LE DOSSIER

POURSUIVRE LE COMBAT DES RESISTANTS CONTRE LE FASCISME

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Ce texte, préparatoire au Congrès de I'ANACR qui s'est tenu à Brive-la-Gaillarde du 10 au 12 octobre 2014 et soumis à la réflexion, a été adopté à l'unanimité par le Bureau National lors de sa réunion du 10 septembre 2014

 

Réuni dans une région, le Limousin, un département, la Corrèze, qui furent des hauts-lieux de la Résistance mais aussi hélas des terres de martyre, que symbolisent tragiquement les noms de Tulle et d'Oradour-sur-Glane, notre congrès national se tient l'année du 70e anniversaire de la Libération de la France, une libération quasi-achevée en cette fin 1944 après l'entrée de Leclerc le 23 novembre dans Strasbourg, à l'exception de la Poche de Colmar, de l'Alsace du Nord et des Poches de l'Atlantique, six mois avant que l'Allemagne nazie ne capitule le 8 mai 1945.

Ainsi allait prendre fin en Europe il y a soixante-dix ans un conflit qui avait ravagé presque tous les pays du continent, et qui s'était étendu en Afrique, en Asie et en Océanie, sur les océans et mers du globe, entrainant la mort de près de 65 millions de personnes, dont plus de 40 millions de civils, victimes des opérations de guerre mais aussi de politiques d'extermination génocidaire de la part de régimes barbares et criminels, tels ceux de l'Allemagne hitlérienne et du Japon militaro-fasciste, responsables avec l'Italie mussolinienne du déclenchement du conflit.

Cette victoire sur les forces allemandes et japonaises était celle des Armées alliées, au sein desquelles, aux côtés des forces américaines, soviétiques et britanniques et - en Asie -chinoises, avaient combattu des contingents canadien, australien, néo-zélandais, polonais, norvégiens, belges, néerlandais, des Français libres dès 1940 à l'appel du général de Gaulle, avant que la libération de l'Afrique du Nord ne permette de reconstituer une armée française ; laquelle prendra sa part à la campagne d'Italie, à la libération de la Corse, au débarquement de Provence et qui, devenue la Ve Armée, entrera le 4 mai 1945 à Berchtesgaden au -Nid d'Aigle», le repaire bavarois d'Hitler, lors de l'assaut final contre le Reich.

Berchtesgaden -Nid d'Aigle

 

Cette victoire fut aussi celle des peuples, qui soutinrent l'effort de guerre allié, qui partout à travers l'Europe y compris même pour une part dans les pays fascistes- entrèrent en Résistance : désobéissance civile, propagande antinazie clandestine, collecte de renseignements, exfiltration d'aviateurs alliés, aide aux pourchassés politiques ou raciaux, mais aussi action armée, dont le rôle militaire, des maquis d'Ukraine et de Biélorussie à ceux de Yougoslavie, des maquis de Pologne ou de Grèce à ceux de France, prit toute sa part au triomphe final des Alliés.

Au sortir de la guerre et de ses indicibles souffrances, les peuples - le peuple français - avaient une exigence : le châtiment des coupables de crimes contre la paix, de crimes de guerre. de crimes contre l'humanité, parce qu'ils en avaient été les instigateurs, les auteurs, les exécutants, les complices.

 

LE CHÂTIMENT DES CRIMINELS

Signée le 30 octobre 1943 par Churchill, Staline et Roosevelt, la «Déclaration de Moscou. précise que les «trois puissances alliées, parlant au nom et dans l'intérêt des 33 Nations Unies, proclament solennellement ce qui suit (...) : lorsqu'un armistice sera accordé à un gouvernement formé en  Allemagne, quel qu'il soit, les officiers et soldats allemands et les membres du Parti nazi qui ont été responsables, ou qui ont donné leur  consentement aux atrocités, massacres et exécutions dont il a été question, seront renvoyés dans les pays où ils auront perpétré leurs abominables forfaits, pour y être jugés et châtiés conformément aux lois de ces pays libérés et des gouvernements libres qui y seront formés. Des listes seront établies avec tous les détails possibles, dans chacun de ces pays, et particulièrement dans les territoires envahis de l'Union soviétique, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de la Grèce (y compris la Crète et les autres fies), de la Norvège, du Danemark, de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg, de la France et de l'Italie.

«Ainsi les Allemands qui ont pris part aux fusillades en masse des officiers polonais, à l'exécution d'otages français, hollandais, belges, norvégiens et de paysans crétois, ou qui ont pris part aux massacres effectués en Pologne et dans les territoires de l'Union soviétique actuellement arrachés à l'ennemi, ces Allemands sauront qu'ils seront ramenés sur la scène de leurs crimes et jugés sur place par les peuples qu'ils auront martyrisés. (..). La déclaration ci-dessus ne préjuge pas du cas des criminels de guerre allemands dont les crimes ont été commis sans qu'il soit possible de les localiser géographiquement. Ceux-là seront punis par une décision commune des gouvernements alliés.»

Réaffirmé lors de la conférence de Potsdam, qui réunit en août 1945 Churchill, Truman et Staline, cet objectif de châtier les «criminels de guerre allemands dont les crimes ont été commis sans qu'il soit possible de les localiser géographiquement»  va conduire - par l'accord signé le 8 août 1945 par le Gouvernement Provisoire de la République Française et les Gouvernements des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l'U.R.S.S. - à la création d'un «Tribunal Militaire International (..) pour juger et punir de façon appropriée et sans délai, les grands criminels de guerre des pays européens de l'Axe».

 Churchill, Truman et Staline

Le Tribunal Militaire International - avec à sa tête 4 juges, américain, britannique, français et soviétique - se réunira de novembre 1945 à octobre 1946 à Nuremberg, haut-lieu du nazisme. Vingt-deux hauts responsables du régime nazi y seront jugés : douze - dont un par contumace (Bormann) - seront condamnés à mort ; dont Goering, le deuxième ou troisième personnage du régime, promoteur des raids aériens terroristes sur Varsovie, Rotterdam ou Coventry, Von Ribbentrop, le diplomate qui fut l'agent de la politique d'agression du Reich, Frank, le bourreau de la Pologne occupée, Seyss-Inquart, celui des Pays-Bas sous le joug, Sauckel, le négrier qui réduisit en esclavage souvent mortel des populations entières, Rosenberg, le théoricien des lois raciales ayant conduit au génocide de populations slaves, juives, rom..., et promoteur de la germanisation meurtrière de l'Est européen, Keitel, le commandant en chef de la Wehrmacht qui suscita ou approuva les crimes de guerre et contre l'humanité dont elle se rendit coupable. Sept autres, dont Rudolf Hess qui fut un temps le successeur désigné d'Hitler, Karl Donitz qui fut le dernier chancelier du 3e Reich et Albert Speer, le ministre de l'Armement, furent condamnés à des peines de prison, allant jusqu'à la perpétuité pour Hess ; trois furent acquittés.

Bormann

Goering

Von Ribbentrop

Frank

Seyss Inquart

Sauckel

 

Rosenberg

Keitel

Rudolf Hess

Karl Donitz

Albert Speer

 

 

Tribunal de Nuremberg

Les accusés :

Premier rang, de gauche à droite :                                                                                                                                        Hermann Göring , Rudolf Hess , Joachim von Ribbentrop , Wilhelm Keitel , Ernst Kaltenbrunner , Alfred Rosenberg , Hans Frank , Wilhelm Frick , Julius Streicher , Walther Funk , Hjalmar Schacht .


Deuxième rang, de gauche à droite :                                                                                                                                Karl Dönitz , Erich Raeder , Baldur von Schirach , Fritz Sauckel , Alfred Jodl , Franz von Papen , Arthur Seyss-Inquart , Albert Speer , Konstantin van Neurath , Hans Fritzsche .

 

Le Tribunal militaire international de Nuremberg déclara aussi «organisations criminelles» le Gouvernement du Reich à partir d'avril 1933, la hiérarchie du Parti nazi, la S.S. et le SD, la S.A., la Gestapo, l'Etat-major général et le haut-commandement des forces allemandes ; un peu plus de 5 000 personnes furent inculpées dans des procès «secondaires» spécifiques, 794 condamnées à mort, 486 exécutées.

En Asie Orientale, composé de juges des pays représentés à la signature de l'acte de reddition du Japon le 2 septembre 1945, dont la France, fut mis en place le 19 juillet 1946 un «Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient» - connu aussi sous le nom de «Tribunal de Tokyo» - pour juger les criminels de guerre japonais et devant lesquels furent déférés 28 hauts responsables civils et militaires de l'Empire nippon. Sept d'entre eux - dont le général Tojo, ancien premier ministre - furent condamnés à mort, et pendus le 23 décembre 1948. D'autres procès de criminels de guerre japonais eurent lieu ultérieurement, tel celui de Khabarovsk (URSS) en 1949 pour les auteurs de crimes de guerre biologique en Mandchourie chinoise.

