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ASSEMBLEE GENERALE

DE LIBERATION NATIONALE-PTT

(Paris, le 7 février 2013)

Intervention de Jacques VARIN 

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Cher(e)s Camarades et «Ami(e)s»,

Avant de commencer mon propos, permettez-moi de dire mon plaisir de d’être à nouveau parmi vous pour représenter le bureau national de l’ANACR.

Au niveau national, l’ANACR rassemblait au 31 décembre 2012 – ce sont les derniers chiffres concernant une année que nous possédons - près de 5000 Résistantes et Résistants de tous réseaux, mouvements syndicat et partis Résistants, restant ainsi - et de loin - l’Association la plus représentative de ce que fut la Résistance. Quant aux «Ami(e)s de la Résistance (ANACR)», ils étaient, à cette même date, près de 9000 présents aux côtés des Résistants, ce qui fait aussi de notre Association la principale structure de passeurs de mémoire des combats et des valeurs de la Résistance de notre pays

Parmi eux, l’effectif de Libé-PTT – 27 Résistantes et Résistants, ainsi que, toujours au 31 décembre 2012, ­271 Ami(e)s de la Résistance - est notable mais évidemment a besoin au plan des Ami(e)s d’être développé, car les rangs des Résistants continuent inexorablement de s’éclaircir, car les menaces de résurgence du fascisme sont grandissantes dans un monde en crise politique, économique, sociale et morale, car les remises en cause des acquis du Programme du CNR se  sont accentuées.

Maintenir les effectifs et l’action de notre Association, alors que les rangs des Résistants continuent inexorablement de s’éclaircir - près d’un millier nous ont quittés au plan national en 2012, et que les conséquences de l’âge qui s’avance sur la santé de ceux heureusement toujours présents parmi nous s’accentuent, nécessite en effet des efforts sans relâche ; tout particulièrement en renforçant les rangs des Ami(e)s de la Résistance, D’autant plus que les manifestations de résurgence du fascisme dans un monde en crise politique, économique, sociale et morale se multiplient, et que se sont approfondies et accélérées les remises en cause des acquis du Programme du CNR.

En décidant à son congrès national tenu à Limoges en 2006 d’ouvrir à égalité de droits et devoirs ses rangs aux Ami(e)s de la Résistance, l’ANACR a affirmé la volonté d’assurer la pérennité de son existence, et par là-même celle de faire en sorte que son message continue à être porté aux générations présentes et futures. Renforcer le nombre des Ami(e)s de la Résistance est certes une nécessité pour l’action au présent, mais aussi et surtout pour en assurer l’avenir. Là où cela n’a pu être fait, les comités de l’ANACR sont disparus.

Mais, cette transition, cette transmission imposée par la réalité biologique de l’évolution de la vie, et nécessitée par le besoin d’assurer la pérennité de l’action dynamique de l’ANACR, s’est réalisée le plus souvent avec  succès, en dehors de quelques cas limités où des camarades ayant parfois beaucoup apporté à notre association ont, alors que les conséquences de l’âge se faisaient sentir pour eux comme pour chacun, été plus soucieux de préserver des titres voire de garder des fonctions qu’ils n’étaient plus en mesure d’assumer pleinement plutôt que d’assurer leur transmission nécessaire pour assurer le présent et pérenniser l’avenir.

Certains, parmi les Résistants mais aussi parmi les «Ami(e)s», ont pu s’interroger sur la légitimité des «Ami(e)s» pour parler - aujourd’hui et demain - de la Résistance. Il est vrai, qu’à la différence des «Ami(e)s» – ce qui est naturel vu leur âge respectif -, les Résistants sont, eux, porteurs de leur expérience vécue de la Résistance, expérience particulièrement précieuse lorsqu’ils vont témoigner devant les scolaires dans le cadre du Concours de la Résistance.  Mais, je l’ai dit,  leurs rangs s’éclaircissent inexorablement.

Quant aux «Ami(e)s de la Résistance», les sources de leur légitimité ne peuvent  évidemment qu’être autres. Elles résident en premier lieu dans l’approfondissement avec rigueur de leur connaissance de la Résistance, connaissance qui est une condition évidente de toute légitimité pour en parler aujourd’hui et demain.

