8 mai 45 2013 toulouse

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Commémoration du 8 mai 1945

(Toulouse le 7 mai 2013)

(Devant la stèle de Lucien Béret et André Testut, bld Pierre Sémard et à la PPDC de Lalande)

Allocution prononcée par Henri Marais  de Libé PTT Toulouse.


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Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait sans conditions devant les armées alliées.

Le fascisme hitlérien, qui conduisit les peuples européens au désastre, était vaincu. La guerre en Europe prenait fin mais la Seconde Guerre mondiale n’allait se terminer, après cinq années de conflit, qu’avec la capitulation, le 2 septembre 1945, du militarisme japonais.

Cette confrontation planétaire, engagée le 3 septembre 1939 par la France et son alliée la Grande-Bretagne, répondant à l’invasion, 48 heures auparavant, de la Pologne par l’armée du 3ème Reich, fera entre 40 et 52 millions de morts civils et militaires dont environ 535 000 pour la France.

Après huit mois d’une «  drôle de guerre » et une défaite sans précédant, laissant une population en plein désarroi, la France trahie, mal préparée, sous-équipée en armement, déposait les armes le 17 juin 1940.

Cette défaite permit d’abattre la République le 10 juillet 1940 à Vichy en faisant de Pétain le chef d’un soi-disant Etat français vassal et complice du vainqueur nazi. Dès lors, un certain nombre de Françaises et de Français n’acceptèrent pas que notre pays soit chaque jour de plus en plus enchaîné. Il va devenir évident que la lutte soit la seule issue possible pour retrouver la liberté.

Sur le sol national, se référant à un « Appel » historique lancé le 18 juin 1940 sur les ondes depuis Londres par un général, alors peu connu, Charles de Gaulle, appelant à le rejoindre et à poursuivre le combat, des hommes, des femmes vont se lever pour constituer des groupes de résistance.

C’est ainsi que dans les PTT il va se créer, dès après juin 1940, composé de dirigeants de la Fédération Postale, un Etat-major  clandestin qui va progressive- ment se constituer en Mouvement de Libération Nationale PTT.

De nombreux postiers et postières s’y inscriront participant activement, 4 années durant, au péril et souvent au sacrifice de leur vie, aux combats clandestins sur tout le territoire, préparant la libération du pays et seront les promoteurs et les animateurs de la grève insurrectionnelle d’août 1944.

Ce personnel des PTT saura, avec d’autres mouvements, tenir toute sa place parmi celles et ceux qui se dressèrent contre l’occupant – il sera d’ailleurs salué au plus haut niveau par les commandements militaires alliés. Il aura conduit ses actions de résistance au prix de sacrifices considérables dénombrant plus de 800 tués et plus de 1 500 déportés.

Parmi ces nombreuses victimes des bourreaux nazis dont nous honorons aujourd’hui mémoire, ayons ici une pensée particulière pour ces deux anciens agents du Bureau Gare de Toulouse :

*Lucien Béret , membre du réseau Brutus, chargé des renseignements à transmettre à Londres, est arrêté en octobre 1943 par la Gestapo à son domicile devant sa famille. Il décède à 36 ans après huit jours de tortures, sans avoir parlé. Il a été fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.

*André Testut, passé au maquis dans sa région natale du Lot et Garonne pour fuir le STO. Fait prisonnier en juillet 1944 au cours d’un accrochage avec la division SS Das Gespents, il est interrogé et fusillé devant la population de Tournon d’Agenais prise en otage.

En opposition à la bourgeoisie se vautrant dans la collaboration, ils s’inscriront parmi celles et ceux qui, de par leur engagement pour chasser l’occupant du sol français, allaient promouvoir, à l’actif de la classe ouvrière – restée seule fidèle dans sa masse à la patrie profanée – écrira en 1943 l’écrivain François Mauriac, à la construction d’un immense élan populaire.

Ce profond courant va être à l’origine, toutes divergences de pensées et d’opinions écartées, d’une union touchant toutes les sensibilités nationales jusqu’au plus haut niveau, permettant, sous la présidence de Jean Moulin délégué du général de Gaulle, la création dans la clandestinité, le 27 mai 1943, au n° 48 de la rue du Four à Paris, du Conseil National de la Résistance.

La plupart des résistants ayant alors exprimé leur volonté que la France doit être, une fois libérée, profondément rénovée. C’est à partir de cette situation qu’allait s’élaborer un programme qui fut adopté à l’unanimité le 15 mars 1944 et publié sous le titre des « jours heureux » plus connu sous le nom de : Programme du CNR.

Toutes les dispositions de son contenu se trouveront dans la continuité matérialisées ensuite par la législation dans les années 1945 à 1947 : la Sécurité Sociale ; la retraite pour tous ; les nationalisations d’EDF / GDF, des Mines, de Renault, des grandes banques ; le Statut des fonctionnaires ; les Comité d’entreprises ; etc., etc. mesures qui formeront pendant des décennies le socle de notre protection sociale et qui après avoir permis son relèvement au lendemain de la Guerre auront aussi assis l’indépendance de notre Pays.

Malheureusement ces espérances nées de la Libération sont depuis régulièrement remises en cause pour céder la place aux politiques libérales soumises aux exigences de la haute finance et du patronat. Dans un article de l’hebdomadaire Challenge d’octobre 2007 le vice- Président du Medef s’en prenant, aux caisses de Sécurité sociales, au statut de la Fonction publique, aux régimes de retraite, n’osait-il pas écrire « il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du CNR » incitant le Gouvernement de l’époque à poursuivre des réformes en ce sens. Nous connaissons la suite !!

Aujourd’hui nous devons dire notre inquiétude et poursuivre les luttes contre ces campagnes de dénigrement et de régressions menées à l’encontre de mesures qui contribuèrent, après 5 années d’enchainement, au renouveau de la Nation.

Nous devons dire notre inquiétude face aux résurgences contemporaines des idéologies vaincues en 1945. Aux falsifications de la réalité historique concernant la Résistance, ainsi qu’à l’amnésie programmée concernant le fascisme. Comment expliquer que 68 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, pays après pays, au gré des scrutins qui donnent la parole au peuple, des partis se réclamant d’idéologies fascistes et nazies puissent obtenir des scores aussi substantiels ? Si ce n’est qu’en tenant, dans un contexte de grave crise économique et sociale, des discours démagogues auprès des jeunes générations qui en méconnaissent les effets. « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » écrivait  Berthold Brecht.

Vigilance et  devoir de mémoire, plus que jamais, s’imposent.  

Vive la République ! Vive la France !                                                                                                         Henri MARAIS 

      

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