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Commémoration et hommage

à toutes celles et ceux qui furent emprisonnés au camp d’Aincourt

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À peine au pouvoir, Pétain s’attaque à ceux qui sont pour lui « l’anti France » (les juifs, les communistes, les étrangers, les francs-maçons). Dès septembre 1940, le ministre de l’intérieur de Vichy Marcel Peyrouton s’alarme en effet de la recrudescence de la propagande communiste qui continue à se développer en région parisienne.

Chaque nuit, de nombreux papillons sont apposés sur les murs, des tracts sont distribués, des numéros spéciaux de « l’Humanité » clandestine se passent sous le manteau. Ces tracts, papillons pamphlets et journaux attaquent avec violence le gouvernement.

La décision est prise d’interner les militants communistes connus et jugés particulièrement actifs. Des bâtiments du sanatorium d’AINCOURT à la Bucaille furent réquisitionnés par le Préfet aux ordres de Pétain au début d’octobre 1940. Ainsi AINCOURT devint le premier « camp d’internement administratif » de la zone Nord, puis « centre de séjour surveillé ». Il héberge tous les indésirables désignés par les préfets des départements de la Seine et de la Seine-et-Oise, en dehors de toute enquête et de tout jugement, au seul motif qu’ils pouvaient être dangereux pour la défense nationale.

Le ministre vichyste Peyrouton se félicite du choix effectué pour ce camp d’internement dont l’isolement offre toutes les garanties désirables du point de vue du ministre, les bâtiments sont gardés par des gendarmes français et sous contrôle total des autorités de Vichy. Les allemands vont puiser parmi ces emprisonnés nombre d’otages pour la déportation ou le peloton d’exécution. Au fil des mois l’internement reste à prédominance communiste.

Au début d’octobre 1940 ce sont plus de 300 militants communistes (dont les députés Fernand GRENIER, Jacques DUCLOS, Robert PHILIPPOT), syndicalistes, résistants, ou d’organisations dites « d’avant-garde » qui y seront internés et plus de 1500 militants et militantes. Neuf d’entre eux seront fusillés à Châteaubriand le 22 octobre 1941 : Charles MICHELS 38 ans, Jean POULMARC’H 31 ans, Jean-Pierre TIMBAUD 31 ans, Jules VERCRUYSSE 48 ans, Désiré GRANET 37 ans, Jean GRANDEL 50 ans, Jules AUFFRET 39 ans, Maurice GARDETTE 46 ans, Edmond LEFEBVRE 38 ans.

Cinq détenus seront fusillés au mont Valérien les 15 et 16 décembre 1941 et deux en 1942, neuf autres à Rouillé en avril 1942 et les autres seront déportés dans les camps de concentration nazis.

En mai 1942, le camp d’AINCOURT est ouvert aux femmes : des résistantes et des juives accompagnées de leurs enfants. Les occupants viendront chercher ces dernières dont les enfants, pris en charge par les autres internées, seront emmenés par la Croix Rouge.

Le 15 septembre 1942 le camp est évacué. Livrées à la Gestapo par la police de Vichy, les internées furent déportées en majorité au camp de Ravensbrück d’où bien peu revinrent.

En mars 1943 Bousquet, chef de la police vichyste, installe à AINCOURT une école de formation des GMR (Groupes Mobiles de Réserve) chargés avec la Milice de la chasse aux résistants. Le camp fut officiellement dissous le 13 septembre 1943.

Chaque  premier samedi d’octobre, (cette année ce fut le 7) une cérémonie commémorative a lieu pour rendre hommage à celles et ceux qui furent emprisonnés de 1940 à 1942 dans ce camp d’internement d’AINCOURT dans le Val-d’Oise (à l’époque dans l’ancien département de Seine-et-Oise).

Cette cérémonie est organisée chaque année par l’association « Mémoire d’AINCOURT » qui elle-même fait partie de l’amicale « Châteaubriand, Voves, Rouillé, Aincourt » regroupant les anciens camps d’internement mis en place par le gouvernement  de Pétain. Elle  peut avoir lieu grâce à l’aide logistique et technique du Groupement Hospitalier Intercommunal du Vexin.

 Ce 7 octobre, ce sont plus de 300 personnes qui ont rendu hommage à ces martyrs. Il y avait une trentaine de drapeaux, dont celui de « LIBÉRATION NATIONALE PTT - ANACR » qui était porté par Patrice LIGONIERE et celui de L’ARAC qui était porté par Michel CHASSAGNE secrétaire  à l’organisation de notre association.

 

  

Cette cérémonie était placée sous la présidence de Monsieur le Préfet du Val d’Oise avec la participation du Maire de la commune d’AINCOURT, des élus locaux, des représentants des associations patriotiques, des syndicats ainsi que des représentants de la Gendarmerie et de l’Armée. Un détachement de jeunes  Sapeurs-Pompiers du Val d’Oise entourait la stèle  commémorative de l’ancien camp.

Après la sonnerie aux morts, la chorale LSR 95 a interprété la « Marseillaise », le Chant des marais, l’hymne de la déportation et le Chant des Partisans, celui de la Résistance.

 

Monsieur  le Maire d’AINCOURT a prononcé une allocution rappelant  la mémoire et rendant hommage à ceux et celles qui furent interné(e)s dans ce camp. Suite à cette intervention, il a été procédé à un dépôt de gerbes par les autorités civiles et militaires ainsi que par les organisations patriotiques et syndicales.

 

Ensuite Monsieur Georges DUFFAU-EPSTEIN, président de l’Amicale Chateaubriand, Voves, Rouillé, Aincourt  a, dans une émouvante intervention, fait l’historique de la montée du fascisme et du nazisme dans les années 1930, les causes de cette  montée, ses conséquences sur les peuples et les crimes qui s’en sont suivis. Il a fait le parallèle avec la situation inquiétante actuelle résultant de la crise économique et sociale, de la résurgence des idées d’extrême-droite et leur banalisation. Il a mis en garde contre le rejet de l’autre, hier le juif, aujourd’hui le musulman et de ne pas faire d’amalgame avec les terroristes qui se servent de la religion comme un paravent. Pour terminer il a appelé à combattre toutes les formes de racisme et à la vigilance.

Pour clôturer cette cérémonie, la troupe de théâtre composée de jeunes comédiens et comédiennes qui, tous les ans, présentent une pièce de théâtre  ayant trait  à la Résistance, a, cette année,  monté et présenté avec talent et émotion une pièce sur la « vie »  concentrationnaire, les souffrances supportées par les déporté(e)s. Ils furent chaleureusement applaudis.

Un ancien interné d’Aincourt et ancien déporté d’Auschwitz, qui avait 18 ans à l’époque, assistait à la cérémonie.

                                                                                                                                       Patrice Ligonière

 

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