Cette connaissance de la Résistance, les «Ami(e)s de la Résistance» ont pu - et peuvent l’acquérir - par l’étude ou la recherche, ils peuvent aussi l’acquérir lors des témoignages des Résistants membres de l’ANACR…

Et, ne nous privons pas aussi du concours de celles et ceux qui, ayant à l’époque par exemple de 8 à 15 ou 16 ans, étaient le plus souvent trop jeunes pour avoir été Résistants mais suffisamment âgés pour pouvoir se souvenir, près de soixante-dix ans plus tard, de la Période de l’Occupation, de la Libération et pour pouvoir en témoigner.

Outre notre mission première de passeurs de la mémoire des valeurs et des combats des Résistants, nous devons aussi être attentifs à l’approfondissement et à la diffusion de la connaissance de la réalité historique concernant tant la Résistance en tant que telle que le fascisme et la lutte antifasciste, Cela est d’autant plus nécessaire que les négationnistes falsifient cette réalité historique, en en présentant des versions mensongères, tronquées, unilatérales, tendancieuses, qui ne sont  pas  malheureusement sans recueillir quelque écho.

Plus largement, nous devons veiller à ce que les ouvrages publiés, les émissions de télévision et les films consacrés à la Résistance, ne prennent pas trop de liberté avec sa réalité, voire que des distorsions ou imprécisions n’en donnent une image floue ou faussée.

Dans dix, vingt ou trente ans, l’on parlera toujours de la Résistance, l’enjeu n’est pas là mais dans la manière dont on en parlera. De manière authentique ou approximative ?  Avec une volonté de s’inspirer de ses valeurs pérennes ou dans une démarche utilisatrice pour  tenter  de crédibiliser des politiques pouvant en être d’ailleurs de facto plus ou moins éloignées? Il est possible sans grande difficulté de trouver des exemples de telles tentations et tentatives de se servir de la Résistance pour tenter de donner de l’audience à des orientations ou à des structures parfaitement légitimes dans le débat démocratique mais qui le sont beaucoup moins lorsqu’elles s’avancent non en explicitant clairement ce qu’elles sont – et qui sont parfaitement légitimes dans le débat démocratique - mais sous couvert de références à  la Résistance.

Faire en sorte que les références à la Résistance – tant en ce qui concerne les faits que les principes qui guidèrent son combat - soient en conformité à sa réalité  historique est, avec la transmission de ses valeurs humanistes, démocratiques et patriotiques, l’une des principales raisons qui inspirent notre revendication d’instauration d’une «Journée nationale de la Résistance», le 27 mai, date anniversaire de la création en 1943 par Jean Moulin du Conseil National de la Résistance. Car nous voulons que soit restituées de manière authentique la mémoire de ces valeurs qui motivèrent les Résistants et celle de la lutte qu’ils menèrent.

Lors de l’élection présidentielle de 2007, nous nous étions adressés - à l’exception de Le Pen - à tous les candidats à l’élection présidentielle concernant l’instauration d’une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai. Dans sa réponse, l’ex-Président de la République avait émis l’idée de mettre en place une commission sur le sujet réunissant les différentes associations de Résistants, en exprimant selon ses propres termes le souhait qu’elle retienne notre proposition. Ce qui n’a pas eu de suite… Il n’y eut  pas de commission et le cabinet, du Président ou ceux des ministres de la Défense et secrétaires d’Etat aux Anciens Combattants qui se sont succédé depuis le début du Quinquennat, ont toujours apporté des réponses négatives aux parlementaires qui intervenaient auprès d’eux pour appuyer notre demande.

Au début 2012, à la suite d’une proposition du Président Sarkozy, le Parlement a fait du 11 novembre une journée d’hommage à tous les morts de tous les conflits, étant précisé que les autres commémorations seront maintenues. L’ANACR a exprimé son désaccord total avec cette démarche. En premier lieu parce que  car l’ampleur des sacrifices liés à la première Guerre mondiale – près d’un million et demi de morts, des millions de blessés et gazés, des millions de veuves et d’orphelins... - justifie pleinement que l’on garde au 11 novembre sa spécificité dans notre mémoire nationale.

