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HISTOIRE

Le Struthof – Natzweiler

Un camp de concentration en Alsace annexée (1941-1945)

C’est le seul camp de concentration installé en France. Il est nécessaire de faire un rappel historique chronologique. La convention d’armistice du 25 juin 1940 entre la France et l’Allemagne ne prévoit pas de statut particulier pour les départements d’Alsace et celui de la Moselle. Du fait de l’annexion par le Reich de ces trois départements, l’Allemagne va y mener une vaste politique de germanisation et de nazification. Les populations et les administrations (c’est le cas pour les PTT) sont sous la coupe de l’occupant.

En juillet 1940, un camp est ouvert à Schirmeck situé dans la vallée de la Bruche. Tous ceux qui sont des « opposants » y sont internés et subissent les dures conditions de prisonniers. Mais les SS dès septembre 1940 vont commencer à s’approprier un terrain situé au lieu-dit « Le Struthof » et vont aménager ce nouveau camp de concentration en vue de l’exploitation d’une carrière de granit. Dans ce secteur nous allons avoir deux camps, « le camp des Alsaciens » à Schirmeck et le second à Natzweiler, qui va recevoir des prisonniers de toute l’Europe. Dans ce camp, arrivent le 21 mai 1941 les 150 premiers détenus qui viennent de Sachenhausen. Deux jours après ce sont 150 autres.

 

Arrivés en gare de Rothau, les détenus vont découvrir le camp de Natzweiller-Struthof, un ensemble concentrationnaire dont l’issue sera la mort pour le plus grand nombre. De 1941 jusqu’en avril 1945, ce sont 52000 déportés qui seront recensés dans ce camp. Les conditions de détention sont inhumaines. Là commence l’implacable entreprise de déshumanisation. Il y règne en permanence la répression, la terreur et la mort.

En novembre 1943 se construit le crématoire fixe doté d’un four unique comme dans les autres camps en Allemagne. Le camp de Natzweiler est parmi les plus meurtriers des camps allemands. La mortalité dépasse 40% soit près de 22000 morts.

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, à Natzweiler, les 107 membres du réseau Alliance qui étaient rassemblés au camp de Schirmeck et 35 maquisards des Vosges seront exécutés au pistolet. Parmi ces exécutions,  (*), jeune téléphoniste des PTT, née à Nantes. Elle fut arrêtée par la Gestapo le 9 janvier 1944 et incarcérée comme tous les prisonniers du réseau Alliance sous l’étiquette NN au camp de Schirmeck où elle y arrive le 29 avril 1944.

 

          La municipalité des Sables d’Olonne a honoré le sacrifice de cette résistance en attribuant son nom « Suzanne Cardineau, héros de la Résistance » à un boulevard de la ville.

 

Le 25 novembre 1944, les Alliés découvrent le camp qui a été évacué par les nazis dès septembre. Cependant, le calvaire de déportés des kommandos (les annexes du camp principal) va se prolonger jusqu’au printemps 1945 par les « Marches de la mort ».

 

Suzanne Cardineau

 

(*) Citée pages 41 à 46, dans l’ouvrage « Les Femmes des PTT et la Seconde Guerre mondiale » de Charles Sancet, Editions Tirésias.

Louis Martin Chauffier

L’HOMME ET LA BETE, Gallimard, 1947, Folio, 1995.
La Libération de Bergen-Belsen


« Par-delà le croyable,

Vingt-deux mille cadavres nus pourrissaient entre les blocks délabrés. Séchaient serait mieux dire, car de ces corps tordus ne restait que la peau sur les os […]. Depuis six jours les trente ou trente-cinq mille hommes et femmes jetés là au rebut n’avaient rien mangé ni bu. Ceux qui pouvaient encore marcher erraient sans but, retardant le moment, fuyant le lieu où ils se coucheraient pour ne plus se relever […]. Dans l’air empuanti, butant sur les cadavres, nous gagnâmes notre block […] il n’y avait plus de carreaux aux fenêtres, pas de châlits, pas de paillasses. Rien qu’une salle nue où grouillaient des millions de poux. Ni lavabos, ni cabinets. Nous étions neuf cents, entassés dans chaque baraque, faite pour abriter trois cent lits sur trois rangs de hauteur. C’est dire que l’on ne pouvait même pas se coucher par terre […]. Ceux qui n’avaient pas la dysenterie avaient le typhus; d’autres les deux [...]. Les malades hospitalisés ne recevaient pas plus que les autres de nourriture ni de boisson […]. Le camp entier était une antichambre de la mort, peuplée d’agonisants.

La faim, la soif, la dysenterie, le typhus et les coups, tout était conjugué systématiquement pour tuer. Chaque matin, huit cents corps venaient étoffer le tapis de cadavres pourrissants. Les moribonds, en une longue file, traînaient lentement les morts (ils n’avaient pas la force de les porter) jusqu’à la fosse commune à un kilomètre de là : il fallait deux hommes pour chaque charge. Souvent l’un d’eux, épuisé, tombait sur le cadavre poussiéreux qu’il tirait par la jambe. Le S. S. frappait sauvagement : si le malheureux ne bougeait pas, c’est qu’il était mort, on l’enterrait avec les autres. S’il ne l’était pas tout à fait, on l’enterrait quand même […].

Je n’avais pas faim ; à peine soif. Je sentais approcher la mort avec indifférence. Je me donnais huit jours de vie, en comptant large [...]. Depuis deux jours, les portes ne s’ouvraient plus que pour le départ des S. S., qui s’en allaient par petits groupes, chaque soir, à bicyclette. La délivrance était proche. Les alliés menaient à leur insu avec la mort une course contre la montre dont nous étions l’enjeu : il ne suffisait même plus à nous intéresser à la partie. La libération venait trop tard. Que nous faisait de mourir libres sur le lieu de notre agonie ? »

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