Tribunal militaire international

Général Tojo

Dans tous les pays d'Europe qui furent occupés par le Reich ou l'Italie fasciste, dans certains pays d'Asie conquis par les Japonais, ceux qui s'étaient mis au service des agresseurs, s'étaient faits les bourreaux de leurs peuples, eurent des comptes à rendre. Le norvégien Vidkun Quisling, dont le nom est devenu pour l'Histoire le symbole du régime collaborateur de l'occupant nazi, le roumain Ion Antonescu, qui engagea son pays dans la guerre contre l'URSS aux côtés du Reich, le slovaque Jozef Tiso qui contribua à désagréger la Tchécoslovaquie selon les vœux d'Hitler et prit la tête d'un Etat fantoche vassal de l'Allemagne, les Français Pierre Laval, qui «souhaita la victoire de l'Allemagne» et associa les services de l'Etat français pétainiste à la déportation des Juifs et des Résistants, et Joseph Darnand, qui fut son homme de main dans la répression des patriotes français avant même d'endosser l'uniforme nazi de la SS, furent jugés et payèrent de leur vie leurs crimes.

Photo de M. Pierre LAVAL, ancien sénateur

Vidkun Quisling

Ion Antonescu

Jozef Tiso

Pierre Laval

Joseph Darnand

Le Parti nazi allemand et le Parti fasciste italien et leurs organisations satellites, de jeunesse, de femmes, pseudo-syndicales ou autres furent interdits, les institutions étatiques ou paraétatiques spécifiquement fascistes, démantelées, les législations liberticides abrogées. Il en sera de même pour les partis et structures fascistes des Etats alliés, satellites et vassaux de l'Axe, des pays occupés où avaient aussi été mis en place des clones de ces structures et partis.

En France, tout naturellement, les partis de la collaboration, le PPF de Doriot, le RNP de Déat, le Parti Franciste, le Front Franc et les autres groupes de la collaboration qui se sont désagrégés à l'été 1944 pendant l'insurrection nationale - certains de leurs membres et cadres suivant la Wehrmacht dans sa retraite - seront tout naturellement interdits. Ce sera aussi bien évidemment le cas de la Milice «française» de Darnand, d'autres institutions étatiques et sociales pétainistes, du Conseil National, de la Garde, de la Légion française des Combattants, de la Jeunesse de France et d'Outre-mer... Nombre de leurs responsables auront des comptes à rendre.

 

Ainsi, au sortir de la Guerre, les peuples qui avaient été victimes du fascisme, celles et ceux qui dans les rangs des forces armées alliées ou dans ceux des mouvements de Résistance avaient lutté pour l'abattre, pouvaient espérer, penser même que la bête immonde était définitivement terrassée. La réalité la plus contemporaine nous montre qu'il n'en a pas été ainsi...

 

MAIS, HELAS...

 

    Estonie - Harald Nugiseks

Au tout début de cette année 2014, le 4 janvier, ont eu lieu dans un pays de l'Union européenne, l'Estonie, avec un incroyable cérémonial officiel, les obsèques d'Harald Nugiseks, qui fut membre d'une des organisations qualifiées de criminelles par le Tribunal de Nuremberg, la SS, en l'occurrence de son unité à recrutement estonien appelée 20-Waffen-Grenadier-Division der SS (estnische Nr.1). Précédé par un officier de l'armée estonienne, présentant les décorations du défunt avec au centre la Croix de Chevalier de la Croix de fer, une haute distinction militaire nazie qui fut attribuée à l'unterscharführer SS estonien le 14 avril 1944, le cercueil de Nugiseks, porté par d'autres officiers, fut salué par un détachement des différentes armes de l'armée estonienne qui tirèrent une salve d'honneur. Nugiseks avait été, pour «services rendus à son pays», fait capitaine de l'armée estonienne en 1992 au lendemain du retour de l'Estonie à l'indépendance en août 1991, et reçu le 20 octobre 2008 la «Médaille de la Reconnaissance du Peuple estonien».

les obsèques d'Harald Nugiseks

Qu'ont pu penser de ces honneurs et distinctions décernés en 2014 à un ancien SS les survivants - ou parents - des anciens partisans soviétiques estoniens qui combattirent les nazis et leurs collaborateurs locaux, les rescapés et parents des Juifs estoniens restés dans le pays au moment de la conquête allemande et qui furent presqu'en totalité assassinés dès la fin 1941 par les nazis, avec le concours des fascistes estoniens, faisant ainsi de l'Estonie selon la terminologie nazie le premier territoire Judenfrei, «sans Juifs».

 

Judenfrei, «sans Juifs».

 

France - Front National

Dans notre pays, la France, le 25 mai dernier, un parti, le Front National, qui lors de sa création en 1972 intégra dans son Conseil National, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, Président, deux anciens Waffen-SS français, Léon Gaultier et Pierre Bousquet, l'ancien milicien François Brigneau, Victor Barthélémy, cofondateur de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme et Secrétaire général du Parti Populaire Français, le PPF de Doriot, qui sera secrétaire général du FN entre 1972 et 1978, Roland Gaucher, dont il fera un conseiller régional, un député européen entre 1986 et 1989, et qui était un ancien des Jeunesses du Rassemblement National Populaire, le RNP de Marcel Déat, un parti de la collaboration, le Front National, dont le président - aujourd'hui d'«honneur» si l'on peut dire, Jean-Marie Le Pen, osa dire que les chambres à gaz étaient un «point de détail de l'histoire», que l'Occupation nazie en France, «n'avait pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures...», un parti - le Front National - dont l'actuelle présidente, Marine Le Pen, s'affiche à travers l'Europe aux côtés de leaders des partis d'extrême-droite, et va valser à Vienne dans le bal annuel organisé par des nostalgiques du 3e Reich, est devenu, avec près de 25 % des voix, celui qui lors des dernières élections européennes s'est hissé au premier rang en France.

Jean-Marie Le Pen

Léon Gauthier

 Pierre Bousquet

François Brigneau

Victor Barthélémy
 

Doriot

Roland Gaucher

Marcel Déat

Marine Le Pen

      On devine aisément ce qu'a pu être à l'annonce de ce résultat le sentiment des anciens déportés - et des parents de ceux qui y trouvèrent la mort - pour qui les camps de concentration avec leurs chambres à gaz et crématoires n'ont pas été un «détail» de l'Histoire ou le prétexte à un sinistre jeu de mots, celui des fils et filles de fusillés et massacrés par la Wehrmacht et la SS pour qui l'occupation de la France ne saurait être présentée comme douce, celui des anciennes Résistantes et anciens Résistants qui ont cru en 1945, après avoir risqué leur vie dans le combat pour la libération de la France, en avoir fini avec les idéologies racistes et liberticides.. Et des sondages récents évoquent un cas de figure envisageant lors de la prochaine élection présidentielle de 2017 la possible victoire de Marine Le Pen !

 

Grèce - Manolis Glézos

Le 1 er juillet 2014, il y a à peine plus de trois mois, s'ouvrait à Strasbourg la première session de la 8e législature du Parlement européen, élu le 25 mai précédent dans les divers pays composant l'Union Européenne. Le doyen d'âge de cette première session a été un Grec, âgé de près de 92 ans, Manolis Glézos, dont le nom est très probablement inconnu aujourd'hui de la grande majorité de nos concitoyens mais qui ne l'était pas du Général de Gaulle, car celui-ci s'adressa personnellement en 1949 au Gouvernement grec d'alors - pro-américain et qui rassemblait des monarchistes, des ultraconservateurs et des rescapés de la collaboration - pour qu'il n'exécute pas celui que le général qualifia de «premier Résistant d'Europe».

Car Manolis Glézos était sous le coup d'une troisième condamnation à mort, la précédente, datant de 1948 - elle aussi liée à sa participation lors de la guerre civile à l'Armée démocratique issue de la Résistance - ayant de plus, selon ses «juges» de 1949, été motivée par le fait d'avoir «augmenté les difficultés du peuple grec» par son geste de 1941...

Ce geste de 1941, qui lui est alors reproché, lui avait valu sa première condamnation à mort - par contumace de la part des nazis - et date précisément de la nuit du 30 mai 1941 à Athènes, où les Allemands, entrés dans la capitale grecque le 27 avril précédent, avaient hissé sur le toit du Parthénon, au sommet de l'Acropole, le drapeau nazi, symbole de leur victoire et de leur domination sur une ville et un pays qui furent le berceau de la démocratie.

Mais, le 31 mai 1941 au matin, les Athéniens purent constater que le drapeau nazi avait disparu et été remplacé par le drapeau grec flottant à nouveau au sommet de l'Acropole : dans la nuit, Manolis Glézos, alors âgé de 19 ans, et son ami Apostolos (La­kis) Sandas, âgé de 25 ans, avaient gagné par un escalier antique le sommet de l'Acropole puis le toit du Parthénon, substituant à l'emblème qui le souillait le drapeau national. Un geste qui eut un retentissement dépassant les murs de la ville et les frontières de la Grèce.