Et puis parce que nous sommes contre toute confusion mémorielle visant à diluer voire escamoter la nature et les enseignements de chaque conflit. Ainsi, pour ce qui nous concerne, nous sommes tout particulièrement attachés à ce que soit mis en valeur le sens antifasciste, démocratique, humaniste et patriotique du combat et du sacrifice des Résistants et des Français Libres contre la barbarie, pour libérer la France de l’occupation nazie et de ses complices pétainistes, pour abattre le fascisme et le nazisme,

Nous allons donc continuer à mener notre bataille pour enraciner dans les réalités locales, départementales et régionales la «Journée Nationale de la Résistance, le 27 mai», avant qu’elle ne le soit au plan national.

Notre Congrès de Lons-le-Saunier a adopté à l’unanimité une lettre au Président de la République réitérant notre demande, et suggérant qu’en 2013 le 70ème anniversaire de la création du CNR soit l’opportunité saisie pour y faire droit.

L’ANACR a rencontré il y a 3 semaines, le ministre délégué aux Anciens combattants, M. Kader Arif et  lui a rappelé que pour nous, cette instauration d’une Journée Nationale de la Résistance est une exigence de l’Histoire et qu’elle répondra au besoin de mémoire de notre société, notamment des Jeunes ; que nous menons depuis vingt ans le combat pour l’obtenir et que nous continuerons à le faire tant qu’il n’y s’y fera pas fait droit.

Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons eu quant à notre demande – et ceci est nouveau par rapport à ses prédécesseurs - une écoute favorable de la part du ministre, écoute favorable qui reste à concrétiser dans les faits et traduire dans les textes ; et tant que cette concrétisation n’aura pas eu lieu, bien évidemment nous maintenons notre demande…

Cher(e)s Camarades et Ami(e)s,

En tant que citoyens, nous avons tout naturellement et librement exprimé des choix différenciés lors de l’élection présidentielle et lors des législatives. Mais ce qui, au-delà de ces choix, justifie l’existence de l’ANACR depuis sa création et nous rassemble tous, c’est notre volonté commune de connaître et surtout de faire connaître ce qu’a été la réalité de la Résistance, de ses combats, de ses valeurs et de son rôle, ce qu’a été aussi la réalité de ce contre quoi ils ont combattu : le fascisme. Telle est notre contribution commune et spécifique au combat démocratique, notre «secteur du front» si l’on peut dire, qu’il est de notre responsabilité de tenir, car nous sommes sinon les seuls à le faire du moins l’essentiel de ceux qui le font.

Nous ne l’abandonnerons pas au profit d’autres, qui ne nous sont pas pour autant étrangers - nous les avons explicitement cités dans le préambule de nos statuts - mais qui ne sont pas pour autant notre spécificité, et qui sont d’ailleurs souvent bien mieux pourvus, notamment dans le champ des luttes politiques et sociales, avec les partis politiques, les syndicats ou les associations thématiques spécialisées (Ligue des Droits de l’Homme, Association des Juristes démocrates, Mouvement de Paix, LICRA, MRAP, Secours Catholique, Secours populaire, etc.). Si nous le faisions, nous faillirions à ce qui doit être notre mission première. De plus, si nous entrions dans ce champ politique et social, en dehors du rappel nécessaire à tous ses acteurs des valeurs de la Résistance, en les incitant à les prendre en compte dans leur réflexion et leur action, nous affaiblirions nos rangs car cela mettrait inévitablement à mal ce qui est notre force : le pluralisme.

Etre fidèle aux valeurs de la Résistance et aux Résistant(e)s qui les portèrent, c’est non seulement s’en inspirer personnellement mais c’est aussi poursuivre le combat des Résistants contre les héritiers des idéologies fascistes, dont la résurgence contemporaine est évidente. Cette référence aux valeurs de la Résistance, la poursuite du combat contre le fascisme, sont  aussi sources de légitimité des Ami(e)s de la Résistance pour pérenniser la lutte des Résistant(e)s qui se sont rassemblés dans l’ANACR depuis sa création.

