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Discours de M. Philippe Wahl

Président-directeur général

A l’occasion de la cérémonie commémorative

de l’Armistice du 11 novembre 1918

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Mesdames et Messieurs les représentants des Associations d’Anciens combattants,

Mesdames et Messieurs,

Comme chaque année, nous voici réunis pour célébrer l’Armistice de 1918, et honorer la mémoire de tous les postiers combattants qui sont tombés sur le champ de bataille, accomplissant pour la France le sacrifice suprême, le sacrifice de leur vie !

Lorsque le 11 novembre 1918, on entendit partout en France, sonner les cloches de la Victoire, notre pays avait perdu plus d’un million et demi d’hommes (1 300 000 soldats et 300 000 civils). A quoi il fallait ajouter quatre millions de blessés.

Ces chiffres sont tellement grands qu’ils en paraissent abstraits. Ils renvoient pourtant à une réalité bien concrète, à savoir : la plus terrible épreuve qu’ait jamais connue notre pays.

Cette guerre, pour laquelle le contingent était parti en se disant qu’elle serait courte -et que  ce serait la dernière !- se transforma progressivement en un enfer de quatre ans.

L’année 1916, dont nous commémorons cette année le centenaire, fut sans doute l’année la plus sombre de la guerre, celle des deux batailles les plus meurtrières : la bataille de Verdun et la bataille de la Somme.

Fin 1915, la France avait déjà perdu 600.000 hommes.

L’Etat-Major allemand pensait en finir en 1916 en prenant Verdun, ville symbolique depuis le partage de l’Empire de Charlemagne en 843. Cette offensive allemande, commencée le 21 février fut un échec et, pour la France, une terrible victoire défensive.

De février à décembre, presque tous les poilus y ont combattu, par roulement : 163 000 y sont morts, 216.000 y furent blessés. Autant du côté allemand. Mille morts par jour en moyenne, pendant trois cents jours. On peine à se représenter le déluge de fer et de feu qu’ont subi les hommes dans cet enfer : il est tombé à Verdun environ 6 obus par mètre carré ; et après la bataille, la colline de la « cote 304 » avait perdu 7 mètres d’altitude !

Dans le même temps, pendant l’été 1916, de juillet à septembre, sur le front oriental, les Russes lancèrent une offensive victorieuse, l’ « offensive Broussilov », qui obligea l’Etat-Major allemand à dégarnir le front occidental, ce qui soulagea Verdun de manière considérable.

Enfin, de juillet à novembre, les Français et les Britanniques déclenchèrent une grande offensive sur la Somme. Plus meurtrière encore que celle de Verdun, cette bataille, qui fut marquée par la première intervention des chars d’assaut sur le théâtre d’opération, ne fut pas plus décisive. En cinq mois, les Alliés progressèrent de 12 kilomètres, au prix de 272 000 morts dans leurs propres rangs et 170 000 dans les rangs allemands.

Pendant toutes ces batailles, alors que les hommes, pris dans une guerre industrielle n’étaient plus que les rouages d’une gigantesque machine de mort, la vie continuait de passer par le courrier.

Cette « ligne de vie » ne fut jamais brisée et c’est elle qui maintint, en partie, le moral des troupes.

Au fond des tranchées, dans le froid, la boue et le sang, le courrier était bien la seule source de vraie lumière et de vraie chaleur, infiniment fragile, infiniment précieuse.

Je voudrais pour illustrer l’importance du courrier, vous lire un court extrait des Croix de bois, de Roland Dorgelès :  

« Depuis la mort de ce soldat, il était arrivé deux lettres à son nom. On aurait pu les retourner avec le brutal avis de décès, dans le coin : "Le destinataire n'a pu être atteint." Mais Demachy n’en fit rien. Il les sortit de sa cartouchière, les déchira sans les ouvrir, et sur cette tombe réglementaire de soldat, carrée comme un lit de caserne, il effeuilla les pétales de lettres, pour qu'il pût au moins dormir sous des mots de chez lui. »

Aujourd’hui, nous pensons à tous ces hommes qui dorment sous la terre de France, à tous ces hommes qui n’ont pas flanché, qui n’ont pas perdu espoir ; nous pensons aussi à ceux qui l’ont perdu.

Nous pensons à tous ceux qui reposent sous la terre de France.

Nous pensons tout spécialement aux 75 000 agents des PTT mobilisés, et aux 4 000 qui furent tués à l’ennemi.

C’est pour eux que nous sommes réunis ce matin ;

C’est pour eux que va retentir la sonnerie aux morts ;

Et pour eux que nos drapeaux s’inclineront.

Rendons hommage à nos morts.

Honorons leur courage et leur abnégation,

Méditons le message silencieux qu’ils nous adressent,

Et, nous qui sommes leurs débiteurs insolvables, tâchons de mettre au service de la Paix, les vertus qu’ils ont su montrer dans la guerre.

Je vous remercie.

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