Manolis Glézos

Gracié, libéré en 1954, Manolis Glézos fut à nouveau arrêté en 1958 et emprisonné jusqu'en 1962, puis à nouveau incarcéré de 1967 à 1971 par le régime fasciste «des colonels», avant de connaître trois ans d'exil et de pouvoir rentrer en 1974 en Grèce ; où il n'a cessé jusqu'à nos jours de poursuivre son combat antifasciste et démocratique.

Probablement seul ancien Résistant au nazisme présent au sein du Parlement européen, Manolis Glezos a dû croiser le 1 er juillet dernier dans les couloirs et l'hémicycle du Parlement de Strasbourg trois élus du parti néonazi «Aube Dorée», membres de la représentation grecque... Sans parler de l'élu néonazi du NPD allemand et de quelques autres s'y apparentant.

Qu'a pu ressentir Manolis Glezos en étant obligé d'avoir à côtoyer - plus de 70 ans après son geste héroïque entré dans l'Histoire - des hommes s'inspirant sans pudeur de l'idéologie de ceux qui le condamnèrent à mort et qui martyrisèrent le peuple grec ?

 

Hongrie

En Hongrie, pays de l'Union Européenne, a été inaugurée à Budapest il y a onze mois, le 3 novembre 2013, une statue de l'amiral Horthy, le dictateur fasciste du pays, qui fut l'allié d'Hitler en participant à ses agressions contre la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et l'Union Soviétique et contribua au génocide de plus d'un demi-million de Juifs hongrois.

02/11/2013 Inauguration de la statue de l'amiral Horthy

La cérémonie avait été organisée par le parti néofasciste Jobbik qui, ayant obtenu 20,54 % des suffrages aux élections du 6 avril 2014, dispose aujourd'hui de 23 députés au Parlement hongrois et depuis le 25 mai dernier de 3 députés au Parlement européen ; le Jobbik, dont l'un des dirigeants, Marton Gyongosi, demandait en 2012 l'établissement d'une liste de citoyens d'ascendance juive... Précédemment, en avril de cette même année 2012, la place de la Liberté à Gyômrô, localité près de l'aéroport de la capitale, avait été rebaptisée «place Horthy»... Tandis qu'une fête, patronnée par des membres du parti Fidesz de l'actuel Premier ministre, Viktor Orban, était organisée à Budapest pour récolter des fonds pour une statue équestre de l'amiral.

Marton Gyongosi

 Viktor Orban

 

Slovaquie - Roumanie

En Slovaquie et en Roumanie, pays de l'Union européenne, des voix s'élèvent pour rendre hommage aux dictateurs Tiso et Antonesco, dont les régimes prirent part à la guerre contre l'URSS et au génocide des Juifs. En Lettonie, autre pays de l'Union européenne, où de juin 1941 à 1945, 70 000 Juifs lettons et 2 000 Tsiganes furent exterminés avec le concours de collaborateurs locaux, une marche annuelle rassemble, le 16 mars à Riga, d'anciens membres lettons des 15e («Lettland») et 19e («Lettische n°2») divisions de Waffen-Grenadier SS ; auxquels l'actuel chef de l'État letton, Andris Berzins, a appelé à «rendre hommage», «cette tradition ne doit pas être ignorée» a-t-il ajouté.

Josef Tiso

M. Antonesco

Andris Berzins

 

Italie - Berlusconi

Au début de l'an dernier, le 27 janvier 2013 en Italie voisine, Berlusconi, Président du Conseil à trois reprises, dont la dernière fois de mai 2008 à novembre 2011, n'a pas hésité à dire que Mussolini «a fait de bonnes choses dans tant de domaines», faisant en quelque sorte écho au défunt politicien autrichien Jorg Haider qui vanta la «politique de l'emploi de Hitler».

Berlusconi

Mussolini

Jorg Haider

 

Belgique - Pays-Bas - Danemark - Norvège

En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, des formations politiques xénophobes - dont certaines des racines remontent aux partis collaborateurs de l'occupant - ont obtenu lors des récents scrutins des scores qui en font désormais des acteurs notables de la vie politique de leurs pays et donc de l'Europe.

Une question doit tarauder les anciens combattants de la Résistance contre le fascisme, les rescapés des camps de concentration, les familles de celles et ceux qui furent les victimes de la barbarie fasciste et nazie : comment tout cela est-il possible en 2014 ? C'est là une question qui doit tous - quelle que soit notre génération - nous interpeller !

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LE FASCISME N'A PAS ETE TOTALEMENT ERADIQUE EN 1945

Tout d'abord, bien que par leur écrasement militaire soient disparus les principaux régimes fascistes, l'éradication du fascisme, contrairement à ce que l'on a pu penser alors, n'a pas été totale en 1945...

 

Espagne - Franco

En Europe, Franco, arrivé au pouvoir après un soulèvement militaire en 1936 contre la République, victorieux en 1939 en ayant reçu l'aide militaire directe et massive d'Hitler et de Mussolini, a instauré en Espagne une dictature sanglante : selon les chiffres obtenus par le Consul de Grande-Bretagne à Malaga, les franquistes auront entre septembre 1937 et août 1944 exécuté dans la ville et ses environs plus de 19 000 personnes... A la fin 1944, ce sont plus de 100 000 Républicains qui auront déjà été assassinés. Des centaines de milliers d'autres sont internés, pour de longues années et dans de très dures conditions, dans quelques 180 camps ; dont l'un des plus connus fut celui de Miranda del Ebro, car y furent internés nombre de Français fuyant la France occupée et tentant de rejoindre l'Angleterre puis l'Afrique du Nord à travers l'Espagne

 

Camp de Miranda del Ebro

 

Pendant la guerre, Franco envoya une division de 17 000 hommes officiellement «volontaires», la division «Azul», combattre - intégrée à la Wehrmacht - sur le front est, participant notamment au siège de Leningrad ; au total, 50 000 Espagnols auront combattu entre octobre 1941 et 1943 dans ses rangs. Mais, le Caudillo aura l'habileté de ne pas céder aux demandes d'Hitler d'entrer en guerre contre les Alliés occidentaux, notamment en s'attaquant à Gibraltar, et de se positionner dans la «non-belligérance».

A l'automne 1944, la libération de la France étant - à l'exception du Nord-Est et des Poches de l'Atlantique - pour l'essentiel achevée, plusieurs milliers de guérilleros républicains espagnols qui y ont pris une part active, dans le Sud-Ouest, le Centre et les Alpes notamment, rassemblés dans l'Union Nacional Espa­(iota, l'U.N.E., vont tenter entre le 3 et le 27 octobre de pénétrer en Espagne à travers les Pyrénées, et d'installer dans le Val d'Aran un gouvernement démocratique espagnol, espérant l'appui d'un soulèvement populaire dans le Pays ; celui-ci, dans le contexte de quadrillage militaire et policier de l'Espagne par ailleurs traumatisée par la guerre civile et la répression qui s'ensuivit, n'aura pas lieu et, ne recevant aucun appui des Alliés, l'Operaciôn Reconquista de Esparia échouera ; les Guérilleros étant ultérieurement désarmés en France.

Operaciôn Reconquista de Esparia

L'Espagne ne sera pas intégrée à l'OTAN - cela n'interviendra qu'en 1982 - mais, par l'intermédiaire d'un accord bilatéral dès septembre 1953 avec les Etats-Unis, qui installent quatre bases militaires dans le pays, elle sera associée au système de défense occidental. Ainsi, le compère d''Hitler et Mussolini, Franco restera encore en place avec la complaisance des pays occidentaux jusqu'en 1975.

Pendant cette période, son régime criminel continuera à tuer encore à de nombreuses reprises, de Cristino Garcia, colonel FFI qui participa à la libération de l'Ardèche, du Gard, de la Lozère, et à celle de Nîmes, exécuté le 22 février 1946 avec plusieurs autres antifascistes rentrés en Espagne, à Julian Grimau, dirigeant du Parti communiste clandestin fusillé le 20 avril 1963, et à Salvador Puig i Antich, anarchiste catalan étranglé par garrot le 2 mars 1974.

 

Cristino Garcia

Julian Grimau

Puig i Antich

 

 

Exécution de Puig i Antich

 

Portugal - Salazar

Au Portugal voisin, Salazar, qui a pris le pouvoir en 1933, y a installé un régime inspiré du fascisme mussolinien, l'Estado Novo, s'appuyant sur l'Eglise, un parti unique : l'Union Nationale, et une police politique : la Polfcia de Vigilância e Defesa do Estado (PVDE), créée en 1933 et qui - ayant pris en 1945 le nom de PIDE - assurera sa triste besogne jusqu'à la «Révolution des œillets» du 25 avril 1974. Durant la Guerre civile espagnole, Salazar ouvrit ses ports et ses frontières au transit d'armes allemandes et italiennes à destination des troupes franquistes, leur apportant ainsi une aide décisive ; de plus, plusieurs milliers de «volontaires portugais» - les «Viriatos» - furent envoyés combattre dans les rangs franquistes.