Les élections de ces récentes années en Europe ont révélé dans quasiment tous les pays du continent une inquiétante montée de l’extrême droite, réhabilitant parfois – souvent même - ceux qui collaborèrent avec les nazis ; la xénophobie, le racisme anti-immigrés ont pris de graves proportions. Ainsi les derniers scrutins ont conduit à l’entrée en Suède pour la 1ère fois au Parlement de 20 députés d’extrême droite, aux Pays-Bas à l’association de fait de l’extrême droite dans la majorité gouvernementale. Les élections du 17 avril 2011 en Finlande ont fait, avec un score de l’ordre des 20%, du parti xénophobe – dit des «Vrais Finnois» - le 3ème parti en Finlande, à moins de 1% des deux premiers…  L’extrême droite a été associée au pouvoir en Italie, en Autriche, l’évolution de la Hongrie est des plus inquiétantes... Les élections grecques de l’an dernier ont fait - dans un contexte de grave crise économique et sociale - entrer une vingtaine de députés néo-nazis au parlement grec. Sans assimiler abusivement dans leur totalité les nationalistes flamands - qui ont remporté en octobre dernier la mairie d’Anvers - à l’extrême droite qui plus est néo-nazie, force est cependant de constater que certains d’entre eux ont une filiation revendiquée avec les collaborateurs flamands, qui allèrent pour nombre d’entre eux jusqu’à s’enrôler dans des formations SS. Ce qui n’est pas sans inquiéter.

Dans  notre pays, le scrutin régional des 14 et 21 mars 2010 avait déjà été révélateur : près de 12 % des électeurs ayant donné au 1er tour leur voix au Front National sur le plan national. Et, à l’élection présidentielle qui s’est tenue en 2012, Marine Le Pen a recueilli nationalement 17,90 % C’est dire, Chers camarades que le combat contre ce que représente le Front National, c’est-à-dire la xénophobie, le racisme, les réminiscences du pétainisme, l’esprit antidémocratique, le négationnisme historique, le néo-fascisme, doit être mené avec constance ; et que le rôle spécifique de l’ANACR - qui ne doit pas se confondre avec celui des Partis politiques et des syndicats qui ont le leur - est à cet égard de grande importance.

La vigilance doit en effet être de mise, et le combat doit être mené sans relâche contre les idées d’extrême droite, qu’elles s’expriment par la bouche des Le Pen, père et fille, sous la forme relookée des «identitaires» ou de manière plus «soft» comme lors du débat sur l’identité nationale ou lors de sur la laïcité. D’autant plus que Marine Le Pen n’hésite pas à brouiller les cartes, allant jusqu’à évoquer Jean Moulin alors même qu’elle est en train de tenir des propos violemment xénophobes.

Etre fidèle aux Résistants est sans nul doute retracer historiquement leur combat de la manière la plus exacte possible, mais c’est encore plus le poursuivre aujourd’hui contre les résurgences contemporaines du fascisme. Nous le faisons à notre manière, en rappelant ce à quoi ont conduit ces idées lorsqu’elles furent mises en pratique entre 1925 et 1945 en Europe, en France entre 1940 et 1944, en mettant en garde contre tous les glissements qui estompent la frontière qui doit clairement exister entre les idées démocratiques et les idées liberticides, en étant vigilants à l’égard de toute contamination de la vie publique par ces idées, notamment dans les domaines de la sécurité et de l’immigration. Rappelons-nous les tests ADN, la triste et inquiétante campagne - sur le fond et la forme - dirigée contre les Roms, se doublant d’un inadmissible lien fait entre immigration et délinquance, le débat sur l’identité nationale.

La campagne du second tour de la dernière élection présidentielle a pris à cet égard une tonalité des plus inquiétantes : n’a-t-on pas entendu le ministre de Défense en place Gérard Longuet dire que Marine Le Pen était une interlocutrice possible ? N’a-t-on pas entendu dire que le Front National était un parti Républicain, que des responsables de l’ex-majorité partageaient avec lui des valeurs communes. Comment alors s’étonner dans ces conditions qu’un récent sondage ait révélé que les idées du Front National recueillent l’adhésion de 37% des Français ?

Une dérive qui s’est même accentuée lors de la campagne des élections législatives, avec cette inadmissible symétrie faite entre le Front de Gauche et le Front National, pour cautionner des bonnes manières à l’égard de ce dernier, des rapprochements – sinon des alliances en bonne et due forme avec lui. Une dérive qui devient un positionnement stratégique au sein de la principale formation de l’actuelle opposition, puisque les deux candidats à sa présidence ont, lors du débat qui les réunissait à l’automne sur France 2, développé l’un et l’autre le thème de la symétrie entre FN à droite et Front de gauche à gauche.

Plus récemment, Marion Maréchal-Le Pen, l’une des deux parlementaires F.N., a cosigné le 16 janvier 2013 avec l’ancien secrétaire d’Etat  UMP aux Anciens Combattants, Alain Marleix, avec le député UMP Lionel Luca et cinq autres parlementaires d’opposition (UMP, MPF...), une proposition de loi demandant la reconnaissance du génocide vendéen.

