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Le camp de Drancy

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Le camp de Drancy a été pendant la guerre la plaque tournante de la déportation des Juifs de France. Du 20 au 23 août 1941, ce sont 4.232 juifs qui seront conduits dans ce camp.

Le témoignage qu’a confié Yves Jouffa, qui deviendra président de la Ligue des droits de l’homme, à la FNDIRP, donne un aperçu sur ce qu’ont vécu les internés de ce camp aux portes de Paris. Ce sont des extraits de ce témoignage, publiés dans le Patriote Résistant, que nous publions ici.

 

                                                                               

                                                                                 © Fédération Nationale des Déportes et Internes Résistants et Patriotes

 

Dès l’arrivée : maltraités, humiliés, la famine et la maladie

« Au soir du 21 août, nous étions près de 5.000 dans ce lieu où rien n’avait été préparé pour nous accueillir ». Pas de literie, pas de gamelle, quasiment rien pour se laver. Privations, vexations, sont la règle : « Fouillés, dépouillés de nos papier, de notre argent, de nos cigarettes, en butte aux vexations que certains de nos gardiens zélés, dont certains portaient pourtant l’uniforme de la gendarmerie française, nous infligeaient. »

© Georges Koiransky – Mémorial de la Shoah

 

Les privations alimentaires sont terribles, entraînant maladies, et de nombreux morts. « Finalement, une vingtaine de morts en dix ou quinze jours. Les allemands ont eu peur que le typhus se propage dans le camp puis qu’il gagne la population française et les troupes d’occupation. Ils ont alors autorisé les colis des familles. (…) La famine a duré sept semaines ». 

Espoirs de libération, puis survivre au quotidien :

        « Chacun pensait avoir une bonne raison d’être rapidement libéré : tel était français depuis de nombreuses générations, tel autre couvert de décorations, tel autre mutilé de guerre … ».

 

 

Ensuite, il fallait survivre, s’organiser. Journaux et radio interdits, tout le monde cherchait des nouvelles. Les privations, notamment de cigarette, ont entraîné des trafics :

« Un marché noir effroyable s’est développé dans le camp (…) Il y eut des trafiquants en liaison avec certains gendarmes qui vendaient notamment des paquets de Gauloise ou de cigarettes de troupe ; ils faisaient faire des rafles par leurs copains puis revendaient le butin (…)».

S’organiser et résister :

Au fil du temps, des actions d’organisation et de solidarité ont vu le jour : « pour ne pas se laisser avilir, les internés ont réagi et mis au point une organisation très remarquable du camp qu’ils ont entièrement pris en main, ce fut quelque chose de très positif ».

Les « politiques » étaient particulièrement visés. C’étaient « principalement les communistes, mais aussi les sionistes (…) en fait tous ceux ayant une occupation politique », ainsi que des personnalités, notamment des avocats.

Yves Jouffa témoigne du cran et du courage de ces hommes. Il raconte qu’un jour le SS Dannecker (responsable de la Gestapo, chargé de la lutte contre les juifs en France), qui dirigeait le camp a fait descendre une douzaine de personnes, parmi lesquelles Pierre Masse, ancien secrétaire d’Etat ; « Je me souviens qu’il a demandé à Pierre Masse : « Vous, vous étiez bien sénateur ? ». Et Pierre Masse, en le regardant dans les yeux,  lui a répondu : «Je le suis encore ». Dans cette atmosphère dramatique, ça avait de la gueule ».

La politique des otages à fusiller :

En décembre 1941, dans le cadre de la politique des otages et de représailles massives contre « l’ennemi judéo-bolchévique », les allemands annoncent la déportation de 1.000 juifs et de 500 communistes. Dans ce but, 300 détenus sont sélectionnés à Drancy le 12 décembre. Ils sont transférés au camp de Compiègne avec 742 juifs raflés le même jour à Paris. Le 15 décembre, 50 ex-détenus de Drancy sont fusillés avec 45 autres otages juifs et communistes au mont Valérien.

 

       Depuis le mois de septembre 2003, une cloche de bronze de plus de deux mètres de haut est installée en face de la chapelle des Fusillés. Elle porte année par année, la liste alphabétique des 1014 fusillés du Mont Valérien qui ont été identifiés. Ce Mémorial est le lieu de nombreuses cérémonies. Etrangers et français dont les noms gravés sur le monument sont « l’honneur de la France »..

 

 « Parmi les gens qu’on est venu prendre ne figuraient pas seulement des communistes ou des sionistes ou des gars dont la fiche indiquait « soupçonné d’avoir des idées marxistes ». Il y avait également une dizaine de juifs polonais qui faisaient partie d’un syndicat de brocanteurs de Belleville. Ils ont été fusillés parce que, comme je l’ai appris après la guerre, le secrétaire de ce syndicat était inscrit au parti communiste. »

Ces extraits du témoignage d’Yves Jouffa décrivent une période du camp de Drancy d’août 1941 à septembre 1942. Jusqu’en août 1944, convergent vers Drancy, de toute la France, des transports d’hommes, de femmes et d’enfants qui, à plus ou moins longue échéance, sont embarqués dans des wagons à bestiaux et acheminés principalement vers Auschwitz. La majeure partie des 76.000 déportés juifs de France sont partis de Drancy.

 

À l’heure où il y a de nombreuses tentatives de « réviser » le passé et de le déformer, nous ne devons pas oublier, et, surtout, nous avons le devoir de transmettre les témoignages sur cette période dramatique de notre histoire pour que de telles barbaries ne se renouvellent pas.

                                                                                                                                                                            Collectif Libé

Internement à DRANCY des « Amis des Juifs » (*)

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Promulguée le 29 mai 1942, une nouvelle ordonnance antijuive va compléter l’arsenal des mesures répressives à l’égard de cette population française. Elle porte, entre autres, sur l’institution d’un « signe distinctif » pour les Juifs. Elle est appliquée à partir du 7 juin 1942.

Il est interdit aux Juifs, dès l’âge de six ans révolus, de paraître en public sans porter l’étoile juive. L’étoile juive est une étoile à six pointes ayant les dimensions de la paume d’une main et les contours noirs. Elle est en tissus jaune et porte, en caractères noirs, l’inscription « Juif ». Elle devra être portée bien visiblement sur le côté gauche de la poitrine, solidement cousue sur le vêtement.

Dès juin 1942, des femmes et des hommes ont manifesté leur solidarité et leur sympathie pour les Juifs en confectionnant et en portant l’étoile de David ou en confectionnant des étoiles avec des inscriptions diverses : «Zazou », « Swing » ou l’inscription d’une province ou « Amis des Juifs ».

Les hommes arrêtés furent conduits à Drancy et les femmes internées à la caserne des Tourelles à Paris et ensuite à Drancy où elles furent libérées après quelques mois de détention.

 

Ce texte est pris dans l’ouvrage « Les Femmes des PTT et la Seconde Guerre mondiale » de Charles Sancet paru en 2014 aux éditions Tirésias, Paris.

(*) Cédric Gruat-Cécile Leblanc, Amis des Juifs, les résistants aux étoiles, Paris 2005, éditions Tirésias.

 

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