Polfcia de Vigilância e Defesa do Estado (PVDE)

 

Pendant la Guerre, le Portugal adopta tout d'abord une position de neutralité qui s'infléchira quand il apparut que le sort des armes penchait en faveur des Alliés, ayant débarqué en Afrique du Nord en novembre 19'42. Ainsi, cela conduira Salazar à permettre en août 1943 l'installation d'une base militaire alliée aux Açores afin de surveiller l'Atlantique dans la lutte contre les sous-marins allemands, sans pour autant le dissuader d'envoyer à Berlin le 4 mai 1945 un télégramme de condoléances pour la mort d'Hitler, de faire mettre les drapeaux en berne et de décréter une demi-journée de deuil national.

Quatre ans plus tard, le Portugal, dont le régime fasciste restera en place encore près de trente ans, sera le 4 avril 1949 - avec notamment la France - un des membres fondateurs de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, l'OTAN, censée assurer la défense de l'auto-désigné «Monde libre» face à l'Union Soviétique et aux «démocraties - dites - populaires» d'Europe de l'Est Japon - Empereur Hiro-Hito

 

Extrême-Orient, Japon - Hiro-Hito

En Extrême-Orient, l'Empereur Hiro-Hito, clé de voute du système militaro-fasciste nippon et à ce titre principal responsable de ses crimes en Chine, en Malaisie, en Birmanie, en Indochine, en actuelle Indonésie et aux Philippines, ne sera pas inquiété ; ni même officiellement mis en cause. Il mourra empereur dans son lit le 7 janvier 1989...

                                                                              

Tribunal de Tokio

Empereur Hiro-Hito

    

  Croatie - Ante Pavelic

Par ailleurs, tous les dirigeants des régimes et partis fascistes européens, associés aux agressions et crimes du 3e Reich n'ont pas eu à en répondre. Ainsi Ante Pavelic, le Poglavnik (duce, füh­rer...) de l'Etat croate fantoche, dont les camps de concentration où furent envoyés Juifs, Tziganes, Serbes, antifascistes - plus de 500 000 y furent assassinés - furent semblables aux camps nazis, échappa à l'arrestation en 1945 et, avec la complicité de secteurs de l'Eglise catholique qui avait durant la Guerre été le bénéficiaire de ses attentions, réussit via l'Italie à gagner l'Argentine, où le dictateur Péron fut accueillant ; blessé en 1957 lors de deux attentats commandités par les services secrets yougoslaves, il se réfugia en... Espagne franquiste où il mourut à Madrid en 1959.

Ante Pavelic

Juan et eva Peron

 

Hongrie - Myklos Horthy  

         L'amiral Myklos Horthy, le dictateur hongrois de 1920 à 1944, fut capturé en 1945 en Bavière par les Américains, qui refusèrent de le livrer à la justice yougoslave où à celle de la Hongrie nouvelle : réfugié au Portugal de Salazar, il y mourut libre à 89 ans en 1957. Ses restes ont été rapatriés en 1993 en Hongrie.                                                                                               

                                                                                                                                                  Amiral Myklos Horthy  

 

Belgique -  Léon Degrelle

Leader du parti fasciste belge Rex, Léon Degrelle, Obers­turmbannführer de la 28e division SS «Wallonie», fait par les occupants nazis «Volksführer der Wallonen» («Chef du peuple wallon»), réussit à la fin de la guerre à gagner - par voie aérienne depuis la Norvège - l'Espagne franquiste, dont il obtiendra en 1954 la nationalité. Degrelle, condamné à mort par contumace en Belgique, sera une référence pour l'extrême-droite européenne ; Il évoquera sa proximité avec le Front National français, son amitié et son admiration à l'égard de Jean-Marie Le Pen, lequel le qualifiera de «Monument de la Seconde Guerre mondiale et [de] personnage historique tout à fait extraordinaire». Degrelle - qui avait participé à la veillée funèbre de Franco en novembre 1975 - décéda le 31 mars 1994 à Malaga.

 

Léon Degrelle

 

Espagne - Louis Darquier de Pellepoix

L'Espagne franquiste fut aussi le refuge de Louis Darquier de Pellepoix, Commissaire Général aux Questions Juives du gouvernement pétainiste de mai 1942 à février 1944, condamné le 10 décembre 1947 à mort par contumace. Dans une interview à l'hebdomadaire l'Express, publiée le 28 octobre 1978, il y déclara : «à Auschwitz, on a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux.» Ce triste personnage mourra en liberté, à Malaga le 29 août 1980.

Louis Darquier de Pellepoix

 

Allemagne et Italie - Marcel Déat

Chef du Rassemblement National Populaire (RNP), l'un des deux principaux partis de la collaboration, Marcel Déat, ministre du Travail dans le gouvernement de Laval à Vichy et dans la Commission gouvernementale française - le «gouvernement» en exil pétainiste - repliée à Sigmaringen, quittera l'Allemagne en avril 1945 pour le Nord de l'Italie, y trouvant refuge dans une institution religieuse. Condamné à mort par contumace en France à la Libération, il finira ses jours dans son exil italien le 5 juillet 1955.

Marcel Déat

 

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DES COMPLICITÉS...

Pour échapper au châtiment qui les menaçait, ces hauts dignitaires des régimes fascistes mais aussi des centaines voire des milliers de leurs subordonnés - anciens SS, Commandants et gardiens de camps de concentration, «médecins» nazis, etc. -vont bénéficier des derniers moyens d'Etat du Reich - aériens, sous-marins, financiers - à leur disposition. Et de complicités, telle celle de la filière - mise en place sous la houlette de l'évêque autrichien Alois Hudal ou du prêtre croate Krunoslav Draganovic en poste au Vatican - des monastères du nord de l'Italie utilisée par des Croates, des Hongrois, des Autrichiens, parfois déguisés en prêtres, pour gagner le port de Gênes, porte de l'Amérique du Sud. Nombre d'entre eux trouveront refuge au Brésil, où s'établit Franz Stangl, le commandant du camp de Treblinka, au Chili, au Paraguay du dictateur Stroessner, en Argentine comme Josef Mengele ou Adolf Eichmann, en Bolivie comme Klaus Barbie, les dictateurs sud-américains, qui dirigèrent quasiment du début des années 1950 à la fin des années 1980 tous les pays d'Amérique latine, utilisant souvent leurs compétences en matière de répression, et ce au su de leurs mentors nord-américains.

Alois Hudal

Krunoslav Draganovic

Franz Stangl

Stroessner

Josef Mengele

Adolf Eichmann

Klaus Barbie

D'autres, comme Alois Brunner, le commandant nazi du camp de Drancy figurant sur la liste n°1 des criminels de guerre, condamné à mort en France en 1954 par contumace, gagneront le Proche-Orient, leur antisémitisme y trouvant un prolongement dans le conflit avec Israël ; en Syrie, où Brunner deviendra en 1971 conseiller en techniques de torture des services secrets du président Hafez el-Assad, le père de l'actuel dirigeant de Damas, en Irak ou en Egypte.

Alois Brunner

camp de Drancy

Hafez el-Assad

Outre la filière des monastères catholiques italiens, les fugitifs utilisèrent aussi des réseaux d'exfiltration mis au point avec des fonds nazis collectés avant ou après la défaite du Reich, que l'écrivain britannique Frédéric Forsith rendit célèbres sous le nom littéraire d'ODESSA (Organisation des anciens SS) et qui furent une réalité connue depuis sous le nom évocateur de Rattenlienen (Radines en anglais) ; les «routes des rats»... quittant le navire... L'un d'entre eux, Die Spinne («l'Araignée»), établi sous la direction de l'ancien général SS Otto Skorzeny et qui permit à plus de 600 SS de quitter clandestinement l'Allemagne et l'Autriche et de s'exiler, bénéficia du concours du général Richard Gehlen, ancien chef du «service de renseignement sur les armées étrangères de l'Est» (Abtellung Fremde Heere Ost ou FHO), qui recruta plusieurs dizaines de milliers d'hommes parmi les prisonniers soviétiques pour l'Armée Vlassov, supplétive russe de la Wehrmacht nazie.

La défaite allemande consommée, Gehlen, qui précautionneusement a mis en lieu sûr les archives de son service, va les proposer ainsi que son savoir-faire et ce qui reste de ses réseaux à l'Est aux Alliés occidentaux ; une proposition qui va rencontrer l'écoute de leurs services secrets à l'heure où s'amorce la «Guerre froide» entre les Pays occidentaux, avec à leur tête les Etats-Unis, et les Pays d'Europe centrale et Orientale conduits par l'Union Soviétique, que rejoindra en 1949 la Chine populaire.

War Department Identity Card issued to “Hans Holbein,” the   cover name of Major General Reinhard Gehlen

La «guerre froide», qui deviendra parfois chaude en menaçant la Paix mondiale comme en Corée de juin 1950 à juillet 1953, en Indochine de 1946 à 1954, au Vietnam de 1955 à 1975, va faire appel dans le combat contre le communisme à d'anciens membres des forces armées du 3° Reich, à d'anciens collaborateurs des nazis dans les pays occupés ; y compris ceux impliqués dans leurs crimes tel le génocide des Juifs.