C’est dire l’importance de ce combat antifasciste qu’est la transmission de la mémoire aux générations contemporaines et futures, car cela est essentiel pour aider à clarifier les enjeux du présent, pour faire échec à ceux qui essaient de les masquer en falsifiant ce que furent ceux du passé.

Cher(e)s Camarades, Cher(e)s Ami(e)s

En 2009, année du 65ème anniversaire du Programme du CNR, nous l’avons envoyé aux Députés, Sénateurs, Conseillers économiques et sociaux, en les incitant à en prendre en compte le contenu et la démarches dans leurs propositions contemporaines dans les domaines économiques et sociales. Propositions qu’évidemment l’ANACR, par sa nature et sa mission, et aussi parce qu’elle regroupe en son sein des femmes et des hommes qui se reconnaissent dans pratiquement l’ensemble de ces formations politiques et syndicales, ne saurait formuler elle-même.

Si nous avons décidé cet envoi du Programme du CNR aux parlementaires et aux Conseillers économiques et sociaux, c’est que nous avons fait la constatation première que beaucoup en ignoraient sinon l’existence du moins le contenu ;  il en va de même pour la grande majorité des citoyens. Notre première tâche est donc de faire connaître le Programme du CNR, de le diffuser, en explicitant les valeurs de solidarité et de démocratie qui inspirèrent ses rédacteurs, en rappelant que les divers mouvements, partis et syndicats résistants furent unanimes pour en adopter le contenu, que nombre des mesures qu’il préconisa furent mises en œuvre à la Libération par le Gouvernement présidé par le général de Gaulle et forment le socle de notre protection sociale, que d’autres, telles la nationalisation du système bancaire et des assurances, ne sont pas sans écho contemporain en ces temps de crise.

Pour autant, gardons-nous de faire du Programme du CNR une quasi-vérité révélée qui solutionnerait tous les problèmes contemporains. La France et le monde de 2013 ne sont plus dans leurs réalités sociologiques, économiques, politiques et stratégiques identiques à ce qu’ils furent en 1944. Mais, au-delà de la lettre des mesures préconisées par le Programme du CNR, ce sont les valeurs de justice sociale, de démocratie économique et politique, d’intérêt général devant primer sur les intérêts particuliers, de solidarité et d’humanisme, qui les ont inspirées et qui sont pérennes, que nous devons rappeler à tous les acteurs de la vie politique, sociale et économique contemporaine, en les incitant à les prendre en compte dans leur propositions et leur action.

Certains, cela a été dit dans le Rapport présenté au Congrès de Lons-le-Saunier - évoquent l’idée d’une actualisation du Programme du CNR. En élaborant dans la clandestinité un Programme aux dimensions non seulement patriotiques mais aussi politiques, économiques et sociales, le CNR a pallié les conséquences de l’absence de toute possibilité d’expression et de débat démocratiques se traduisant par l’interdiction des syndicats, des partis politiques démocratiques, d’une presse libre, de processus électoraux  libres. 

Qui peut nier que le contexte de la France d’aujourd’hui est différent ? et qui peut aussi aujourd’hui raisonnablement penser qu’il serait possible – comme ce fut le cas pour le CNR et son programme - de rassembler les différents syndicats, les partis politiques de gauche du centre et de droite sur un même programme politique, économique et social?

Ceux qui avancent cette idée sans en mesurer l’anachronisme, utilisent aussi souvent le nom de Conseil National de la Résistance ou le sigle CNR pour des structures politiques contemporaines qu’ils viennent de mettre en place, n’hésitent pas à habiller du nom de «Résistance», avec un «R» majuscule leurs luttes politiques ou sociales contemporaines, voire à se présenter eux-mêmes comme des «Résistants»..., Il y a évidemment des femmes et des hommes qui, comme l’ont fait bien d’autres avant eux, résistent aujourd’hui et résisteront demain à des politiques économiques et sociales qu’ils désapprouvent ; ainsi les protagonistes du débat entre les deux prétendants à la direction du principal parti d’opposition ont appelé tous deux à la «Résistance» face à politique du Gouvernement actuel.

