon, capitale de la Résistance, centre de la région R1 dont fait partie Beryl dans le département du Jura, une région rurale de la zone Sud (pas de ligne de démarcation à franchir pour gagner Lyon) région où la présence allemande ne fut jamais dense (sauf ponctuellement) même après le 11 novembre 1942. La connivence, voire le soutien actif des populations locales, la proximité de la Suisse a pu aussi jouer, mais cependant, un inconvénient de taille, son éloignement de l’Angleterre.

Les atterrissages, comme les parachutages, sont gérés depuis Lyon où réside l’état-major de Combat, puis des MUR. Les atterrissages étaient périlleux car ils exigeaient des pilotes une dextérité et un sang froid à toute épreuve, la moindre erreur pouvait être fatale. À Villevieux, le 1er village de notre périple, le bus s’est arrêté devant la fromagerie de Fernand Marillier, Paul son pseudo dans la Résistance et devant la plaque commémorant la reconnaissance de Villevieux par l’attribution de la croix de Guerre au village. En effet, le fromager Fernand Marillier, « Paul » était responsable dans le Jura des SAP (sections atterrissages et parachutages) donc à ce titre participait aux atterrissages sur le terrain « ORION ». Nous avons été ensuite reçus par Monsieur le Maire de Villevieux et Madame Bergerot du « Souvenir Français » dans le parc du château des soeurs Bergerot, situé dans le village de Villevieux. Après l’allocution du maire, Madame Bergerot a retracé l’épopée « des dames Bergerot » qui hébergèrent dans leur château, les candidats au départ pour Londres et les arrivants, soutenues et ravitaillées par la population.

Parmi ces personnes qu’elles hébergèrent figurent notamment : Jean Moulin, Vincent Auriol, futur président de la République, le général Delestraint, chef de l’AS (Armée Secrète), Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Henry Fresnay, chef du mouvement Combat et bien d’autres personnalités encore. Ces dames, en hébergeant, en nourrissant les résistantes et résistants de passage sans poser de questions, firent preuve de courage tout en sachant les risques encourus.

Par la suite, le bus nous a amenés à la stèle « ORION » à proximité de l’ancien terrain d’atterrissage où nous fûmes accueillis par le maire de Nances et par Monsieur Pichet, un ancien résistant qui fit partie des équipes assurant les atterrissages et aussi les parachutages, qui eux présentaient plus de danger et réclamaient plus de monde. Ils étaient donc sécurisés par les résistants locaux.

Le bus nous a repris pour nous conduire à Cosges à l’emplacement du terrain d’atterrissage. Sur la place d’Orion, s’élève maintenant une stèle rappelant l’histoire du terrain d’Orion, ce village a également obtenu la croix de Guerre avec citation à l’ordre de l’armée remise par le président de la République Vincent Auriol. Le maire de Cosges, dans son allocution, en a rappelé les principaux points à savoir l’implication de la population soit en participant aux opérations d’atterrissages soit par sa discrétion.

Ensuite, par le pont jouxtant la place d’Orion, nous nous sommes rendus à l’emplacement du terrain à l’endroit où les avions amorçaient leurs atterrissages ainsi que leurs décollages, là aussi un ancien résistant était présent à côté du maire de Cosges.

Monsieur Bernard Janotova, historien local, est intervenu sur la sobriété des techniques de navigation employées par les pilotes venant d’Angleterre, les risques encourus et leur courage hors du commun.

La dernière opération d’atterrissage sur le terrain d’Orion s’est effectuée le 8 février 1944. Suite à un embourbement de l’avion consécutif au dégel du terrain, pendant toute la nuit il a fallu mobiliser les moyens existants, les agriculteurs locaux avec les chevaux, les bœufs ainsi qu’avec des pelles et des pioches afin de glisser des planches sous les roues pour qu’il puisse repartir avec à son bord Lucie et Raymond Aubrac ainsi qu’un aviateur anglais rescapé. Cinq autres partants sont restés, cela pour éviter la surcharge de l’avion. Cette opération pris fin à 3 heures du matin, un ouf de soulagement fut poussé par les protagonistes. Il faut noter aussi le silence et la discrétion de la population. Par la suite, plus aucune opération d’atterrissage ne sera effectuée dans le Jura.

Pour finir, nous nous sommes ensuite rendus sur la commune de Bletterant (décorée de la croix de Guerre avec étoile de bronze) où les résistants locaux, y compris les gendarmes de la brigade du bourg prirent une part importante pour sécuriser les atterrissages et les parachutages et payèrent de ce fait un lourd tribut pour leur courage et leur patriotisme, certains ne revinrent pas de déportation. Une stèle rappelle cette page glorieuse de la Résistance : celle des atterrissages clandestins avec les noms des pilotes de la Royal Air Force ainsi que toutes les personnes ayant transité sur les terrains du Jura.

Une autre plaque reproduit une carte des principaux aérodromes nocturnes clandestins utilisés par la RAF de 1941 à 1944 en hommage à tous les hommes de la nuit. Cette plaque fut inaugurée, ce 6 octobre 2012, en présence des élus, des personnalités civiles et militaires par Louis Cortot, Compagnon de la Libération, président de l’ANACR, de Cécile Rol-Tanguy et d’Elisabeth Aubrac avec la participation des porte-drapeaux.

Après les allocutions de Monsieur Maazouz, responsable des anciens combattants du canton de Bletterans, du maire de Bletterans, du représentant du préfet, du conseiller général et de la représentante du Conseil régional de Franche-Comté, la plaque fut dévoilée par le maire de Bletterans et Monsieur Maazouz. Après un dépôt de gerbes au pied de la stèle, la cérémonie se termina par la sonnerie aux morts et La Marseillaise.

Le verre de l’amitié offert par la mairie de Bletterans clôtura cette manifestation.

Patrice Ligonière

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