Ainsi, en Albanie, devenue démocratie populaire, en Biélorussie et Ukraine soviétiques, dans les Pays Baltes réintégrés à l'URSS, ravitaillés en armes par des parachutages organisés par les services secrets américains (C.I.A.) britanniques (M.l.6) et suédois, des maquis formés par des nationalistes anticommunistes, dont des rescapés des formations SS levées dans ces pays et ayant participé aux crimes contre les Juifs, les Polonais et les Tziganes, combattront les régimes communistes, parfois jusqu'au milieu des années cinquante, tels les «Frères de la forêt» des Pays baltes.

A Munich, en zone américaine d'occupation en Allemagne, «Radio-Europe Libre», financée par le canal de la CIA, fera appel pour ses émissions de propagande à destination des pays de l'Est aux rescapés de la collaboration avec les nazis. Stepan Bandera, nationaliste ukrainien, fondateur de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), ainsi que de la Légion ukrainienne qui combattit aux côtés des Allemands et participa à des Pogromes anti-juifs et anti-Polonais, mourut à Munich en octobre 1959. L'Ukraine indépendante en a fait un «héros de l'Ukraine», un timbre à son effigie a été édité, une statue lui a été érigée à Lviv, en Ukraine Occidentale...

Pour mener à bien ces actions, les Occidentaux feront appel aux compétences de Gehlen qui, avec l'accord des services américains (OSS), montera - en faisant appel initialement à 350 anciens agents nazis - un service secret, l'«Organisation Gehlen», lequel deviendra en 1956 le Service fédéral de renseignement ouest-allemand - le BND - dont, promu lieutenant-général de la Bundeswehr, il deviendra le premier Directeur.

    En Indochine, pour mener de 1946 à 1954 sa lutte contre Ho-chi-Minh et les communistes du Vietminh, la France fera notamment appel au lendemain de la guerre à entre 20 000 et 30 000 anciens de la Wehrmacht recrutés pour la Légion étrangère parmi les prisonniers allemands, dont deux à trois mille anciens Waffen-S.S.

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EPURATION INCOMPLETE ET PROVISOIRE

La Guerre froide aura aussi dans les pays d'Europe occidentale pour conséquence le ralentissement puis l'arrêt de l'épuration des anciens collaborateurs des occupants, parallèlement à des politiques de réduction de peines de ceux déjà condamnés ; avant des mesures d'amnistie qui réinséreront nombre d'entre eux dans la vie sociale, économique et politique de ces pays.

Ces dernières années se sont multipliés en France les ouvrages de journalistes ou d'historiens, professionnels ou non, tant sur le plan national que local, qui remettent en cause les mesures d'épuration ; plus particulièrement ce qui est appelé «l'épuration sauvage», c'est-à-dire extrajudiciaire, le plus souvent intervenue dans les semaines ayant précédé la Libération et les jours l'ayant suivie, en avançant la notion d'«exécution sommaire».

 

Y a-t-il pu avoir dans cette période des exécutions dites «sommaires» de collaborateurs, c'est-à-dire sans instruction préalable, présence d'avocats, de jury, de juges, de prononcé de jugement après délibéré... ? Sans aucun doute. Pour autant - dès lors que la peine de mort était alors admise par la société et pratiquée par les institutions - ont-elles, au regard des critères, des faits incriminés et du contexte de l'époque, été des exécutions injustifiées ?

Et puis, n'oublions pas qu'à la veille de la Libération les institutions judiciaires et policières officielles avaient été et étaient depuis quatre ans - même s'il y eut en leur sein des Résistants - des auxiliaires de l'occupant et de l'administration pétainiste dans la répression des patriotes, de la Résistance ; une répression s'étant traduite par des dizaines de milliers de déportations «sommaires», d'exécutions...

Dans cette période de la Libération, initiée par le débarquement de Normandie et qu'accompagna l'insurrection nationale, vont se déliter des Pouvoirs publics - police, justice, administrations - compromis dans la Collaboration, la chape de plomb qui avait pesé sur la France et les Français quatre ans durant se fissurant avant d'exploser, au terme de plusieurs mois de combats incertains avant que le succès du débarquement ne soit acquis par l'issue victorieuse de la bataille de Normandie.

Ces événements se situent principalement durant ces mois lors desquels la Résistance-qui ne pouvait posséder ni appareil judiciaire structuré, ni n'avait à sa disposition le temps pouvant être long de l'enquête de justice, ni prison où enfermer des condamnés - s'affronta violemment à la Milice et aux autres forces de répression, dans ce contexte d'explosion de l'appareil de l'Etat français qui avait trouvé des appuis et des complices parmi les notables et dans certains secteurs de la population, des délateurs renseignant les forces de répression.

Des chiffres extravagants - mais pas innocents - concernant cette épuration extrajudiciaire furent avancés dès la Libération : un journaliste américain alla même jusqu'à évoquer en avril 1946 sous le titre «Bain de sang en France» 50 000 exécutions dans le seul Sud-Ouest ! Plus sérieusement, le Comité d'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale lança en 1967 une enquête d'évaluation département par département des épurations judicaire et extrajudiciaire. Concernant cette dernière, les statistiques de cette étude - portant sur 84 départements - ont été publiées en 1992 dans le n°33 de la revue Vingtième siècle par l'historien Henry Rousso, établissant un chiffre de 8 775 exécutions, que ce soit avant ou durant la Libération ; c'est-à-dire dans une période de combat intense entre les Résistants et les forces de répression, notamment la Milice, qui n'hésita pas à mener une politique de terreur contre les populations.

Peut-il y avoir eu parfois des erreurs, des châtiments disproportionnés par rapport à la faute ? Est-il concevable, dans ce contexte historique de violence de la fin du printemps et de l'été 1944, qu'il ait pu ne pas y en avoir eu ? Pour autant, cela ne saurait caractériser la Libération ; et focaliser dans des articles, des livres ou des émissions de radio ou de télévision sur ces aspects n'aide pas à comprendre ce que représenta la Libération pour le peuple français et la part qu'il y prit, en donne une image faussée, confinant parfois au négationnisme en exonérant ou excusant de leurs actes des collaborateurs tout en jetant l'opprobre sur des Résistants.

En ces temps de son 70e anniversaire, évoquer la Libération ne saurait se résumer à telle ou telle erreur, à tel ou tel fait que l'on peut regretter tout en comprenant les raisons qui l'ont à l'époque généré, pas plus qu'elle ne saurait être illustrée jusque dans des manuels scolaires par des photos de femmes tondues pour avoir eu des relations intimes de différente nature - vénales ou amoureuses - avec des soldats allemands, intolérables pour le corps social de l'époque traumatisé par l'absence des prisonniers, les privations, la répression, les déportations, les exécutions ; et c'est faire là aussi abstraction du contexte, notamment de la place de la femme dans la société, fort différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.

Quant à l'épuration légale, celle des Cours de justice et des tribunaux rétablis après la Libération, elle fut - n'en déplaise à certains - plus clémente en France que dans les autres pays d'Europe occidentale, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norvège, où la peine de mort avait été rétablie pour la circonstance.

D'après un bilan définitif officiel au 31 janvier 1951, les cours de justice - établies par une ordonnance du GPRF en date du 26 juin 1944 - statuèrent sur le cas de 55 331 personnes, prononçant 6 763 peines de mort dont 3 910 par contumace. Seulement 767 des peines prononcées en présence de l'accusé seront exécutées, les 2 086 autres étant commuées.

Il y eut 13 339 peines de travaux forcés (dont 2 702 à perpétuité), 11 112 d'entre elles ayant été prononcées par contumace..., plus de 2000 peines de réclusion criminelle, 22 883 peines de prison. Mentionnons aussi plus de 50 000 peines de dégradation nationale à vie ou à terme, 3 184 personnes condamnées en étant immédiatement relevées pour «faits de Résistance». Ainsi, André Parmentier qui, Préfet de Rouen, ordonna le 12 janvier 1943, à la demande des Allemands, l'arrestation des Juifs du département, et qui fut nommé en 1943 Directeur général de la police et secrétaire général du ministère de l'Intérieur du régime pétainiste, condamné à 5 ans d'indignité nationale le ter juillet 1949 fut immédiatement relevé de sa condamnation pour «fait de Résistance» ; ce sera le dernier procès.

 

L'épuration dans les PTT

Une semaine plus tôt, le 23 juin 1949, la Haute Cour de Justice - créée le 18 novembre 1944 pour juger les crimes et délits commis dans l'exercice leur fonction par des responsables gouvernementaux ou des hauts fonctionnaires - qui avait condamné à 5 ans de dégradation nationale le Secrétaire général à la Police du Régime pétainiste, René Bousquet, l'avait immédiatement relevé de la peine pour... «faits de Résistance». Pour des «raisons» identiques, Maurice Papon, secrétaire général de la Préfecture de la Gironde, qui participa à la déportation des Juifs de son département, ne fut pas poursuivi...