Pour autant, résister dans le contexte d’aujourd’hui à des politiques, à des choix économiques ou à des mesures sociales que l’on désapprouve ne fait pas de ceux qui mènent ces combats des «Résistants d’aujourd’hui», avec un «R» majuscule en référence aux «Résistants d’hier» qui, elles et eux, dans le contexte de l’occupation nazie et du régime crypto-fasciste pétainiste risquaient leur liberté, la torture, la déportation, la mort, que connurent des dizaines de milliers d’entre eux ; ce qui donne une autre dimension à leur engagement...

La période de l’Occupation nazie et du régime pétainiste, par le cortège de tortures, massacres, fusillades et déportations politiques ou d’extermination qui lui est associé, a eu, de 1940 à 1944 dans la vie de notre pays, une triste spécificité par rapport aux périodes historiques l’ayant précédée et suivie ; une spécificité qui a fondé ce grand moment de notre histoire nationale qu’on appelle «La Résistance», les «Résistantes» et les «Résistants», avec un «R » majuscule ne pouvant être que celles et ceux qui au péril – et souvent au sacrifice - de leur vie en ont été les acteurs.

Gardons donc, ainsi que nous y invite le congrès de l’ANACR de Lons-le-Saunier, un sens aux mots, sous peine d’apporter une aide à ceux qui cherchent à affadir ou dénaturer les réalités qu’ils recouvrent.

Cher(e)s Camarades et Ami(e)s,

Essence même de notre association, la transmission de la mémoire implique à la fois de connaître l’histoire de la Résistance et la diffusion de cette connaissance. Connaître la Résistance, c’est connaitre ses actions, ses formes d’action diversifiées, les femmes et des hommes qui les firent, les structures (mouvements, réseaux, partis et syndicats) de la Résistance, ses valeurs, la perception de la Résistance par la population et de son engagement en son sein, la place prise par la Résistance dans le combat de la Libération et dans la restauration de la démocratie républicaine dans notre pays, celle qu’elle eut dans la défaite finale du nazisme à laquelle contribuèrent les Résistants qui s’engagèrent en masse dans l’Armée de la France libérée qui poursuivit le combat aux côtés des Alliés jusqu’au cœur de l’Allemagne..

Les connaissances concernant la Résistance, c’est en premier lieu auprès des Résistants rassemblés dans l’ANACR - dont il convient de recueillir les témoignages –  que l’on peut les acquérir, et aussi sûr par l’étude des travaux réalisés les connaissances existantes sur tous ses aspects mais aussi les approfondir. Nous ne devons pas abandonner à d’autres - même si évidemment nous ne prétendons aucun monopole en la matière - cet approfondissement, en ayant conscience que, pour être crédibles dans ce domaine, il nous faut avoir toute la rigueur historique nécessaire tant dans les recherches que dans l’écriture.

Quant à la nécessaire diffusion de cette connaissance - il n’y aurait qu’un intérêt personnel et donc limité à la garder pour nous, Libé-PTT a riche une expérience, avec votre plaquette et votre exposition en premier lieu, avec les travaux de Charles Sancet. Vous savez bien évidemment aussi l’importance des conférences, mais aussi la part prise par les nouveaux médias, tels les DVD ou les sites Internet, tel celui que vous avez mis en place.

En ce début 2013, nous entrons dans un cycle commémoratif consacré à la Résistance et à la période de la Libération jusqu’à la victoire sur le nazisme : 70èmes anniversaires de la création du CNR, de la mort de Jean Moulin, de la Libération de la Corse en 2013, des débarquements de Normandie et de Provence, 70èmes anniversaires de l’insurrection nationale et de la Libération de l’essentiel du territoire national en 2014, 70ème anniversaire de la, victoire sur l’Allemagne hitlérienne et le militaro-fascisme japonais en 2015. L’ANACR et ses comités départementaux se doit et se devra d’être très présente sur le terrain de la transmission de la mémoire et dans les instances et manifestations commémoratives.

L’ANACR est aussi préoccupée par l’avenir des structures du Monde Combattant ou de l’Education nationale impliquées dans l’œuvre de mémoire, en premier lieu de celui du Concours national de la Résistance et de la Déportation, dont le caractère associatif est remis en cause par la diminution des représentants des Associations dans les Jurys alors même qu’y est renforcé le poids des administrations et des Fondations.  De même, comme le monde enseignant et en tant que citoyens engagés dans le travail de mémoire, nous sommes aussi très préoccupés par la volonté officielle de restreindre la place de l’histoire dans l’enseignement, alors que sa connaissance est un élément essentiel de la citoyenneté.

