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Poème

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Il y en a qui prient, il y en a qui fuient

                                                                       René TAVERNIER (1943) (*)

 

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,
Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,
Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,
Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir
Le sourire aux lèvres.

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal
Pour venger leur propre dénuement.
Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.
Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,
Il en est trop qui vivent de cette souffrance.
Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence.
Il y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

Et moi, devant cette table tranquille,
Écoutant la mort de la ville,
Écoutant le monde mourir en moi
Et mourant cette agonie du monde.

 

 

(*) René Tavernier, né à Paris le 21 mai 1915, décédé le 16 décembre 1989 est un philosophe et poète français. Ecrivain et journaliste il va habiter à Lyon et dirigera la revue Confluences (revue des Lettres et des Arts) fondée par Jacques Aubenque, entre 1941 et 1943.

 

En pleine Occupation, il publie les poèmes de Pierre Emmanuel, Max Jacob, Paul Eluart, Louis Aragon.  Résistant très engagé, il organise des réunions clandestines chez lui, il abrite un temps en 1943, Elsa Triolet et Louis Aragon. Il est le père du cinéaste Bertrand Tavernier.

 

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