 

 

La Haute Cour de Justice instruisit 108 dossiers de hauts dignitaires du Régime pétainiste dont bon nombre par contumace, les inculpés étant en fuite. Elle prononça 18 condamnations à mort dont 10 par contumace, 3 seulement furent exécutées -Laval, Darnand et de Brinon - et 5 commuées, dont celle de Pétain. Il y eut 8 peines de travaux forcés, dont 6 à temps et 2 à perpétuité, 14 peines de prison, dont 13 à temps (dont celle de Xavier Vallat, ancien «Commissaire général aux questions juives» et artisan de la politique antisémite du régime pétainiste...) et 1 à perpétuité (l'amiral Esteva, ancien Résident général en Tunisie, resté fidèle à Pétain et qui mit des bases françaises à la disposition des Allemands), 15 peines de dégradation nationale, comme peine principale, dont 7 seront suspendues pour «fait de résistance». Enfin, la Haute Cour de Justice prononça 3 acquittements et 42 non-lieux, soit près de la moitié des dossiers instruits. Ainsi, là encore, l'épuration aura été moins importante en France que dans les autres pays européens...

De plus, les condamnations à l'emprisonnement - y compris celles à perpétuité - ne furent pas pérennes, si l'on excepte quelques condamnés très âgés ou malades qui moururent assez rapidement en détention, tel Pétain en 1951. Xavier Vallat, condamné en 1947 à dix ans d'emprisonnement et à l'indignité nationale à vie, est libéré en décembre 1949 et... amnistié en 1954 ; l'ex-amiral Esteva, condamné le 15 mars 1945 à la prison à perpétuité, sera gracié dès le 11 août... 1950.

Ainsi, si l'on rapporte le nombre de peines de prison, réclusion criminelle et travaux forcés prononcées pour faits de collaboration en France à sa population, soit environ 38 000 peines pour 40 millions d'habitants, on constate que seulement 94 Français pour 100 000 furent emprisonnés à ce titre, contre -selon le même ratio et pour la même raison - 374 Danois, 419 Néerlandais, 596 Belges et 633 Norvégiens.

Enfin, des lois d'amnistie seront, Vincent Auriol étant Président de la République, adoptées en août 1947 (en faveur des «simples» propagandistes de la Révolution Nationale), en janvier 1951 («portant amnistie, instituant un régime de libération anticipée, limitant les effets de la dégradation nationale», ce qui permet aux condamnés à cette peine de pouvoir redevenir curateur, faire partie d'un conseil de famille, d'avoir des responsabilités dans un syndicat, d'être gérant ou administrateur de société, d'être directeur général ou secrétaire général d'une société de banque ou d'assurance...) et, Joseph Laniel - qui participa le 27 mai 1943 à la réunion fondatrice du CNR - étant alors à la tête du gouvernement, en août 1953: son article 19 rend de nouveau éligibles pour toutes les élections, les personnes déchues de ce droit. Les hommes politiques ayant soutenu le régime pétainiste peuvent ainsi rejouer un rôle politique, au moins au niveau local dans un premier temps.

De fait, ces lois d'amnistie - complétées par des mesures de grâce individuelle pour les quelques plus condamnés exclus des mesures d'amnistie - auront permis de réinsérer, moins de dix ans après la Libération, l'ancien personnel politique et administratif du Régime pétainiste dans la vie politique et administrative du pays, dans sa vie économique et sociale ; particulièrement choquante sera la réintégration d'un grand nombre des 5 000 policiers ayant participé à la chasse aux Résistants qui, «épurés», retrouveront pour l'essentiel leurs fonctions, grades et tableau d'avancement... Ainsi, jusque vers la fin des années 1980, dans les administrations, dans la sphère politique et médiatique, dans les milieux économiques, restèrent en place des personnes ayant été impliquées dans la collaboration et le régime pétainiste, y contribuant à la pérennisation de certains aspects de son idéologie.

Pendant cette période, alors même que des anciens collaborateurs étaient à cause de «faits de résistance» - souvent hypothétiques - relevés de leurs condamnations pour faits de collaboration attestés, plusieurs centaines d'anciens Résistants furent à travers la France inquiétés, traduits en Justice, incriminés pour des faits ressortissant de l'épuration extrajudiciaire, condamnés à des peines pouvant aller même jusqu'à la peine de mort, tels Edouard Moreau ou les frères Kabacinsky, sans que soient immédiatement invoquées pour les en relever une pourtant bien réelle action de Résistance, parfois pendant plusieurs années.

Georges Guingouin, en est une illustration exemplaire : entré en Résistance dès les débuts de l'Occupation, organisateur des premiers maquis du Limousin, commandant des FFI de Haute-Vienne à la Libération, fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle le 19 octobre 1945, Médaillé de la Résistance, il sera le 24 décembre 1953 poursuivi pour l'exécution de deux paysans par des Résistants qui auraient agi sous ses ordres. Incarcéré, battu en prison quasiment à mort, il ne sera libéré qu'après une campagne de soutien dans laquelle I'ANACR aura pris toute sa part, n'obtenant un non-lieu que le 13 novembre 1959. Des Résistants condamnés ne seront libérés qu'au milieu des années soixante...

 

 

 

 

Un processus identique aura lieu dans les autres pays d'Europe occidentale, y compris l'Allemagne : nous avons vu le rôle de Gehlen, Hans Globke, qui avait travaillé pour Adolf Eichmann au département des Affaires juives et participé à la rédaction des Lois de Nuremberg, devint le conseiller à la sécurité nationale du Chancelier Konrad Adenauer dans les années 1960 et le «lien principal avec la CIA et l'OTAN». Théodor Oberlander, qui mit au point les plans d'épuration ethnique à l'Est à l'encontre des Juifs et des Polonais dans les territoires annexés au Reich, fut de 1953 à 1960 ministre fédéral ouest-allemand des Personnes déplacées et des Réfugiés. Hans-Martin Schleyer, ancien des Jeunesses hitlériennes et de la SS, organisateur du pillage économique de la Bohême-Moravie sous l'occupation nazie, recruté par Daimler-Benz en 1951, devint dirigeant du Patronat ouest-allemand...

Alors que des antifascistes allemands seront durant la même période poursuivis - pour violences dans des rixes avec les nazes ou contre des policiers au début des années trente, exécution de peines prononcées par des juges nazis, désertion de la Wehrmacht, passage à la Résistance... - et condamnés parfois par les mêmes juges qui les avaient envoyés en prison ou en camp de concentration entre 1933 et 1939. Peter Gingold, antifasciste allemand réfugié en France, combattant de la Résistance française au sein de la Main-d'œuvre immigrée (M.0.1.) et du Travail Allemand (T.A.), délégué du «Comité Allemagne Libre pour l'Ouest» (CALPO) sur le front de Metz au sein du régiment de Fabien, rentré en Allemagne de l'Ouest en 1945, se verra - ainsi que sa famille - retirer la nationalité allemande en 1956, décision qui ne sera annulée qu'en 1972 au terme d'une longue bataille judiciaire...

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EXTREME-DROITE ET DROITE EXTREME

Fondé le 22 décembre 1945, le Parti Républicain de la Liberté (PRL), qui a à sa tête deux anciens membres du CNR, Joseph Laniel et André Mutter, rassemble en son sein des hommes de droite ayant été Résistants, et d'autres qui ne le furent pas, loin s'en faut ; il va capitaliser - faisant élire 35 élus aux législatives de juin 1946 - une bonne partie de l'électorat resté pétainiste. En 1951, le PRL se fondra dans le Centre National des Indépendants et Paysans, le CNI, qui comptera entre 1956 et 1958 Jean-Marie Le Pen parmi ses députés et d'où seront issus en 1962 les Républicains Indépendants...

Quant aux plus virulents apôtres du fascisme et de la collaboration, ils reconstitueront - à l'écart de ce processus, qui historiquement s'adresse essentiellement aux «notables» - des groupuscules néofascistes, tel le «Mouvement Jeune Nation» fondé en 1949 par Pierre Sidos. Fils de François Sidos, haut responsable de la Milice fusillé en 1946, et lui-même ancien cadet du Francisme de Marcel Bucard, l'un des partis de la Collaboration, Pierre Sidos, aujourd'hui âgé de 87 ans, emprisonné pour soutien à l'OAS à la fin de la Guerre d'Algérie, créa en 1964 le mouvement «Occident», connu pour sa violence et dont furent membres lors de leur jeunesse étudiante des hommes politiques contemporains..., puis fondera en 1968 le mouvement l'«Œuvre française», qu'il présidera jusqu'en 2011.

 

Pierre Sidos

«L'Œuvre française» a été très présente dans les manifestations du début 2013 contre le «Mariage pour tous» ; un processus de dissolution est en cours depuis le 24 juillet 2013, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, ayant notamment déclaré à son propos qu'elle était une «association qui propage une idéologie xénophobe et antisémite, des thèses racistes et négationnistes, qui exalte la Collaboration et le Régime de Vichy, et qui rend des hommages réguliers au Maréchal Pétain, à Brasillach ou à Maurras».

