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Poème

Chanson de celle qui attend

                                                                                              Pierre GAMARRA (*)

 

 

En quarante-deux, il s’en est allé…

Si je vous le dit, si je vous le raconte,

c’est que la une danse dans les blés…

Mon cœur est en fer, son cœur est en fonte.

 

Il ne m’écrivit que quelques vieux mots,

je me souviens bien, je pleurai mes larmes…

-Nous avons bien froid, nous n’avons pas d’armes-

Ecoutez ce vent dans tous ces rameaux.

 

            -Nous nous marierons la saison prochaine

            quand il fera chaud, quand il fera doux-

            il n’avait pas peur des vents et des loups.

   Mon cœur est en lin, mon cœur est en laine.

 

                            Les vieux regardaient chaque jour le ciel

et puis il neigeait des neiges, la neige

et je me disais : Que Dieu le protège !

                            mon cœur est en sang, mon cœur est de miel.

 

            On dit qu’il est mort, on dit tant de choses…

            Après un hiver revient le printemps.

            Ecoutez ces cris qui sont dans les vents

            par les nuits venues et les portes closes.

 

                                   Ils me l’ont volé, ils  m’ont pris ses mains,

                                   ils m’ont pris ses yeux, je ne peux pas dire…

                                   Ils m’ont pris sa chair, sa bouche et son rire

                                   Mais  j’attends ses pas sur tous les chemins.

 

(*) Pierre Gamarra est un écrivain français né à Toulouse le 10 juillet 1919 et mort à Argenteuil le 20 mai 2009. Il est romancier, poète et critique. Il est aussi l’auteur d’essais et de pièces de théâtre.

 

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