Nous voulons aussi que soient préservés - alors qu’ils sont menacés par les effets de la «Révision Générale des Politiques Publiques», la RGPP, les moyens humains et financiers, de l’Office National des Anciens Combattants et des ODAC, afin qu’ils puissent continuer d’assurer leur mission dans le domaine de la mémoire ; ce qui implique que soient maintenus les emplois des délégués-mémoire des plus menacés quand ils n’ont pas déjà été pour la plupart supprimés.

En effet, nous avons toujours réaffirmé notre attachement à cette existence de l’ONAC – et de ses structures départementales, au plus près des Anciens Combattants et, pour ce qui est de sa mission mémorielle, au plus près des citoyens et des jeunes scolaires, ainsi qu’à celle d’un Ministère ou Secrétariat des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, assurant simultanément et de manière inséparable la mémoire des luttes des Anciens Combattants, la reconnaissance de leurs titres et aussi le droit à réparation qui en découle. C’est pourquoi nous nous sommes réjouis que dans le ministère de M. Jean-Marc Ayrault, il y ait un Ministre délégué aux Anciens Combattants, en la personne de M. Kader Arif.

Nous avons, avec d’autres Associations du Monde Combattant, avec l’UFAC, demandé – et obtenu - la reconstitution des Commissions de la carte du Combattant et de la carte CVR, auxquelles l’ANACR est représentée, afin que soient reconnus les titres de Résistance à ceux des Résistants qui en sont encore injustement privés. Et pour que les distinctions qu’ils méritent leur soient attribuées.

Cher(e)s «Ami(e)s» et Camarades, ainsi que je l’ai dit en ouverture de mon propos, en même temps qu’elle est – par les «Ami(e)s de la Résistance» qui en sont membres à part entière - la plus importante et de fort loin Association de «passeurs de mémoire de la Résistance», l’ANACR reste de nos jours la plus importante Association d’Anciennes et Anciens Combattants de la Résistance et en passe de rester la seule  : l’Association des Français libres s’est dissoute, la CNCVR a fait de même il y a 5 ans, ainsi que  l’ANCVR le 31 décembre 2009, et le C.A.R. a évoqué sa disparition prochaine ; la FNDIRP, qui a tenu récemment son congrès à Nantes, est en interrogation quant à mettre un terme à son existence.

Tout ceci souligne l’importance actuelle de la mission de l’ANACR qui, en effet, par son caractère pluraliste, a pu, tout au long de son existence, rassembler Résistantes et Résistants de toutes tendances. Résistantes et Résistants aux côtés desquels se trouvent aujourd’hui des Ami(e)s de la Résistance qui, pour pouvoir pleinement assurer leur mission de pérennisation de l’ANACR et de transmission des valeurs de la Résistance, doivent être elles et eux aussi de toutes sensibilités démocratiques.

De tout cela, nous avons débattu au Congrès national qui s’est  tenu à Lons-le-Saunier les 5-6 et 7 octobre dernier avec les délégués  de Libération Nationale PTT, qui étaient parmi les 238 délégués – dont 49 Résistants - venus, avec 70 adhérents participants, une vingtaine d’accompagnant et une dizaine d’invités, de 56 départements et d’une amicale.

Au terme de trois jours de travaux, l’ensemble des textes et résolutions, ainsi que le Rapport du Bureau National, ont été adoptés à l’unanimité moins 2 à 3 abstentions ; il en a été de même pour l’élection de la Direction nationale de l’ANACR.

Ce congrès de Lons-le-Saunier a ainsi été à nouveau un moment fort d’unité de notre Association autour des valeurs de la Résistance et des Résistants toujours parmi nous.

Nous avons élu aux côtés de Louis Cortot et Pierre Martin, deux nouveaux présidents – ou plus exactement deux nouvelles présidentes : Henriette Dubois («Nelly») et Cécile Rol-Tanguy. Les deux premières femmes de la Présidence de l’ANACR depuis qu’elle fut créée en 1954... A cet égard, en rendant ainsi un hommage justifié, nécessaire au rôle des femmes dans la Résistance, le congrès de Lons-le-Saunier aura eu pour notre Association un caractère historique.

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