 

En France, comme dans tous les autres pays d'Europe occidentale, où le souvenir de l'Occupation, des compromissions avec l'Occupant et des crimes nazis est longtemps resté très présent dans les mémoires personnelles du plus grand nombre, le discours de l'extrême-droite fascisante - «radicale» dirait-on aujourd'hui - qui n'hésite pas à se référer ouvertement à Pétain, Mussolini voire Hitler, à vanter les «exploits» des Waffen-SS français voire ceux de la Milice, et à avoir un discours restant antisémite, la confinera jusqu'au début des années 1970 dans une multitude de micro-organisations affectées par des scissions motivées le plus souvent par des surenchères dans l'extrémisme et par les rivalités de «Chefs».

Toutefois, cette marginalité aura commencé à reculer à partir de 1956, quand le mouvement Poujade, né d'une révolte de commerçant contre un contrôle fiscal, obtiendra sur la base d'un discours que l'on appellerait aujourd'hui «populiste» lors des élections législatives - alors que s'amorcent des mutations économiques et sociales dont pâtiront des couches sociales entières, en premier lieu le petit commerce confronté aux premiers supermarchés - plus de 2 000 000 de voix (12%), faisant élire sous l'étiquette «Union et Fraternité Française» 52 députés ; dont Jean-Marie Le Pen.

Les guerres coloniales, en Indochine et en Algérie, ainsi que l'hostilité tant au communisme qu'au Mouvement de libération nationale, rapprocheront aussi des secteurs de l'extrême-droite avec des secteurs de la droite, tels ceux favorables à l'Algérie française : ils se retrouveront au sein de divers mouvements politiques, dans l'OAS clandestine. Le retour en France dans des circonstances traumatisantes des Européens d'Algérie donnera, pour une part et pour un temps, une base électorale notable à la droite extrême ; ce qui se concrétisera lors de l'élection présidentielle du 5 décembre 1965 avec la candidature de Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont le Directeur de campagne sera... Jean-Marie Le Pen et qui recueillera 1 260 208 voix, soit 5,2% des suffrages, arrivant en quatrième position derrière de Gaulle, Mitterrand et Lecanuet.

Fondé nous l'avons vu en 1972 sous la présidence de Le Pen, le Front National ne recueillera pour ses premières participations électorales que 1,32% aux législatives de 1973, et seulement 0,75% lors de l'élection présidentielle de 1974, consécutive au décès de Georges Pompidou. Ce n'est que dix ans plus tard, en 1984, que le Front National - avec 10,95% des voix et 10 élus - obtiendra à l'occasion des élections européennes un résultat l'établissant de manière notable dans le paysage électoral national ; ce que confirmeront en mars 1986 les élections législatives, le Front National faisant élire au scrutin proportionnel 35 députés en recueillant 2 700 000 voix (9,65%).

Les élections régionales organisées simultanément aux législatives de 1986 lui permettront de faire élire 137 conseillers et de nouer de premières alliances locales avec des formations se situant à droite de l'échiquier politique, auxquelles le FN permet d'obtenir la Présidence de 7 Régions, entrant dans l'exécutif de quatre puis six d'entre elles. Ce qui sera renouvelé lors des régionales de 1998, Charles Baur en Picardie, Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon, Bernard Hareng dans la Région Centre, Charles Millon en Rhône-Alpes et Jean-Pierre Soisson en Bourgogne acceptant de nouer des alliances avec le Front National pour se faire élire à la tête de leurs régions.

Pendant près de vingt ans, l'audience du Front National, pouvant être affectée conjoncturellement - comme en 1999 lors de la scission mégrétiste - s'enracinera peu à peu dans les réalités locales (Conseils généraux et régionaux, conseils municipaux) et nationales (14,38% à la présidentielle de 1988, 15% en 1995, 16,86% à celle de 2002 qui - véritable électrochoc - plaça Le Pen au 2e tour...).

Cette montée de l'extrême-droite n'est pas constatée qu'en France mais aussi dans quasiment tous les pays d'Europe, du Nord au sud, de l'est à l'ouest, réhabilitant parfois - souvent même - ceux qui collaborèrent avec les nazis ; la xénophobie et le racisme-anti-immigrés prenant de graves proportions, l'hostilité à l'égard de minorités ethniques ou religieuses grandissant.

Ainsi l'extrême-droite xénophobe a été associée ces dernières années au pouvoir en Italie, en Autriche, elle a été dans la majorité parlementaire aux Pays-Bas, les dernières élections grecques ont fait - dans un contexte de grave crise économique et sociale - entrer une vingtaine de députés néo-nazis du parti de l'«Aube Dorée» au parlement grec.

En Norvège, depuis les élections de septembre 2013, l'extrême-droite compte 7 ministres sur 18, la «Marine Le Pen» locale étant ministre des Finances. L'évolution de la Hongrie est des plus inquiétantes : lors des élections législatives du 6 avril dernier, le parti antisémite, anti-Roms et ultranationaliste Jobbik a recueilli, plus de 20% des voix ; quant au Fidesz, le parti du premier ministre Orban, anti-démocratique et qui a été condamné au Parlement européen pour ses atteintes à la liberté de la Presse et ses attaques contre la justice, il a obtenu 44,45% des voix.

Cette progression de l'extrême-droite est - comme dans l'entre-deux guerres mais évidemment dans un contexte concret différent - la conséquence de la crise sociale, morale. économique, politique et institutionnelle que vivent nos sociétés dans un processus de mondialisation qui affecte les modes de production et d'échanges, paupérisant de larges couches sociales dans les pays développés et y développant le chômage, jetant sur les routes périlleuses de l'émigration des populations entières de ce qu'on a appelé le Tiers-monde, ce qui suscite des craintes dans les sociétés européennes fragilisées, d'autant plus grandes qu'elles sont sciemment instrumentalisées.

Elle est aussi la conséquence de l'effondrement de ce qu'on a appelé les «Pays socialistes», qui étaient perçus - à tort ou à raison - comme une possibilité de société alternative à la société occidentale, ce qui représentait pour une part importante des populations une espérance ; la désespérance qui s'en est ensuivie étant accentuée sur le plan intérieur de chaque pays par des similitudes de politique quelles que soient les formations au pouvoir, sentiment qu'aggravent les formules de «grande coalition» ruinant l'idée d'alternance alternative, donnant du crédit aux diatribes contre le «système».

Et elle l'est aussi de l'éloignement historique d'avec la période de l'entre-deux guerres et de la guerre, la disparition qui s'accentue chaque jour de celles et ceux qui furent les témoins de la montée du fascisme, des crimes abominables que les idées qu'il professait - en premier lieu le racisme et l'hostilité contre les immigrés - ont générés, permettant aux partis démagogiques et xénophobes qui en sont les héritiers contemporains d'«oublier» leur passif historique, et d'apparaitre aux yeux de nombre de nos contemporains comme des partis neufs aux mains propres, alors qu'ils sont porteurs de vieilles idées ; des plus sales.

UN COMBAT A MENER AVEC CONSTANCE

Le combat contre ce que représente le Front National, et d'autres mouvements d'extrême-droite, c'est-à-dire le combat contre la xénophobie, le racisme, les réminiscences du pétainisme, l'esprit antidémocratique, le négationnisme historique, le néofascisme, nécessite plus que jamais que nous lui portions toute notre attention.

La vigilance doit en effet demeurer constante, et le combat doit être mené sans relâche contre les idées d'extrême-droite, qu'elles s'expriment par la bouche des Le Pen, père et fille, sous la forme relookée des «identitaires» ou de manière plus «soft» comme lors du débat sur l'identité nationale ou lors de celui sur la laïcité ; d'autant plus que Marine Le Pen n'hésite pas à brouiller les cartes, allant jusqu'à évoquer Jean Moulin alors même qu'elle est en train de tenir des propos violemment xénophobes.

Les «Identitaires», courant de l'extrême-droite dite radicale, s'appellent à Grenoble «Les maquisards du Dauphiné», ceux de Lyon «France d'Abord, les Résistants du Lyonnais», reprennent le «Chant des Partisans», cherchent à s'assimiler aux Résistants, leur rendant hommage pour s'être opposés hier à l'invasion étrangère allemande comme eux s'opposeraient aujourd'hui à ce qu'ils appellent «l'invasion étrangère'', c'est-à-dire aux immigrés. Le responsable à la communication du Front National appelle à défendre... le Programme du CNR, hommage est rendu par Marine Le Pen à de Gaulle, défenseur à la Libération de l'indépendance nationale face aux Anglo-américains, comme elle le ferait aujourd'hui à l'égard de l'Union européenne ; l'on connaît le discours...

Aujourd'hui, Marine Le Pen s'emploie à dépasser le seuil des 15 à 20% des voix que les outrances verbales de Jean-Marie Le Pen interdisaient au Front National de faire. Cette démarche - dite de «dédiabolisation» concerne à la fois la maitrise du discours, en gommant provocations et ton tonitruant, et le positionnement, en intégrant au discours frontiste des revendications de caractère social tout en continuant à stigmatiser les immigrés ; en premier les Roms, cibles privilégiées avec les musulmans des partis d'extrême-droite dans toute l'Europe. Une démarche de dédiabolisation qui est aussi celle des partis d'extrême-droite participant au pouvoir ou pensant se trouver à sa porte : en Norvège, au Danemark, aux Pays-Bas, en Belgique, en Autriche, en Italie, en Grande-Bretagne...

Un gros travail d'explication et de clarification est donc à faire pour démasquer la tartufferie de ceux qui n'hésitent pas à se servir des mots de la Résistance pour en trahir l'esprit, pour éconduire toute sollicitation à joindre nos noms, notre nom sur des textes pouvant permettre - comme ce fut le cas lors du débat sur la constitution européenne - de fâcheuses confusions. Et aussi être vigilants contre tout entrisme dans nos rangs, ce qui, dans le contexte où un électeur sur quatre ou cinq l'est potentiellement du FN, où un électeur sur trois déclare en partager les idées, est une éventualité qu'on ne peut écarter.

Nous devons lutter contre l'acceptation du négationnisme fut-il soft, comme dans ces émissions de télévision ou ces livres d'historiens locaux qui, sous couvert d'«objectivité» que permettrait le recul du temps écoulé, présentent les faits d'il y a soixante-dix ans en les décontextualisant, induisant une fausse symétrie entre l'action de la Résistance et celle des forces de répression du Régime pétainiste.

Il en va de même de la rhétorique mise en œuvre lors des débats de la dernière campagne présidentielle et qui continue depuis, à savoir l'inadmissible parallèle fait entre le Front National, porté sur les fonts baptismaux notamment par des anciens Waffen SS et membre de la Milice qui fusilla des Résistants, et qui a ainsi dans son héritage des fusilleurs, et le Front de Gauche, dont les formations qui le composent sont - quel que soit l'accord ou le désaccord que l'on puisse avoir avec elles - héritières, avec d'autres, des fusillés de la Résistance ; une rhétorique qui participe elle aussi à la falsification de l'Histoire.

Nous devons aussi mettre en garde contre tous les glissements estompant la frontière qui doit clairement exister entre les idées démocratiques et les idées liberticides, en étant vigilants à l'égard de toute contamination de la vie publique par ces idées - notamment dans les domaines de la sécurité et de l'immigration - qui diffusent dans des formations politiques au-delà de l'extrême-droite et dans la société. Nous avons là encore l'expérience de la campagne du second tour de la dernière élection présidentielle de 2012, qui avait pris à cet égard une tonalité des plus inquiétantes : n'a-t-on pas entendu le ministre de la Défense d'alors, Gérard Longuet, dire que Marine Le Pen était une interlocutrice possible ! N'a-t-on pas entendu dire que le Front National était un parti républicain, avec lequel des valeurs communes étaient partagées.

C'est dire l'importance de ce combat antifasciste qu'est la transmission de la mémoire aux générations contemporaines et futures de ce que fut la réalité du fascisme au pouvoir, de ce à quoi conduisirent les idées xénophobes qui se répandirent entre les deux guerres et les mesures liberticides qui les accompagnèrent, car cela est essentiel pour aider à clarifier les enjeux du présent, pour faire échec à ceux qui aujourd'hui essaient de les masquer en falsifiant ce que furent ceux du passé.

C'est dire aussi que cette clarification des enjeux implique de garder aux mots leur sens, celui de «fascisme» ayant pris tragiquement le sien entre 1920 et 1945, associé qu'il fut à une pratique criminelle de l'exercice du pouvoir. Il ne saurait donc - heureusement - être plaqué sur notre réalité française actuelle, même si d'éventuels manquements à la démocratie politique et sociale peuvent s'y produire ; sous peine de donner une idée fausse - sous-estimée - de la dangerosité du fascisme, du fascisme au pouvoir, qui est d'une autre nature.

De même qu'une expression «Résistants d'hier et d'aujourd'hui» ne permet pas de mesurer ce qu'a pu représenter la spécificité de l'engagement dans la Résistance et les sacrifices qui en ont découlé, par rapport au combat syndical ou social. Ce combat, commencé au XIXe siècle qui vit naître, sous la «Monarchie de Juillet», des «sociétés de résistance», avec un «r» minuscule, premières formes de structures de type syndical, ainsi appelées par leurs initiateurs alors même qu'ils ne pouvaient envisager - pour une raison des plus évidentes et première - de se comparer ni même de se référer à la Résistance, avec un «R» majuscule, période historique du siècle... suivant.

Gardons aussi leur spécificité aux lieux de mémoire où tombèrent, fraternellement unis contre l'ennemi commun qu'était l'occupant nazi et ses valets, des FTP et des membres de l'AS ou de l'ORA, des hommes de droite et de gauche, des ouvriers et parfois des patrons, des croyants et incroyants... Ce qui interdit - ou devrait interdire - de tenter de les «annexer» à une tendance politique particulière, qu'elle soit de droite ou de gauche.

LA MISSION DE L'ANACR

Transmettre la connaissance de cette triste réalité que fut le fascisme au pouvoir, transmettre la mémoire de ce qu'a été le combat antifasciste et patriotique des Résistants et des sacrifices qui l'accompagnèrent, transmettre les valeurs humanistes et démocratiques de la Résistance qui, par le programme du CNR, ont inspiré jusqu'à nos jours nos institutions et notre pacte social, telle a été la motivation profonde de la lutte que pendant vingt-cinq ans, depuis qu'en 1989 Jean Buisson en concrétisa une première réalisation dans la Drôme, l'ANACR -rejointe au fil des ans par d'autres associations puis par l'UFAC - a mené sans relâche, avec opiniâtreté pour obtenir l'instauration le 27 mai d'une Journée Nationale de la Résistance, en l'enracinant dans les réalités locales ; ses comités départementaux recueillant le soutien de centaines de parlementaires, l'appui de centaines de conseils municipaux, de Conseils généraux et régionaux. Une «Journée Nationale» devant être un moment privilégié pour la transmission de cette mémoire et de ces valeurs aux jeunes générations, en premier lieu aux jeunes scolaires dont la participation - qu'il convient de développer - au Concours National de la Résistance et de la Déportation est un motif de confiance dans l'avenir.

Votée l'an dernier par le Parlement, promulguée par Monsieur le Président de la République le 19 juillet 2013, la «Journée Nationale de la Résistance», inscrite désormais dans le calendrier mémoriel de la Nation, a été célébrée pour la première fois ce 27 mai 2014, dans la grande majorité des départements. Il va falloir la faire vivre dans la durée, car elle ne saurait se réduire à des dépôts de gerbes et cérémonies devant les monuments et stèles, et nous devrons veiller à lui garder aussi le caractère associatif et populaire que nous lui avons donné au fil des années, avec la participation visible et l'expression publique des Associations lors des cérémonies, avec les conférences, expositions, projections de films associées que nous avons organisées, avec les interventions dans les établissements scolaires, les foyers sociaux, etc.

Notre Association est aussi très attachée - et pas seulement par «devoir de mémoire» mais aussi parce que cela répond à un «besoin de mémoire» - à la préservation des plaques, stèles, monuments et lieux de mémoire qui matérialisent dans l'espace public les sacrifices des Résistant(e)s, aux cérémonies qui leur rendent hommage.

Aujourd'hui, l'ANACR est sans conteste l'Association qui regroupe le plus d'Anciennes Résistantes et Anciens Résistants et le plus de passeurs de mémoire de la Résistance, que sont les Ami(e)s de la Résistance. C'est dire quelle est sa responsabilité dans la poursuite du combat des Résistant(e)s contre le fascisme, son rôle centré sur le passage de la mémoire - donc différent de celui des Partis politiques et des syndicats qui se situe dans le champ politique et social du débat citoyen - est à cet égard de grande importance : il apporte une dimension spécifique supplémentaire, indispensable, au combat démocratique.

Ce combat démocratique dans lequel notre Association entend prendre toute sa place, en rassemblant - pour le mener dans la fidélité à ce que fut la Résistance et la démarche de l'ANACR depuis sa création en 1954, et au-delà de leurs différences d'opinion sur l'organisation de la société et la conduite des affaires publiques - des femmes et des hommes de toutes sensibilités, de tous partis républicains de gauche, du centre et de droite, de tous syndicats, de toutes associations démocratiques, sur cet objectif qui doit nous être commun : contribuer à barrer la route à toute résurgence du fascisme.

«Savoir, c'est se souvenir», l'ANACR fait sienne cette maxime du philosophe grec antique Aristote. N'oublions pas l'histoire et ses enseignements : c'est parce que les peuples se souviendront du passé que, sachant ce qu'il fut, ils sauront mieux faire échec aux menaces du présent.

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